Immersion chez les Mgtow, ces hommes qui veulent faire sécession avec les femmes

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Les Mgtow préfèrent la discrétion des réseaux sociaux, ce qui les fait passer sous les radars des autorités. | Capture d'écran via YouTube 

Sur internet, une communauté d'hommes anti-féministes répand une idéologie misogyne et conspirationniste, arguant qu'il faut s'affranchir d'une relation conjugale qui leur est défavorable.

Gilles n'aime plus les femmes. Il y a quatre ans, l'une d'elles aurait tenté de lui faire un enfant dans le dos «en s'inséminant avec le fond de ma capote alors que j'étais parti me doucher». La douche froide. En février 2017, il décide d'abandonner définitivement toute relation conjugale: «Renoncer à être père, c'est la conséquence la plus difficile à assumer.» En guise d'adieu à sa vie d'avant, il organise une grande soirée dans une villa avec quinze escorts girls, «ma dernière soirée de luxure, un peu comme le dernier paquet de clopes avant d'arrêter de fumer», raconte-t-il. Depuis? Plus de femmes.

Gilles a atteint le stade ultime de l'idéologie Mgtow (on prononce «Megto»), littéralement «Men going their own way»: les hommes qui choisissent leur propre chemin. Une «philosophie de vie» importée des États-Unis, qui a déjà conquis des dizaines de milliers d'hommes, et qui considère que s'engager dans une relation avec une femme est devenu défavorable pour l'homme. Il faudrait donc s'affranchir des femmes pour se reconcentrer sur soi. «Est-ce rentable de gaspiller l'argent de son travail pour quelques séances de sexe pas souvent au niveau de ce qu'on s'imaginait? Certains diront oui, d'autres non. La voie que je suis n'est pas faite pour tout le monde», admet-il. Sauf que derrière ces conseils aux allures de développement personnel, se cache une véritable obsession pour les femmes. Une vision misogyne qui peut très vite dégénérer.

«Anti-féministe à 100%»

Les Mgtow se rencontrent toujours sur internet, rarement en vrai. Sur Facebook, la page Mgtow rassemble 35.000 membres du monde entier, et son équivalent francophone plus de 3.200. Leur point commun? Une rupture, un divorce, ou une perte de garde parentale. «La plupart du temps ce sont des hommes qui se sont mariés à 20 ans et qui ont divorcé à 42 ans. Ils se sont aperçus qu'ils avaient tous vécu la même histoire», décrit Achille*, qui fait partie de ce mouvement.

Marc* a rallié la communauté il y a trois ans, après une rupture le jour de la Saint-Valentin. «J'ai commencé à voir une évolution un peu dangereuse des femmes autour de moi, notamment lorsque ma tante a divorcé de mon oncle de manière assez dramatique. J'en suis arrivé à la conclusion que les femmes dans les grandes villes sont de plus en plus dégénérées», raconte-t-il. Avec sa chaîne YouTube «L'Observateur», cet architecte de 35 ans est l'un des principaux vidéastes Mgtow en France. Les titres de ses vidéos annoncent la couleur: «Le mythe de l'égalité des salaires hommes/femmes», «Le côté obscur de la femme», ou encore «Les fausses accusations de viol».

«Anti-féministe à 100%», Marc ne considère pas l'idéologie Mgtow comme misogyne. Et les fréquents rappels à l'ordre de YouTube à son encontre pour «appel à la haine» n'y ont rien changé. «Le féminisme n'est pas justifié, car au quotidien, il n'y a pas vraiment de maltraitance des hommes envers les femmes. C'est un peu fabriqué», juge-t-il. Au cours de l'entretien, le YouTubeur n'hésite pas à justifier le viol: «Il ne faut pas être dans l'hypocrisie. Une ado qui sort, qui boit et qui finit dans le lit d'un inconnu, elle en est quelque part responsable. Moi je serai plutôt d'accord pour éduquer les filles à l'intelligence.» Des propos qui ont de quoi inquiéter quand on sait que ses vidéos cumulent près de 5 millions de vues sur YouTube.

Marc illustre bien le paradoxe des Mgtow: vouloir s'affranchir des femmes tout en cultivant une obsession pour elles. Il se justifie: «Je suis niveau 2, je continue à les fréquenter, tout en ayant conscience du danger du mariage et de l'instabilité psychologique des femmes», explique-t-il. Même constat chez Achille qui s'intéresse au mouvement depuis quatre ans: «Je suis un Mgtow, mais je n'ai pas renoncé à avoir une vie de couple. J'ai juste compris que faire des enfants en croyant que la femme est égale à nous, c'est se tirer une balle dans le pied.»

La théorie Mgtow comporte plusieurs étapes, jusqu'au rejet total des relations avec les femmes. | Capture d'écran Mgtow.com

Hypocrite? En réalité, le Mgtow comporte plusieurs niveaux: du «Blue pills», homme marié et inconscient de la domination des femmes, au «Ghost Mgtow» qui rejette toute relation avec des femmes. Un style de vie qui pose la question de l'abstinence: «Pour casser le désir de sexe […] j'ai viré toute l'iconographie de femme-fantasme» pour la remplacer par «les pires exemples de femmes, pour en faire des sortes de gargouilles», explique Gilles. Pour contourner le problème, d'autres Mgtow font appel aux escorts girls, seules femmes à assumer leur «vraie nature», selon eux: «Je ne vois pas l'intérêt de dépenser de l'argent pour une femme. S'il le faut, une escort fait l'affaire car on va droit au but, et au final, on dépense beaucoup moins avec, à la clef, la possibilité de trouver un beau produit», écrit l'un d'eux sur Facebook.

Beaucoup de Mgtow assument de faire appel aux prostituées pour satisfaire leur libido et éviter toute relation conjugale. | Capture d'écran Facebook

Retour à un «ordre naturel»

Si la communauté Mgtow est encore peu nombreuse en France, c'est d'abord parce qu'elle vient des États-Unis. Dans les années 2000, deux hommes, «Solaris» et «Ragnar», théorisent les principes du mouvement. D'après le premier manifeste, publié en 2003, il doit permettre de «réinsuffler de la masculinité chez les hommes, de la féminité chez les femmes et de lutter pour un gouvernement au pouvoir limité». En France, les premiers groupes se constitueront à partir de 2015.

À contre-courant du mouvement #Metoo et des collectifs féministes qui battent le pavé et réclament la fin du patriarcat, les Mgtow sévissent sur les réseaux sociaux et prônent un retour à un «ordre naturel», comme le YouTubeur américain Sandman qui cumule 87 millions de vue sur ses vidéos. Inspirés par le professeur de psychologie canadien, Jordan Peterson, star des masculinistes, ou par le polémiste français Éric Zemmour, auteur du Premier Sexe, et souvent proches de la droite ou de l'extrême droite, ils estiment que la société occidentale est devenue gynocentrée, c'est-à-dire dominée par le point de vue des femmes et qu'il faut donc les abandonner....

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