La folie bitcoin ou l'incroyable engouement pour une monnaie controversée

Economie

Tout le monde parle et veut du bitcoin, à commencer par les jeunes générations. | Chris Liverani via Unsplash

Ce pur produit spéculatif qui bat tous les records est à l'origine d'une consommation d'électricité stupéfiante et semble paradoxalement séduire les millennials.

Pour la première transaction commerciale effectuée avec le bitcoin, en 2010, il en avait fallu 10.000 pour obtenir deux pizzas. Après son dernier record de ce 21 février à 58.330 dollars (48.390 euros), il a nettement fléchi, mais il suffit tout de même d'en vendre un seul pour acheter une Tesla Model 3 avec toutes les options. Est-ce raisonnable? Non, pas vraiment. Mais dans le monde merveilleux des cryptomonnaies, tout est possible. Il y a déjà plusieurs années, des experts soutenaient que le bitcoin pourrait aussi bien monter à un million de dollars que retomber à zéro. On en est toujours là aujourd'hui, même si un retour à zéro est difficilement concevable, tant il y a d'intérêts en jeu.

C'est bien le paradoxe des cryptomonnaies: à l'origine de leur création, il y avait cette idée libertaire que la monnaie pouvait être gérée grâce aux outils informatiques modernes d'une façon parfaitement sécurisée sans la garantie (et donc la tutelle) d'un État et de ses institutions. Mais le succès est tel, et les gains enregistrés par les heureux détenteurs des principales de ces monnaies (on en compte plus de 4.000 aujourd'hui) sont si extravagants que le phénomène a attiré des investisseurs qui n'ont plus rien à voir avec les geeks du début: les grands gestionnaires de capitaux et les établissements financiers les plus classiques s'y intéressent désormais.

Si l'on compte les fabricants du matériel informatique nécessaire, les mineurs qui utilisent ce matériel pour participer à la création de cryptomonnaies, les plateformes sur lesquelles on peut effectuer des transactions entre ces monnaies et les devises habituelles, les fonds d'investissement qui se sont spécialisés sur ces actifs, il y a tout un écosystème qui tient non seulement à sa survie mais aussi à un enrichissement rapide et qui fera tout pour que le bitcoin se rapproche plus du million de dollars que de zéro.

À quoi sert vraiment le bitcoin?

Dans l'univers très riche des cryptomonnaies, on rencontre des produits aux caractéristiques et utilisations possibles très différentes. Le bitcoin, lui, a une caractéristique propre: il sert principalement à enrichir ses promoteurs. L'utiliser pour faire des achats, comme une vraie monnaie? C'est possible, certes, dans certains magasins physiques comme sur le net, mais pas partout.

Et ce n'est ni dans l'intérêt de l'acheteur ni dans celui du commerçant, compte tenu de sa volatilité: pourquoi payer avec une monnaie qui a une chance de doubler de valeur en moins de deux mois, comme cela s'est produit au début de cette année entre le 1er janvier et le 21 février, alors qu'on peut le faire avec la monnaie de son pays qui, elle, a une forte chance de rester à peu près stable à court terme? Et, en sens inverse, pourquoi accepter d'être payé avec des bitcoins, qui vaudront peut-être plus demain, mais qui peuvent tout aussi bien perdre 12% de leur valeur en trois jours comme cela s'est produit entre le 21 et le 24 février?

À Paris, fin 2016, on avait fait un grand tapage médiatique autour de l'inauguration d'un «Bitcoin Boulevard» dans le passage du Grand-Cerf avec une vingtaine de commerçants acceptant la cryptomonnaie; l'expérience a fait long feu, et c'est normal: le bitcoin n'est pas une vraie monnaie et n'a pas été conçu pour cela. Actuellement, le système ne peut supporter un nombre de transactions dépassant 350.000 par jour dans le monde. Comme le rappelait récemment un directeur associé senior au Boston Consulting Group dans un point de vue publié par Les Échos, c'est moins de 1% des paiements quotidiens par carte en France.

Elon Musk, le fantasque fondateur de Tesla, a beaucoup contribué par ses tweets à la récente envolée du bitcoin, en faisant savoir que sa société avait acheté pour 1,5 milliard de dollars de bitcoins et qu'elle envisageait la possibilité de l'accepter comme moyen de paiement dans un avenir proche (note 23 du rapport annuel sur les comptes de Tesla publié sur le site de la SEC, l'autorité boursière américaine). Mais rien n'est fait et, si cela se produit un jour, il est certain que le prix des Tesla sera toujours indiqué en monnaie locale –même si le paiement peut être effectué en bitcoins selon le cours du jour. Il n'est évidemment pas possible pour un industriel d'avoir un prix catalogue en bitcoins, ce ne serait pas gérable. Seules les monnaies nationales ayant cours légal peuvent remplir ce rôle.

Pas d'alternative crédible aux monnaies nationales

Les monnaies émises par les banques centrales sont à ce jour en effet les seules à assumer une fonction essentielle: permettre le bon fonctionnement de l'économie. Elles seules sont assez stables pour servir de mesures de la valeur et d'instruments comptables, pour être dépensées en échange de biens et de services ou pour être épargnées. La quantité mise en circulation fait l'objet d'une étude attentive pour qu'elle soit en permanence adaptée aux besoins et que la monnaie puisse remplir au mieux sa fonction. On peut discuter de l'efficacité de ce système et observer, comme l'ont fait ceux qui ont été à l'origine des cryptomonnaies, qu'il ne permet pas d'éviter des périodes d'expansion excessive du crédit bancaire suivies par des périodes de récession. Mais, pour le moment, il n'y a pas d'alternative crédible....

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