«Je ne veux rien de lui de plus que cette relation purement sexuelle et cérébrale»

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«J'ai succombé à cet homme comme on se jette dans un puits sans fond» | Dmitriy Fokeev via Flickr 

Cette semaine, Lucile conseille Salomé, qui nourrit un désir brûlant pour son amant mais n'éprouve aucun sentiment pour lui.

C'est une femme complètement perdue qui vous écrit ce soir. Perdue dans des sentiments complexes, tiraillée entre la morale, l'amour, la société et tout ce qui régit de nos jours les rapports humains.

Il y a quelques mois, j'ai succombé à un homme qui me chassait depuis des années. Marié, père de famille, il s'octroie une liberté dont sa femme s'accommode à demi-mot dans l'ombre depuis longtemps. Je suis également mariée depuis peu, et très heureuse en ménage. Nous allons d'ailleurs bientôt accueillir notre premier enfant que j'attends avec impatience.

Il a suffi que mon mari me dise un jour qu'il ne serait pas dérangé que je vive une aventure extraconjugale pour que je me jette dans ses bras.

J'ai succombé à cet homme comme on se jette dans un puits sans fond, après une réflexion qui a semblé durer des lustres, une lutte interne entre le bien, le mal, l'envie, le désir, la peur et la culpabilité. J'ai embrassé l'interdit sans pudeur, je me suis jetée dans ses bras comme si je l'avais attendu depuis toujours.

L'embrasement instinctif de nos corps m'a totalement prise au dépourvu. Je suis pourtant passionnée par la relation intime entretenue avec mon époux, et ce depuis notre rencontre. Mais là, je suis passée encore un cran au-dessus. Je ne sais comment l'expliquer. Nous sommes attiré·es comme des aimants par une force qui nous dépasse. Elle nous a tellement dépassé·es que les premières semaines, nous nous sommes goûté·es presque tous les jours. Dès que nous avons pu. Dès que nous avions cinq minutes. Il nous fallait allumer ce brasier, ensemble. Il nous fallait brûler dans les feux de l'enfer.

Il est rapidement devenu une obsession, une impatience réclamée par tout mon corps qui me hurlait chaque jour son envie de lui. Je rêvais la nuit de ses mains, de sa langue, de ses talents que seuls les hommes aimant vraiment les femmes et le sexe possèdent. J'attendais avec une ferveur si mal contenue les messages indiquant le prochain rendez-vous. J'étais furieuse lorsque je n'avais pas de nouvelles durant plusieurs jours, j'avais la sensation qu'il me privait d'un plaisir que j'aurais dû être en mesure de connaître sans modération.

Par la force des choses, nos vies de famille primant évidemment sur tout le reste, nous avons peu à peu dû cesser de nous voir pour éviter les soupçons et les questionnements de nos conjoints respectifs.

Aujourd'hui, je suis perdue. Il y a quelques années encore, il m'était inenvisageable de sortir du moule du couple parfaitement fidèle. Je me retrouve alors dans une situation que je n'aurais jamais imaginée. J'ai toujours cru que si j'allais voir ailleurs, cela signifiait que ma relation amoureuse était finie. Qu'il n'y avait pas d'autre solution que de tomber amoureuse de l'amant, de partir et de refaire ma vie avec lui.

Or là, je ne ressens rien de tout cela. J'aime profondément mon mari, j'aime notre relation et je ne la quitterais pour rien au monde. Je ne ressens aucun sentiment amoureux pour cet amant. C'est incompréhensible. Il hante mes jours et mes nuits, il déclenche mes fureurs par ses silences, sa peau manque cruellement à la mienne et pourtant, je ne veux rien de lui de plus que cette relation purement sexuelle et cérébrale. Je ne me vois pas vivre avec lui, sur certains aspects même, je pourrais dire qu'il m'insupporte.

J'ai énormément de mal à comprendre et à admettre qu'il existe un sentiment qui ne soit pas de l'amour, et donc je n'arrive même pas d'ailleurs à définir la portée. Comment peut-on penser autant à une personne, à ses bras, à ses baisers, et ne pas ressentir de l'amour? Je suis presque déçue de m'être rendue à cette évidence. Nous n'avons jamais passé une nuit ensemble, nous n'avons absolument pas de relation câline. C'est purement sexuel. Animal. Bestial. Instinctif. Violent. Cru.

Cette relation me manque terriblement. Mais ce n'est pas tant sur la gestion du manque que je m'interroge. Je voudrais savoir si je suis la seule à avoir expérimenté une telle situation de passion sexuelle sans amour. Je voudrais savoir s'il existe un moyen de se guérir de quelque chose qui ne nous blesse pas. Autant j'ai déjà souffert de déceptions amoureuses et de ruptures douloureuses, autant je n'ai jamais eu à me soigner de la brûlure infligée par une passion dévorante. Comment survit-on à l'absence du désir primaire?

Salomé

Chère Salomé,

Je crois à ces relations-là, à leur force dévastatrice comme créatrice. Je me rappelle avoir vu le film Intimité de Patrice Chéreau alors que j'étais une toute jeune femme et m'être posé la question du pourquoi. Pourquoi quand on est heureuse, amoureuse, épanouie, on peut vouloir du sexe sans parole et sans sentiment avec un inconnu? Pendant des années, je n'ai pas compris. Je me disais que cette femme portait en elle un désir d'autodestruction. Ou alors qu'elle était malheureuse dans sa vie même si le film ne le montrait pas. Et puis aujourd'hui, et depuis quelques années déjà, je comprends. 

Parfois, on peut avoir juste envie d'être un corps. C'est un droit qu'on refuse beaucoup aux femmes. Les hommes peuvent avoir mille raisons pour le sexe, toutes sont bonnes et acceptées. Les femmes doivent aimer. Ou alors elles doivent vouloir manipuler. Ou alors elles doivent ne pas vouloir tout court.

Je crois et je défends le droit des femmes à vouloir du sexe pour le sexe. Sans parole, sans manipulation préalable par la drague, sans sentiment, sans avenir. Du sexe pour se sentir juste vivante. Du sexe juste pour soi.

Je pense aussi qu'une fois qu'on a goûté à ce sentiment de liberté on peut en vouloir plus, on peut le vouloir tout le temps. C'est la contrepartie évidente à des brimades permanentes. Il faut alors le gérer comme une addiction. Certains et certaines s'autorisent un nombre précis de cigarettes par jour ou comptent les soirées où ils boivent pour ne pas abuser. D'autres se font aider par des professionnels ou des groupes de parole.

Il faut surtout prendre ces moments volés comme des cadeaux. Et accepter que cela puisse s'arrêter violemment. Sur la question de savoir comment tourner la page quand c'est nécessaire, je crois qu'on peut essayer de sublimer ce moment pour le chérir quand on en a besoin. Écrivez. Racontez votre histoire. C'est toujours un bon moyen de garder un souvenir d'une histoire terminée. C'est aussi une bonne manière de garder ce pouvoir que vous avez pris. Vous avez choisi de vivre cette relation animale pour vous. Écrivez-la avec vos mots. Dans un sens, vous aurez tout du long, nourri votre liberté...

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