La galanterie à la française est-elle une forme de sexisme?

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Selon certaines voix anglo-saxonnes, la galanterie invite avec des gestes aimables les femmes à laisser les hommes agir pour elles. | juan pablo rodriguez via Unsplash

Aujourd'hui, la galanterie est réduite à un jeu de séduction, et parfois perçue comme une invitation insidieuse à se taire et se laisser faire.

La libération de la parole féminine qui a accompagné le mouvement #MeToo ou les récents remous liés à la dernière cérémonie des Césars invitent à réfléchir sur l'histoire de la galanterie en France, et son influence sur la parole portée par des femmes. Inventée dans les salons du XVIIe siècle, la galanterie, dans sa forme actuelle, est-elle l'alliée ou l'ennemie de la libération des femmes?

La naissance de la galanterie

La galanterie est née dans les salons où recevaient des dames de la noblesse: dès 1608, Catherine de Rambouillet, puis Madeleine de Scudéry, suivie par Marie-Madeleine de La Fayette ouvrent leur salon. Dans ces lieux de sociabilité, hommes et femmes se divertissent et s'instruisent: Pellisson, Voiture et Corneille y sont célébrés. La galanterie se développe alors comme un comportement social adopté par les hommes et les femmes, partageant la noblesse de l'âme et du sang.

La cour de Louis XIV travaille la distinction, le raffinement et l'art de plaire aux dames en reprenant des traditions de l'amour courtois et du Livre du courtisan de Castiglione, un modèle qui s'exporte en Europe. Pour orienter les mœurs vers plus de politesse et de respect des dames, on lit les romans à la mode et on en discute: L'Astrée d'Honoré d'Urfé, ou la Clélie de Madeleine de Scudéry. Avec La Carte de Tendre, on trace le parcours d'un galant amant qui veut rendre hommage à sa dame. La conversation adopte le naturel de l'expression des dames, par opposition au langage des pédants. C'est le rôle des dames d'éduquer les honnêtes hommes à moins de rudesse et plus de politesse.

La Carte de Tendre ou Carte du pays de Tendre. | François Chauveau via Wikimedia Commons

Une influence sujet de moquerie

Certains auteurs se moquent de ces prises de parole féminines et de cette influence accrue des femmes. C'est le cas de l'abbé de Pure avec La Prétieuse en 1656, de Somaize avec Dictionnaire des Prétieuses, suivi par Molière avec Les Prétieuses ridicules en 1659. La mode des précieuses ridicules est lancée. Leurs héroïnes se piquent d'avoir des lumières de tout et n'entendent rien. Elles sont accusées d'avoir des prétentions nobiliaires et de vouloir régenter la sphère lettrée.

Les grandes dames lettrées, comme Madeleine de Scudéry ou Madame de La Fayette, loin de s'insurger contre ces images, en rient et proposent en retour des modèles de dames instruites mais sages, sans excès, valorisant la modestie et la douceur que l'on associe alors au sexe féminin.

Molière, avec L'École des femmes, puis Les Femmes savantes, rencontre un franc succès quand il met en scène l'affrontement entre la jeune génération, galante, et l'ancienne, dont les hommes sont prompts à enfermer les femmes. On rit des bourgeoises qui imitent les nobles; elles idolâtrent un pédant ridicule, tandis que le mari est dépassé par les lubies scientifiques de sa femme (dans Les Femmes savantes).

À la fin du XVIIe siècle, la querelle des anciens et des modernes divise la bonne société. Les modernes lancent avec des femmes la mode des contes de fées (Perrault, Mademoiselle Lhéritier) et les anciens (Boileau, La Fontaine) défendent une culture de forme et d'héritage antique, à laquelle les femmes n'ont pas accès, faute d'éducation classique. Dans les salons du XVIIe, les femmes ont donc pu s'exprimer et parfaire leur éducation grâce à une galante compagnie; un modèle français né à la cour de Versailles qui s'est même exporté.

Au XVIIIe siècle, la galanterie change de sens

Alain Viala a montré comment la galanterie avait évolué (dans La France galante en 2008 et La Galanterie, une mythologie française en 2019). L'idéal galant, cette éthique fondée sur le mérite personnel, l'esprit et le respect envers les dames, se diffuse peu à peu dans différentes classes sociales grâce aux journaux, au théâtre (avec Marivaux notamment) et dans les arts.

Mais au XVIIIe siècle, il se réduit progressivement au libertinage. Le galant homme devient l'homme galant, l'adjectif change de place et la notion de sens. Dans les fêtes galantes de Watteau, le libertin courtise des femmes galantes qui abandonnent vite vertu et honneur...

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