Jusqu'où peut-on tricher sur son CV sans risquer de se griller?

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Près des deux tiers des CV seraient trompeurs. | Green Chameleon via Unsplash

Dans le film L'Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance, en version originale), sorti en 1962, le réalisateur John Ford fait dire au directeur d'un journal: «Dans l'Ouest, quand la légende est plus belle que la réalité, on publie la légende.» De là à vouloir falsifier son CV pour qu'il retienne l'attention des recruteurs sur le marché de l'emploi, il n'y a qu'un pas!

Qui n'a pas déjà été tenté·e d'enjoliver la réalité de son parcours professionnel? De changer quelques dates? de s'attribuer quelques résultats ou objectifs atteints par d'autres?

Pratique largement répandue

Une première étude réalisée par le cabinet de recrutement Florian Mantione Institut, reprise dans Le Livre noir des CV trompeurs, évalue à 65% les CV qui travestissent la réalité. Cette enquête a été réalisée en 2018 auprès de 289 chef·fes d'entreprise, 50 DRH et 100 candidat·es.

 

Dans un article publié la même année, un cabinet spécialisé dans la vérification des CV aboutit exactement au même chiffre et note que 65% des CV contrôlés comportent au moins une anomalie.

Mais que risquent les personnes qui trichent? Notons d'abord que pour les recruteurs, mentir sur son CV est bien évidemment un critère d'élimination. D'ailleurs, un sur deux environ déclare avoir déjà recalé un·e candidat·e, qui est d'ailleurs tenu·e de répondre de bonne foi aux informations nécessaires pour exercer un emploi, après avoir découvert des anomalies dans son CV.

Si la personne n'est pas démasquée et qu'elle est recrutée, le deuxième risque est qu'elle se retrouve fort dépourvue au moment d'exercer ses missions. Un interprète qui doit assurer la traduction d'un colloque ou d'une conférence se trouvera en très mauvaise posture auprès de son auditoire s'il ne maîtrise que très imparfaitement une langue étrangère.

De même, la responsable financière qui ne comprendrait pas les notions de liasses fiscales, de clôture de fin d'année ou encore de budget prévisionnel sera rapidement confrontée au courroux de son employeur. On pourrait multiplier ces exemples qui placent les candidat·es dans une situation plus qu'inconfortable.

Le troisième risque relève d'un manquement à ce que nous pouvons appeler la déontologie. Même si un contrat de travail ne mentionne aucune clause quant aux notions de sincérité, de confiance et d'honnêteté, la loyauté et la bonne foi constituent des fondements du droit civil français.

Le code du travail dispose ainsi que le contrat de travail doit être exécuté de bonne foi. Dans ce cas, la personne retenue risque d'être confrontée à la loi. Un menteur patenté s'expose à une procédure de licenciement pour faute grave, à l'issue néanmoins incertaine.

Dans les faits, il apparaît toutefois qu'une certaine mansuétude existe sur cette notion de bonne foi de la part des candidat·es. Il s'agirait d'un «pêché» assez commun, qui pourrait même constituer une compétence recherchée.

On estime que 70% à 90% des aspirant·es salarié·es trouvent normal d'arranger leur CV. Il ne s'agit pas d'un mensonge mais plutôt une manière d'améliorer ses chances, en tordant quelques éléments du CV pour montrer que l'on est la bonne personne pour la bonne place. En quelque sorte, on peut parler de petits arrangements avec la réalité plutôt que de gros mensonges.

Fraudes manifestes

Pour résumer, on peut classer les tricheries dans deux catégories: celles qui relèvent d'une fraude manifeste et sont éliminatoires, et les autres, ces fameux embellissements qui prêtent moins à conséquence.

Dans la première catégorie, on trouve les tromperies portant sur un diplôme, un titre, un permis ou une qualification. Elles sont assez répandues: un·e candidat·e sur quatre y recourrait.

Attention: ces bobards sont assez rédhibitoires pour les recruteurs –et surtout risquées. Les grandes écoles ont souvent des annuaires d'ancien·nes élèves et la personne peut être rapidement démasquée.

Quant à l'usurpation de diplômes professionnels (infirmièr·es, médecins par exemple), l'usage sans droit d'un titre attaché à une profession réglementée expose les contrevenant·es à des sanctions pénales –sans parler ici d'un faux permis de conduire poids lourds ou autre. Il s'agit là fort heureusement de cas très marginaux, mais qui existent néanmoins.

Dans une catégorie similaire, on peut évoquer tous les mensonges liés aux compétences, qu'il s'agisse de la maîtrise des langues, d'un logiciel ou d'un savoir-faire particulier. Le risque ici est de ne pas pouvoir assumer les missions attachées à un poste particulier.

Si le CV peut faire illusion, il y a fort à parier que la personne se trouve dans une situation inconfortable lors de l'entretien. Sans parler du moment où, si elle est finalement retenue, elle sera incapable de réaliser le travail pour lequel elle a été recrutée.

On trouve enfin dans cette catégorie des fraudes manifestes, comme les mensonges sur la carrière ou les responsabilités exercées. Le risque, là encore, est que la supercherie soit découverte.

Les exemples sont nombreux: s'attribuer des compétences de manager ou de dirigeant·e sans avoir exercé ces fonctions, travailler dans une entreprise qui n'a jamais existé, exagérer des succès et des objectifs atteints par d'autres.

C'est alors la crédibilité des candidat·es qui est en cause, et la relation de confiance qui pourra rapidement être altérée. Bref, à ne tenter qu'avec une extrême modération...

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