L'écologie va-t-elle entraîner la chute de Gérard Collomb à Lyon?

Politique

Gérard Collomb en visite sur le chantier de la Part-Dieu, le 27 août 2019 à Lyon. | Philippe Desmazes / AFP 

Les derniers sondages donnent EELV et LREM au coude-à-coude dans le double scrutin municipal et métropolitain à Lyon, une aire urbaine très dynamique mais menacée par les pics de pollution.

érard Collomb mène sa campagne pour l'élection métropolitaine de Lyon en marchant sur un fil. L'ancien ministre de l'Intérieur d'Emmanuel Macron a fait le choix de ne pas se représenter à la ville pour briguer la métropole, l'interdiction du cumul des mandats lui interdisant de candidater pour les deux.

Le 16 janvier, un sondage commandé par les médias Lyon Capitale et Sud Radio à Ifop-Fiducial donnait les listes Europe Écologie-Les Verts et La République en marche en tête, à égalité dans les intentions de vote, pour l'élection municipale de Lyon (22% chacune).

En décembre 2019, une étude OpinionWay pour Lyon Mag, concernant cette fois la métropole, avait placé la liste de Gérard Collomb juste devant les écologistes (27% contre 25%).

Installé depuis 2001 à la mairie de Lyon, hormis sa parenthèse au ministère de l'Intérieur dans le gouvernement d'Édouard Philippe, Gérard Collomb va-t-il chuter face aux écologistes, qui s'imposent comme les premiers outsiders des deux élections?

Bouclage du périphérique

Le bassin lyonnais apparaît comme très dynamique en matière d'emploi. En 2019, il est classé pour la troisième année consécutive à la première place du classement des métropoles françaises les plus attractives selon le cabinet Arthur Lyod, qui met en avant sa capacité d'accueil des entreprises et la création d'emplois, avec «un taux de chômage au plus bas depuis dix ans».

Mais il y a un revers de la médaille: Lyon souffre de plusieurs maux. La seconde aire urbaine de France voit se multiplier les pics de pollution, ses axes routiers sont embouteillés et les vagues de chaleur étouffent de plus en plus souvent la ville et sa banlieue à la période estivale.

Le cabinet Arthur Lyod souligne ainsi qu'«un cadre environnemental perfectible» et «le coût du logement à l'acquisition relativement élevé» pourraient à l'avenir nuir à la ville.

Conscient de ses réussites à l'hôtel de ville, mais aussi des critiques qui lui sont adressées, Gérard Collomb tente d'évoluer sur une ligne de crête, en répétant son nouveau leitmotiv: «Faire l'alliance de l'économie et de l'écologie.» Seulement, la cohérence écologique de son programme semble parfois difficile à suivre.

Le 15 janvier, le candidat LREM était devant la Fédération du bâtiment et des travaux publics du Rhône pour réaffirmer sa volonté de réaliser le projet d'autoroute urbaine de l'Anneau des sciences, censé boucler le périphérique lyonnais à l'horizon 2030, qu'il est aujourd'hui le seul à défendre dans la campagne métropolitaine.

Ajouter des kilomètres à un périphérique? Un choix difficile à assumer face à un électorat de plus en plus séduit par les propositions écologistes. À Lyon, lors des dernières élections européennes, EELV s'est hissé au deuxième rang derrière la liste En marche, en recueillant 20,92% des suffrages.

Les marches pour le climat ont également connu un franc succès localement, avec 5.000 à 15.000 personnes dans le cortège du 21 septembre 2019, selon les estimations.

Sondages peu fiables

Le leader d'Europe Écologie-Les Verts, Yannick Jadot, a bien compris qu'un basculement du Grand Lyon dans son escarcelle était devenu du domaine du possible.

Le 6 janvier, il s'est déplacé à Villeurbanne pour soutenir Béatrice Vessiller, la candidate écologiste à la mairie de la deuxième ville de la métropole (150.000 habitant·es, ce qui en fait la vingt-et-unième ville française).

«Je suis déjà venu et je reviendrai, car je suis convaincu qu'on peut gagner», a déclaré à cette occasion Yannick Jadot. Encore plus que Lyon, Villeurbanne s'affiche comme une grande ville gagnable, alors que le maire socialiste sortant ne s'y représente pas.

La bataille s'annonce néanmoins ardue pour faire chuter Gérard Collomb, qui reste le personnage dominant de la scène politique lyonnaise. «Le problème des sondages pour l'élection municipale de Lyon, c'est la même chose qu'avant les élections américaines de 2016», analyse Romain Meltz, chercheur en sciences politiques à l'université Lumière Lyon 2.

«Les sondages ne testent pas les électeurs par arrondissement mais sur l'ensemble de Lyon. Si l'on observe les dernières élections européennes, les écologistes ont réalisé de très bons scores, mais leurs votes sont aussi très concentrés dans certains arrondissements, comme le Ier, le IVe ou le VIIe. Il leur faudra plus que ces trois arrondissements pour gagner la ville», poursuit ce spécialiste de la politique locale.

Deuxième limite: le manque de notoriété des candidat·es écologistes face à leur rival. «Gérard Collomb est très connu y compris dans la métropole, alors que les autres candidats sont méconnus du public, si l'on prend le cas de David Kimelfeld, l'ancien adjoint de Gérard Collomb à la mairie qui mène une liste indépendante pour le scrutin métropolitain, voire carrément inconnus, pour les candidats écologistes ou Les Républicains. Il y a quelque chose qui rassure les électeurs, c'est de connaître la personne pour qui ils votent. Est-ce cela ne va pas jouer en faveur de Gérard Collomb dans l'isoloir?», s'interroge Romain Meltz...

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