La France et d'autres pays vont-ils, comme l'Italie, être massivement touchés par le coronavirus?

Santé

Le président Emmanuel Macron avec le président de l'AP-HP Martin Hirsch, le ministre de le Santé Olivier Véran et le directeur général de la Santé Jerôme Salomon à la sortie d'une visite du service d'urgence du SAMU-SMUR de l'hôpital Necker le 10 mars 2020 à Paris. | Ludovic Marin / POOL / AFP 

Après la Chine, l'Italie paie aujourd’hui le plus lourd tribut au Covid-19. Plusieurs données laissent redouter que la situation épidémique soit bientôt observée dans de nombreux pays.

Quel sera, à très court terme, le visage européen de la pandémie? Avec plus de 12.400 cas recensés et plus de 820 décès, l'Italie est, après la Chine, le deuxième pays le plus touché par l'épidémie du nouveau coronavirus. Comment peut-on expliquer ce phénomène qui a conduit le gouvernement italien a généraliser des mesures spectaculaires de confinement de l'ensemble de sa population pour tenter d'enrayer la propagation de cet agent pathogène –un dispositif sans précédent dans un pays démocratique?

Une telle situation est-elle spécifique à l'Italie ou faut-il redouter qu'elle puisse, à court ou moyen terme, être observée dans d'autres pays, à commencer par la France (près de 3.000 cas et quasiment 50 décès) ou l'Espagne, les deux pays européens les plus touchés? «Je crois que dans les prochains jours, ce qu'il s'est passé en Italie risque de devenir la nouvelle règle dans toute l'Europe», a déclaré le 12 mars sur RTL Mateo Renzi, ancien président du Conseil italien. Ce même jour à 20 heures, Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures et recommandations pour faire face à l'épidémie en France.

«Notre stratégie est la bonne»

Le même jour l'exécutif français réfutait toute comparaison avec l'Italie. «On ne peut pas calquer notre réponse sur celle de nos voisins italiens: leur système hospitalier n'est pas dans le même état que le nôtre, nous n'avons pas la même pyramide des âges, a expliqué un conseiller d'Emmanuel Macron au Monde. Nous devons en permanence naviguer entre deux écueils: le trop et le pas assez. Mais notre stratégie est la bonne, nous avons moins de morts que nos voisins, notre hôpital tient le choc.»

Cette flambée épidémique a, d'ores et déjà, eu de multiples conséquences économiques à l'échelon national et international. Le gouvernement italien a déjà annoncé une enveloppe de 25 milliards d'euros dont la moitié environ sera mobilisée en urgence, tandis que l'autre servira pour les besoins ultérieurs du pays. L'évolution rapide de la situation a également conduit à une brutale tension des relations diplomatiques.

Le 11 mars, peu après la décision de l'OMS de qualifier de «pandémie» ce qu'elle qualifiait jusqu'alors d'«épidémie», Donald Trump annonçait la suspension unilatérale «pour trente jours et à partir du 13 mars» de tous les voyages de personnes étrangères depuis l'Europe vers les États-Unis. Objectif affiché: endiguer l'épidémie dans son pays.

«J'ai décidé de prendre des actions fortes mais nécessaires pour protéger la santé et le bien-être de tous les Américains, a annoncé le président des États-Unis lors d'une allocution solennelle depuis le bureau ovale de la Maison-Blanche. Pour empêcher de nouveaux cas de pénétrer dans notre pays, je vais suspendre tous les voyages en provenance d'Europe vers les États-Unis pour les trente prochains jours», a-t-il ajouté, déplorant que l'Union européenne n'ait pas pris «les mêmes précautions» que les États-Unis face à la propagation du virus. Cette nouvelle mesure s'applique à l'espace Schengen et, Brexit aidant, «ne concerne pas le Royaume-Uni».

Tout aussi inquiétant, quelques heures avant l'allocution présidentielle, le Dr Robert Redfield, directeur des prestigieux Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) avait déclaré que le principal risque de propagation de l'épidémie pour les États-Unis venait désormais d'Europe: «C'est de là qu'arrivent les cas. Pour dire les choses clairement, l'Europe est la nouvelle Chine.» Plus généralement le département d'État «recommande aux ressortissants américains d'éviter de voyager à l'étranger en raison de l'impact mondial du Covid-19».

Faut-il, dans un tel contexte, redouter une extension rapide à d'autre pays européens de la situation qui prévaut en Italie? Il faut, pour mieux comprendre, préciser quelles en ont été les principales causes.

L'absence de surveillance précoce et de réactivité immédiate

En Italie, le patient «zéro» n'a pas pu être identifié. Seul le patient «un» est connu: un cadre de 38 ans, pris en charge au service des urgences de Codogno, en Lombardie et qui semble avoir été un amplificateur majeur de la diffusion initiale du nouveau coronavirus. On ignore toutefois comment cet homme a contracté l'infection, n'ayant pas voyagé lui-même dans une zone à risque, ni fréquenté des personnes déjà malades. Une hypothèse évoque une contamination à Munich, en Allemagne, auprès d'une personne en provenance de Shanghai.

«Le virus est probablement arrivé d'un autre pays européen, donc pas directement de Chine. Puis il a circulé de façon souterraine de fin janvier au 21 février, explique le Pr Massimo Galli chef de service des maladies infectieuses de l'hôpital Luigi Sacco (Milan). Il s'est diffusé de façon très efficace dans la zone rouge, sans qu'aucune mesure de contrôle ne soit mise en place.»

À ce stade, les premiè·res malades n'ont donc pas été diagnostiqué·es, leurs symptômes pouvant être assimilés à de simples grippes saisonnières. Ce n'est que dans la dernière semaine de février qu'une première alerte a pu être donnée, notamment grâce à Attilio Fontana, président de la Lombardie, qui a annoncé s'être mis de lui-même en quarantaine, un de ses collaborateurs ayant été infecté par le virus. Il a alors annoncé cette décision sur Facebook via une vidéo où on le voit en train de mettre un masque chirurgical. Plus de 300 personnes avaient alors déjà été testées positives en Lombardie. On devait également découvrir que l'Italie n'avait pas fait de véritable contrôle des retours d'Italien·nes en provenance de Chine en janvier. Le gouvernement avait certes interdits certains vols, mais des Italien·nes qui étaient en Chine sont rentré·es en Italie par des voies différentes, via d'autres pays –de même que des citoyen·nes chinois·es ont pu venir par ces mêmes voies en Italie.

«Je crois que nous avons fait des erreurs, reconnaît Mateo Renzi. L'Italie était la première à décider d'arrêter les vols entre la Chine et l'Italie en janvier. Cette décision semblait une très bonne décision mais c'était seulement un bloc de vols directs. Mais beaucoup de Chinois ont décidé d'arriver en Italie avec d'autres vols. Aujourd'hui, il n'est pas nécessaire d'arrêter les vols directs. Ce qui est nécessaire, c'est d'arrêter les occasions de rendez-vous, les échanges. Aujourd'hui, c'est plus important de fermer les écoles que les vols directs.»...

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