L'hôpital français est-il apte à faire face à l'épidémie de coronavirus?

Santé

Emmanuel Macron en visite à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), le 27 février 2020. | Martin Bureau / POOL / AFP 

La vague épidémique annoncée s'ajoute à la crise hospitalière et aux colères des personnels. Elle menace un maillage sanitaire national fragilisé et en grand danger.

Catastrophe annoncée? La vague épidémique montante, en France, du nouveau coronavirus heurte désormais de plein fouet celle des colères hospitalières. La première a émergé en Chine il y a deux mois, avant de se diffuser sur tous les continents; la seconde est apparue il y a près d'un an dans les services d'urgence, avant de gagner le monde hospitalier public dans son ensemble. Pour avoir trop tardé, Pékin a échoué à étouffer les premiers foyers. Il en fut de même avec Agnès Buzyn –alors ministre des Solidarités et de la Santé– et le gouvernement français, continuellement dépassés par une révolte dont ils n'ont su, d'emblée, mesurer ni la profondeur ni l'ampleur.

On a pu assister au croisement de ces deux mouvements. C'était le 27 février lors de la visite effectuée par Emmanuel Macron à la Pitié-Salpêtrière, l'un des sanctuaires de la médecine hospitalière française, où venait de décéder un enseignant âgé de 60 ans, première victime française du nouveau coronavirus. Une visite organisée en urgence, témoignant de la priorité donnée par l'exécutif à un phénomène qu'il se refusait jusqu'alors à qualifier d'épidémie.

«On a devant nous une épidémie» qu'il va falloir «affronter au mieux», a déclaré le chef de l'État accompagné des Dr Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé et Jérôme Salomon, directeur général de la Santé. «Le président tient à montrer que la France se prépare à toute éventualité et que le système de soins français est en mesure d'y répondre, avait préalablement expliqué au Monde un proche d'Emmanuel Macron pour justifier cette visite. Le président vient rassurer, montrer qu'il n'y a pas de panique mais de la vigilance.»

Que retiendra-t-on de cette visite présidentielle? Sans aucun doute la volonté d'Emmanuel Macron de montrer qu'il pouvait ne pas tout savoir, calmer et rassurer les soignant·es quant à la mobilisation du gouvernement. Et écouter les explications sans emphase du Pr Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales annonçant que le virus circulait bel et bien désormais en France –et que nous devons de ce fait nous attendre à «une situation à l'italienne».

Mais on retiendra aussi l'intervention, nullement programmée, du Dr François Salachas, neurologue et membre du Collectif inter-hôpitaux. «On est au bout, on est vraiment au bout, a lancé droit dans les yeux le médecin au président de la République. Donnez les moyens au ministère de la Santé de nous donner les moyens de soigner nos patients!» 

«Quand il a fallu sauver Notre-Dame, il y avait beaucoup de monde, a ajouté le Dr Salachas, serrant pendant tout l'entretien la main du président dans la sienne. Là, il faut sauver l'hôpital public qui est en train de flamber à la même vitesse que Notre-Dame a failli flamber.» Le praticien hospitalier a encore réclamé au locataire de l'Élysée un «choc d'attractivité». «Il faut absolument refinancer en urgence l'hôpital public […] On est passé par un an de déni, ensuite on a fait le constat, maintenant il faut agir», a-t-il insisté.

Quelque peu interloqué, Emmanuel Macron a aussitôt rappelé les différents plans pour l'hôpital annoncés ces derniers mois. «Il faut déjà que ces mesures qui ont été annoncées descendent sur le terrain, a-t-il réagi. On n'est pas resté assis sur sa chaise depuis deux ans et demi. [...] Je ne suis pas pour attendre mais j'ai parfois le sentiment de payer l'addition de beaucoup de comptes qui sont restés non soldés, je veux bien les prendre mais je veux au moins avoir un petit peu de reconnaissance pour ça», a ajouté, irrité, le chef de l'État, évoquant une nouvelle fois la formation de trop peu de médecins et la déflation des tarifs hospitaliers depuis douze ans.

«Je ne suis pas dans le déni [...] Je sais que vous avez le sentiment que ça ne va pas assez vite [...] et ce que vous vivez justifie qu'on continue à aller plus vite et plus fort, donc je serai au rendez-vous», a assuré le président, qui a promis de recevoir le Collectif inter-hôpitaux avec Olivier Véran. Et le Dr Salachas de conclure: «Vous pouvez compter sur moi, l'inverse reste à prouver.» C'était là un parfait résumé de l'affrontement devenu récurent entre le gouvernement et une très large fraction des soignant·es hospitalièr·es.

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