La finance verte est (pour le moment) une arnaque

Economie

Le retour à la croissance semble être la première préoccupation des gouvernements, avec quelques aménagements verts à la marge. | Markus Winkler via Unsplash

Le vert est à la mode, qu'il s'agisse de croissance ou de finance. Mais il y a un grand décalage entre les mots employés et la réalité. Cela pourrait changer s'il y avait une réelle volonté politique.

Nous vivons actuellement une période riche en paradoxes. Pas une semaine ne passe sans qu'une catastrophe naturelle –incendie, inondation, tempête tropicale– ne fasse la une des journaux et des informations télévisées. Si l'on excepte quelques irréductibles climato-sceptiques de moins en moins crédibles, l'idée d'un réchauffement climatique et d'une responsabilité de l'homme dans ce réchauffement est de plus en plus généralement admise.

Et pourtant, que se passe-t-il? Les émissions de gaz à effet de serre, loin d'être réduites, continuent d'augmenter dans le monde, le recul de 2020 dû à la pandémie risquant d'être largement compensé cette année, et le retour à la croissance semble être la première préoccupation des gouvernements, avec quelques aménagements verts à la marge. Tout le monde sait maintenant que la maison brûle et pourquoi, mais les comportements ne changent guère.

C'est notamment le cas dans la finance, ainsi que l'expliquent Alain Granjean, président de la Fondation Nicolas Hulot, et Julien Lefournier, lui-même ancien financier, dans leur ouvrage L'Illusion de la finance verte. Dès la préface de Gaël Giraud, économiste jésuite dont les positions radicales ont largement inspiré l'encyclique «Laudato Si'» du pape François, le ton est donné: «Non, en l'état actuel des choses, la finance de marché ne permet pas le financement de la reconstruction écologique sans laquelle nous continuerons de nous envoler vers +4 à +6°C d'augmentation de la température moyenne à la fin du siècle. Jusqu'à ce jour, la plupart des produits financiers “verts” sont avant tout des produits de marketing, destinés à inspirer la bienveillance de clients échaudés par 2008 et chaque jour plus conscients de la gravité du désastre écologique.»

Un jugement sévère mais fondé

Les épargnants ou les investisseurs institutionnels qui placent leur argent sur des produits verts sont peut-être sincèrement persuadés de faire avancer la cause de la lutte contre le changement climatique. Malheureusement, dans la réalité, l'analyse rigoureuse menée par les deux auteurs montre que cette avancée est bien faible.

Prenons l'exemple des green bonds, ces obligations vertes dans lesquelles la place financière de Paris voit un créneau où s'imposer, avec le soutien du ministère de l'Économie.

Premier constat: les taux auxquels les entreprises ou les États peuvent se financer en émettant des obligations vertes ne sont pas significativement différents des taux que ces mêmes émetteurs pourraient obtenir avec des obligations classiques. Les prêteurs ne font pas en l'occurrence un effort particulier en faveur d'investissements qui leur sembleraient importants pour l'avenir de l'humanité. La seule différence avec une émission d'obligations ordinaires est que l'emprunteur déclare employer cet argent pour un projet présentant un «bénéfice environnemental clair», selon l'article 1 des Green Bonds Principles. Ce projet doit être précisé dans le prospectus édité au moment de l'émission et un rapport annuel doit donner des informations précises sur la façon dont l'argent a été employé.

Objectif greenwashing

Certes, l'emprunteur ne va pas proposer un projet qui pourrait nuire à l'environnement, mais c'est lui-même qui décrète le caractère vert de son projet; il n'y a pas sur ce point de réglementation précise et contraignante. Cet emprunteur peut par ailleurs avoir des activités très polluantes, ce n'est pas un obstacle: si son projet est acceptable, il peut se présenter auprès du public comme un émetteur d'obligations vertes. En matière d'image, c'est tout bénéfice. Et l'on sait que, dans notre société, l'image joue un rôle considérable....

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