L'éducation sexuelle à l'école ne répond pas assez aux besoins des élèves

Sociétés
«On nous a parlé des organes sexuels de manière parcellaire et schématique et de façon purement utilitaire», se souvient Tom, 18 ans. | Dainis Graveris via Unsplash

 

L'école enseigne la reproduction et les risques inhérents à la sexualité et met de côté des informations liées au plaisir ou à la diversité des pratiques.

«Mon seul souvenir de l'éducation à la sexualité au collège, c'est d'avoir appris à mettre une capote sur une banane», se marre Alexandre, 16 ans, quand on lui demande de témoigner de son expérience.

Tom, 18 ans, revient également sur les carences de cette éducation: «Lors de mes cours d'éducation sexuelle en 4e, nous n'avons jamais abordé les questions de consentement, de plaisir ou de diversité des sexualités. On nous a parlé des organes sexuels de manière parcellaire et schématique et de façon purement utilitaire, se souvient-il. En seconde, j'ai eu à nouveau trois heures d'éducation à la sexualité. Si nous avons étudié les choses sous un angle purement médical, j'ai surtout été choqué par les propos homophobes tenus par mon professeur.» 

La loi n'est pas appliquée

Insuffisance évidente des enseignements, discours orientés vers la prévention des risques, contenus normatifs et peu inclusifs, manque de pertinence par rapport aux attentes et aux besoins des élèves… Alexandre et Tom résument bien les écueils de l'éducation à la sexualité telle qu'elle est prodiguée dans une majorité des établissements scolaires. Ce en dépit de la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 qui rend obligatoire une information et une éducation sexuelle dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d'au moins trois séances annuelles et de la circulaire n° 2018-111 du 12-9-2018 qui entérine le fait que l'éducation à la sexualité doit être pluridisciplinaire, transversale et fondée sur les valeurs humanistes de liberté, d'égalité et de tolérance, de respect de soi et d'autrui.

«Nous constatons chaque jour que la loi n'est pas appliquée», déplore Caroline Rebhi, coprésidente du Planning familial. «Nous voyons régulièrement des jeunes femmes qui découvrent leur corps au moment d'une grossesse faute d'une éducation adaptée.» Et d'ajouter: «Malgré la loi et la circulaire qui défendent une approche globale et positive, nous mesurons un gouffre énorme entre l'intention et la pratique. Les établissements font venir le Planning familial soit dans le cadre d'un projet d'établissement, soit, et c'est le cas le plus fréquent, quand il y a eu une grossesse non désirée au sein du lycée… C'est-à-dire trop tard.»

Caroline Rebhi constate que malgré le développement de comptes Instagram et autres supports numériques à destination des jeunes, de nombreuses idées reçues perdurent: «Beaucoup sont celles et ceux qui pensent que l'on ne peut pas tomber enceinte ou que l'on ne peut pas attraper d'IST au premier rapport, par exemple.» 

Elle remarque, en outre, que des questions relatives à la notion de consentement se posent. «Les jeunes me demandent comment ils peuvent savoir que l'autre est consentant. Ils s'interrogent aussi sur les conséquences sociales de refuser un rapport sexuel, que l'on soit un garçon –supposé être toujours prêt et avoir toujours envie– ou une fille –qui pourrait craindre, par exemple, d'être taxée d'allumeuse si elle exprime un refus lors d'un rendez-vous.» 

Une approche hétéronormée

Gabrielle Richard, sociologue du genre canadienne basée à Paris et autrice de Hétéro, l'école? Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité, déplore également un «focus mis sur la reproduction et sur les risques inhérents à la sexualité». Ainsi regrette-t-elle que l'éducation à la sexualité ne soit pas davantage sex positive et qu'elle mette de côté des informations liées au plaisir ou à la diversité des pratiques: «La sexualité est vue comme essentiellement pénétrative, procréative, potentiellement dangereuse et forcément hétérosexuelle. Les orientations “minoritaires” comme l'homosexualité, la bisexualité ou l'asexualité ont peu leur place et on se limite à la prise de risque qui y est associée. Quant à la question du genre, s'il en est fait mention, c'est d'ordinaire sur un mode binaire en mettant l'accent sur la complémentarité.»

À l'heure de #MeToo, de la lutte pour l'égalité hommes-femmes mais aussi à un moment où 13% ds 18-30 ans rejettent la dichotomie homme/femme et le terme «non binaire» convient à 36% d'entre eux, la persistance d'un modèle éducatif essentiellement préventif et (hétéro)normatif pose de vrais problèmes.

Et ce en dépit du fait que les textes officiels concernant l'éducation à la sexualité posent pour objectifs de «faire connaître aux élèves les dimensions relationnelle, juridique, sociale et éthique de la sexualité; d'accompagner leur réflexion sur le respect mutuel, le rapport à l'autre, l'égalité filles-garçons, les règles de vie en commun, le sens et le respect de la loi; le développement de l'exercice de l'esprit critique, notamment par l'analyse des modèles et des rôles sociaux véhiculés par les médias»....

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