L'ampleur des violences sexuelles intrafamiliales par les chiffres

Sociétés

En France métropolitaine, 2,5% des femmes et 0,3% des hommes révèlent des violences sexuelles incestueuses subies avant 18 ans. | Sam Moqadam via Unsplash

En France, les données statistiques montrent des résultats inédits sur l'étendue et les caractéristiques des violences sexuelles subies durant l'enfance au sein de la famille et de son entourage.

Le livre de Camille Kouchner, relatant les agressions sexuelles répétées que son beau-père aurait commises sur son frère alors que celui-ci était adolescent, constitue un nouveau point d'ancrage dans la lutte contre les violences sexuelles incestueuses en France. Peu après sa parution, le #MeTooInceste impulsé par le collectif #NousToutes a permis à des milliers de femmes et d'hommes de faire part en quelques mots sur les réseaux sociaux de leur expérience et de donner une visibilité médiatique à un phénomène social considéré comme tabou.

Des données nationales, issues de travaux scientifiques, existent pourtant sur l'ampleur des violences sexuelles subies dans la famille et sur leurs caractéristiques, notamment grâce aux enquêtes statistiques en population générale.

'enquête Violences et rapports de genre (Virage), menée en 2015 auprès de plus de 27.000 femmes et hommes résidant en France métropolitaine au sein de ménages ordinaires (hors habitat collectif institutionnel), fournit justement des résultats inédits sur l'ampleur des violences sexuelles subies durant l'enfance au sein de la famille et de son entourage (voisins bien connus, amis, etc.).

En 2018, avec un protocole de collecte et un questionnaire proches, l'enquête Virage dans les Outre-mer a constitué un échantillon de près de 9.000 individus résidant aux Antilles ou à La Réunion permettant d'étendre ces nouvelles connaissances au-delà du territoire hexagonal.

En premier lieu, ces enquêtes confirment que le silence des victimes apparaît plus fréquent en cas de violences sexuelles que de violences physiques ou psychologiques, et lorsque les victimes en parlent, elles le font généralement (mais non systématiquement) de manière tardive et sans grand soutien familial.

En second lieu, ces enquêtes mettent en évidence le poids du genre dans ces violences, élément absent de la mise en lumière médiatique du sujet: les victimes de violences sexuelles sont beaucoup plus souvent des filles que des garçons, et les auteurs très rarement des femmes.

Mesurer les violences en population générale

Plus précisément, l'enquête Virage s'intéresse aux violences interpersonnelles subies par les femmes et les hommes tout au long de la vie dans les différents espaces de leur existence.

Elle permet d'évaluer, au moyen d'un questionnement rétrospectif, la part de personnes adultes ayant connu des violences sexuelles avant l'âge de 18 ans, en précisant si le ou les auteurs appartenaient à la famille ou à l'entourage proche, et de resserrer l'estimation pour se rapprocher de la définition juridique des viols et agressions sexuelles incestueuses.

La méthode d'enquête permet d'éviter différents biais de sélection des répondant·es, notamment en constituant l'échantillon de manière aléatoire, et conduit ainsi à une estimation robuste de la fréquence des violences dans l'ensemble de la population du pays.

Un autre choix méthodologique repris de protocoles éprouvés scientifiquement en France et à l'étranger, est de formuler les questions en mentionnant des faits plutôt que des catégories juridiques ou le terme générique de violence. Les réponses sont ainsi moins susceptibles de varier d'une personne à l'autre selon leurs représentations des violences sexuelles, leur appréciation de leur gravité ou encore leurs connaissances des définitions juridiques.

Les questions posées ont porté par exemple sur «des attouchements du sexe subi ou à faire», «des rapports sexuels forcés» (ou tentatives), ou «d'autres pratiques sexuelles imposées».

Le détail des actes subis permet de reconstituer ensuite les réponses relevant des catégories pénales «viols et tentatives de viol» et «autres agressions sexuelles, à l'exception du harcèlement sexuel et de l'exhibitionnisme».

Les femmes, premières victimes des violences sexuelles au sein de la famille

En France métropolitaine, près d'une femme sur 10 a fait part de violences sexuelles (viols, tentatives de viol, agressions sexuelles) avant l'âge de 18 ans, quelle que soit la nature des relations avec l'agresseur, familiales ou non (8,3%)....

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