Kirk Douglas, le dernier cow-boy

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Kirk Douglas à Hollywood, le 1er mars 2011. | Gabriel Bouys / AFP

L'acteur américain, mort le 5 février à l'âge de 103 ans, a tout joué et su porter les costumes les plus invraisemblables. Mais c'est sans doute dans le western qu'il laisse ses plus belles interprétations.

La mort de Kirk Douglas est aussi celle du dernier acteur du western traditionnel. Pas celui des tâcherons du pastiche spaghetti, non, le vrai western, mélange de naïveté bucolique, de bons sentiments, d'espaces à conquérir mais aussi de violence primale, de misogynie, de racisme.

Le western à l'état brut, avant que le sens de la nuance et la surenchère dans la fureur ne s'en emparent, manichéen dans son opposition entre bons et méchants, très souvent construit avec des massacres d'Indiens et le dépassement des frontières.

Pro-Indiens

Kirk Douglas a tourné plusieurs de ces westerns, plus ou moins réussis. Certains ont été surévalués, comme La Rivière de nos amours d'André de Toth, pour des raisons historiques: l'antiracisme est rare en 1955.

D'autres souffrent de la comparaison avec d'authentiques chefs-d'œuvre: remarquable d'intensité, Règlement de comptes à O.K. Corral est pourtant loin d'avoir l'éclat de La Poursuite infernale. C'est ce qui sépare un film d'un mythe.

Quelques-uns sont néanmoins impérissables. Ainsi de La Captive aux yeux clairs, que signe Howard Hawks en 1952. En quelque sorte un «eastern»: on y remonte le Missouri en parlant français.

Admirablement cabotin, Kirk Douglas joue de la guitare et chante, se bat avec un couteau, se fait couper un doigt. Son sourire est d'une blancheur absolue et sa fossette est admirablement sexy. Surtout, il tombe amoureux d'une Indienne et décide de vivre avec elle. On dit alors qu'il renonce à la civilisation.

Bien avant Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, ce choix amoureux n'a alors rien d'évident: les Indiens sont généralement de la chair à Winchester, tout juste bons à brandir des tomahawks en criant sauvagement, avant de tomber foudroyés.

Quelques cinéastes franchissent pourtant le pas et leur rendent leur dignité: Anthony Mann avec La Porte du diable et Delmer Daves avec La Flèche brisée (1950), William Wellman avec Au-delà du Missouri (1951), Robert Aldrich avec Bronco Apache (1954). Les Indiens ont beaucoup d'argile sur le visage, mais ils existent enfin.

On objectera que les Indiennes sont souvent «séduites» avec plus de violence que de tendresse: dans La Rivière de nos amours, Kirk force Onahti au rapport sexuel en la tirant par les cheveux –misogynie plutôt que racisme, John Wayne traitant alors Maureen O'Hara avec autant de brutalité.

Engagé

Kirk Douglas a joué dans deux de ces films pro-Indiens, y tombant amoureux à chaque fois et choisissant de rester dans la tribu de son épouse.

Dans Le Dernier Train de Gun Hill de John Sturges (1959), il incarne un shérif ayant épousé une Indienne, qui est violée puis tuée. Outre sa douleur, il affronte le racisme ordinaire.

On n'arrête personne «pour le meurtre d'une Indienne, on le récompense!», entend-il. Le pessimisme l'emporte: le racisme et l'affrontement sont voués à se perpétuer.

Dans La Rivière de nos amours, il s'interroge: «Dans quel camp se battra notre fils?»

Au sein du genre très codifié du western, ces choix marquent un engagement politique. Aucun hasard là-dedans: impossible d'imaginer John Wayne ou même Henry Fonda créer une famille de métis.

C'est une manière de subversion, qui annonce d'autres films engagés, comme Spartacus ou Les Sentiers de la gloire –car dans le modèle hollywoodien, la lutte contre l'injustice est souvent un combat politique.

Dans les années 1950 et 1960, en plein maccarthysme, Kirk Douglas a joué dans des films qui nous semblent anodins aujourd'hui mais témoignaient alors d'une véritable prise de position. Mieux, il les a produits avec sa société Bryna (du nom de sa mère).

Son engagement le conduisit à soutenir Dalton Trumbo, mis à l'index d'Hollywood, au moment où des acteurs comme Ronald Reagan ou John Wayne l'accablaient. Il imposa son nom au générique, lorsque le scénariste était alors condamné à l'anonymat.

 

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