La fronde des élèves anti-masque

France

«C'est un chantier que je n'avais pas prévu, mais, on va s'y affairer.» | Damien Meyer / AFP 

Si les profs s'attendaient à une rentrée difficile, personne n'avait vraiment prévu que des groupes d'élèves puissent refuser de porter cet accessoire devenu obligatoire.

Irina pensait s'être préparée à tout. Pour éviter d'aborder avec trop d'angoisse cette rentrée si particulière, la professeure d'histoire-géographie a travaillé d'arrache-pied durant la majeure partie de l'été, repensant de fond en comble l'organisation de ses séances. «Je voulais que les élèves se sentent aussi à l'aise que possible malgré le masque et les consignes sanitaires. Ça me paraît essentiel si on veut des jeunes gens concentrés et concernés.»

Dans le lycée où travaille Irina, la réunion plénière de pré-rentrée a principalement tourné autour des conditions sanitaires. Le proviseur a notamment rappelé que des quantités importantes de masques jetables avaient été acquises afin d'être proposées aux élèves (et aux adultes) tête en l'air. «Il a aussi précisé que tout élève réfractaire au port du masque devait être immédiatement signalé aux CPE en vue d'un entretien de recadrage, mais que ça n'arriverait sans doute que dans quelques cas très exceptionnels», précise l'enseignante.

Parachutée prof principale alors qu'elle n'en avait pas tellement envie, Irina n'a pas attendu sa première «vraie» séance d'histoire-géographie pour rencontrer des problèmes auxquels elle ne s'attendait pas. «Mardi après-midi, pour leur rentrée, les élèves de Terminale étaient invités à se ranger dans la cour devant la liste où figurait leur nom. À ce moment-là, tous portaient un masque.» Les élèves se rangent devant la salle, s'installent à l'invitation d'Irina... puis six d'entre eux ôtent leur masque.

Chorégraphie antimasque

«C'était clairement prémédité, chorégraphié. Ils l'ont tous enlevé en même temps, à peu de choses près. Pendant une seconde, j'ai cru défaillir. Comme si la situation n'était déjà pas assez anxiogène, j'étais tombée sur une bande de petits conspis.» Irina propose à ces élèves de dialoguer quelques minutes à propos de l'utilité du masque, mais à une condition: que ceux-ci (tous des garçons) acceptent de le remettre au préalable. L'un d'eux semble hésiter, puis tous refusent. «Là, je n'ai pas eu le choix: j'ai envoyé un autre élève chercher les CPE.»

Bon gré mal gré, les élèves acceptent de sortir de la salle et d'être reçus par les CPE. «Menacés de sanctions immédiates, ils ont remis leurs masques en expliquant qu'ils les enlèveraient de nouveau dès que possible. Courageux mais pas téméraires.» La suite, c'est Arnaud, CPE du lycée, qui la raconte: «Je les ai reçus dans une salle de réunion, car sept dans mon bureau c'est impossible. J'ai du mal à restituer précisément ce qu'ils m'ont raconté, mais c'était un mix de “le Covid-19 n'existe pas”, de “de toute façon il va y avoir un vaccin” et de propos complotistes auxquels je n'ai rien compris.»

Au cours de l'entretien, Arnaud entend un seul argument lui semblant un peu plus recevable que les autres: «“De toute façon, vos classes sont blindées et y a pas d'air, alors masque ou pas masque ça change rien”, m'a balancé un élève. Je lui ai tout de même expliqué que c'est comme s'il venait au lycée en slip en plein hiver sous prétexte que l'anorak n'est pas un rempart parfait contre la grippe.»

Au final, les six élèves en question s'en sont tirés avec un rappel à l'ordre. Leurs familles ont été contactées par téléphone, et il leur a été signifié qu'en cas de récidive, les élèves écoperaient de journées d'exclusion de l'établissement. «On ne brandit pas encore la menace du conseil de discipline, il est trop tôt, affirme Arnaud, mais s'il le faut, on n'attendra pas des mois pour réunir cette instance et éventuellement exclure un élève. Il faut faire passer des messages forts: si le dialogue et la pédagogie ne portent pas leurs fruits, on agira afin de ne pas mettre les autres élèves en danger.»

Dans l'établissement, les deux infirmières scolaires ont d'ores et déjà établi un planning de passage dans la quarantaine de classes. Pendant le mois de septembre, elles rappelleront une nouvelle fois les gestes à respecter, ainsi que les comportements à adopter ou à proscrire. Sur le laps de temps restant, elles répondront aussi aux interrogations des élèves. «Y compris les plus fumeuses, précise le CPE, car ce sont parfois les plus dangereuses.»

Parents hostiles

Le lycée d'Arnaud et d'Irina est loin d'être le seul établissement dans lequel de tels incidents ont eu lieu. Sophie*, qui enseigne l'espagnol dans un collège d'Angoulême, peut en témoigner: «C'est assez déstabilisant d'entendre des gamins de sixième vous dire “non, on ne portera pas de masque”, ce qui ressemble autant à une défiance de pré-ado qu'à un écho des propos de leurs parents.»

Les élèves en question ont été reçus par le principal du collège, qui a mis les points sur les i et a demandé à Sophie d'appeler elle-même les familles. «Pour une des familles contactées, il apparaît que le refus du masque était plutôt dû à un manque de budget, ce qui n'est jamais facile à avouer», relate Sophie. L'affaire est en train de se régler discrètement, par le biais de l'assistante sociale....

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