«Keeping Up with the Kardashians» s'arrête: la fin d'une ère médiatique et sociétale

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«L'incroyable famille Kardashian» s'arrête après quatorze ans et vingt saisons de diffusion. | Capture d'écran via E! Entertainment 

Par où regarde-t-on aujourd'hui pour apercevoir l'intimité des autres? L'annonce de l'arrêt de la télé-réalité des Kardashian pose la question, et signale le glissement des usages médiatiques entre télévision et réseaux sociaux.

La semaine dernière, Kim Kardashian révélait une exclu à ses 188 millions de followers sur Instagram: son émission de télé-réalité familiale s'arrêtera en 2021. «Ce show a fait de nous ce que nous sommes, et je serai éternellement redevable à tous ceux qui ont joué un rôle dans la construction de nos carrières et changé nos vies pour toujours», écrivait-elle sous une image exhumée de la première saison de «Keeping Up with the Kardashians»KUWTK pour les intimes, «L'incroyable famille Kardashian» en version française.

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To our amazing fans - It is with heavy hearts that we’ve made the difficult decision as a family to say goodbye to Keeping Up with the Kardashians. After what will be 14 years, 20 seasons, hundreds of episodes and numerous spin-off shows, we are beyond grateful to all of you who’ve watched us for all of these years – through the good times, the bad times, the happiness, the tears, and the many relationships and children. We’ll forever cherish the wonderful memories and countless people we’ve met along the way. Thank you to the thousands of individuals and businesses that have been a part of this experience and, most importantly, a very special thank you to Ryan Seacrest for believing in us, E! for being our partner, and our production team at Bunim/Murray, who’ve spent countless hours documenting our lives. Our last season will air early next year in 2021. Without Keeping Up with The Kardashians, I wouldn’t be where I am today. I am so incredibly grateful to everyone who has watched and supported me and my family these past 14 incredible years. This show made us who we are and I will be forever in debt to everyone who played a role in shaping our careers and changing our lives forever. With Love and Gratitude, Kim

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Cette publication déjà pleine de nostalgie a engendré 6 millions de likes, 215.000 commentaires et des centaines d'articles, signes de l'onde de choc d'une page qui se tourne. Qu'est-ce que la fin de cette émission culte, à la longévité remarquable (quatorze ans et vingt saisons télévisuelles, sans compter les spin-off, soit quand même une demi-génération), dit de notre société et de notre rapport aux médias?

Tous les éléments d'une bonne saga

Les ados d'aujourd'hui n'ont pas connu le monde sans les Kardashian. En 2020 elles sont partout, tout le temps («elles», oui, car les hommes ont toujours été secondaires dans le programme). Mais pour comprendre le succès de ce phénomène, il faut revenir sur le contexte dans lequel il est apparu, en 2007, à la télévision.

À l'époque, seule Kim est vaguement identifiée comme la copine brune et voluptueuse de son négatif Paris Hilton. Elle est apparue quelques mois plus tôt dans les rubriques people à la suite de la révélation d'une sextape tournée avec son ex-boyfriend, le chanteur Ray J (technique au préalable validée par son amie Paris pour s'assurer d'un buzz médiatique).

2007, souvenez-vous, c'est la grande époque de la télé-réalité, la pire année de la vie de Britney Spears, les heures de gloire de la presse people. C'est aussi l'année de sortie du premier iPhone, des balbutiements de Facebook et de la naissance de Twitter. Pour Virginie Spies, sémiologue et analyste des médias à l'Université d'Avignon, ce contexte a d'abord servi le show des Kardashian: «Les récits autour du programme étaient multipliés, les médias se sont portés les uns les autres, ils s'alimentaient. Les Kardashian ont su faire leur miel de la presse people et ont très vite compris l'intérêt d'exister sur les réseaux sociaux.» Elle ajoute que rien n'aurait été possible sans des personnages forts. «Pas de récit sans personnage. Or ici, on a tous les éléments d'une bonne saga. En France, Nabilla a essayé de faire la même chose, mais elle n'avait pas la famille des Kardashian. Il faut un vrai casting à la Dallas pour que ça marche.»

De ce côté-là, les Kardashian assurent: elles sont une galerie de portraits frôlant la caricature. Les audiences s'emballent et le show devient une usine à mèmes inépuisable. Kris, la matriarche autoproclamée «Momager» (Mom + manager, elle prend 10% sur tout), règne sur les affaires. Par amour du dollar, elle ne nous épargnera rien de l'intimité de sa famille, ni les joies ni les peines, jusque dans les détails les plus scabreux. Le clan incarne le concept du too much information, mais il le fait bien. Du travail de pro.

Cannibalisées par les réseaux sociaux

Ainsi une famille a priori sans talent particulier s'est imposée dans la pop culture, contribuant à faire bouger les codes de la célébrité (famous for being famous), de l'esthétique de l'image (le selfie érigé en art), des canons de beauté (les cheveux bruns, les fesses de Kim, les lèvres de Kylie), de la mode (jugées vulgaires à leurs débuts, elles ont depuis été adoubées par Anna Wintour et Karl Lagerfeld)...

Kim Kardashian à West Hollywood, le 11 avril 2011. | Toby Canham / Getty Images North America / AFP

Mais l'importance grandissante des réseaux sociaux a fini par devenir problématique pour le récit télévisuel de la vie des Kardashian. Le décalage nécessaire à un programme enregistré, monté puis diffusé des semaines plus tard, ne colle plus avec l'immédiateté des réseaux, où elles sont omniprésentes. «Il y a un côté “leur vie en direct” inhérent à la télé-réalité, explique Virginie Spies. L'émission traite de petites choses du quotidien: un clash, une tromperie, la dernière frasque de Kanye West... Or avec Twitter, Instagram, Snapchat, TikTok, aujourd'hui ce qui se passe chez elles en direct se regarde dans la main, sous forme de stories gratuites sur les smartphones. En ce sens, elles sont devenus maîtresses de leur récit d'elles-mêmes, et peuvent même vendre leurs produits sans besoin d'intermédiaire.»...

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