La France des diplômés et la France des chômeurs

Sociétés

Dans une série d'articles, le géographe Hervé Le Bras explore la géographie de l’espace social français. Retrouvez la première partie: «Voici quatre cartes qui aident à mieux comprendre la France», la deuxième partie: «Comment ont migré les différentes classes sociales en 45 ans?», la troisième: «L’inégalité de revenus atteint d’amples proportions sur le territoire français».

Les sans diplôme se concentrent dans les petites villes

Les jeunes souffrent particulièrement du chômage et principalement les jeunes sans diplôme, dont la répartition en France est donc voisine de celle du chômage en général. Il existe cependant une différence importante qui tient au rôle des universités et des grandes écoles. Logiquement, les métropoles qui disposent de ces institutions ont une faible proportion de sans diplômes.

Au contraire, les villes petites et moyennes dont les jeunes n’ont pas eu le moyen ou le désir de poursuivre des études concentrent les sans diplôme. Ainsi d’Agen et de Montauban par rapport à Toulouse ou Bordeaux, ou bien d’Évreux et de Dieppe par rapport à Rouen. Le Bassin parisien, particulièrement frappé par la fréquence de jeunes sans diplôme, en donne l’image paroxystique. Par un effet de sélection, la capitale et ses environs ont pompé les jeunes compétents à plus de deux cents kilomètres à la ronde, laissant sur place ceux qui avaient le moins d’éducation, à Châteaudun, Montargis, Compiègne, Laon, etc.

Le rayonnement des villes universitaires

Comme on peut s’y attendre, les territoires dans lesquels le degré d’éducation est le plus élevé (mesuré ici par le nombre moyen d’années d’étude) s’étendent en tache d’huile autour des grandes villes universitaires, et plus exactement autour de celles dont les universités sont les plus anciennes. Angoulême est presque invisible en comparaison de Poitiers, Limoges et Bordeaux. Nîmes n’existe pas au regard de Montpellier, Le Havre à celui de Rouen, Mulhouse pour Strasbourg.

En dehors des grandes villes, on devine en filigrane une plus forte éducation dans les régions de tradition catholique –Bretagne, Pays basque, sud du Massif central, Savoie et Lyonnais– comme si la Contre-réforme agissait avec cinq siècles de retard et au moment où la pratique religieuse est en chute libre. Ce dernier fait est peut-être la bonne explication: aux vérités révélées que l’on abandonne, succède la quête de la vérité scientifique. Quelques zones sont nettement moins éduquées que la moyenne. Elles se concentrent à la frontière des départements, là où la population est la plus âgée et les cadres et professions intermédiaires les plus rares, l’un expliquant l’autre.


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