Il y a trente ans, Nirvana faisait entrer l'underground dans le mainstream

Musique

Les clips du groupe sont des cartons, notamment celui de «Smells Like Teen Spirit». | Capture d'écran Nirvana via YouTube

«Nevermind» ne s'est pas fait sans quelques trahisons à l'esprit et aux préceptes punk si chers aux trois musiciens.

Tout commence par quatre accords de guitare, parmi les plus connus de l'histoire du rock. Puis un break de batterie monstrueux retentit juste avant le vacarme. Voici les premières notes de «Smells Like Teen Spirit», premier titre du deuxième album de Nirvana, Nevermind, sorti le 24 septembre 1991. C'était donc il y a tout juste trente ans.

Ce son, cette manière de faire sonner le rock avec une clarté presque inédite et une force décuplée a profondément marqué l'histoire de la musique moderne. Avec Nevermind, ce sont les années 1990 qui démarrent en trombe, avec les changements de paradigmes musicaux et commerciaux que cela implique.

Les éclats pop

Dans son livre Alternative Nation – La scène indépendante américaine 1979-2001 (paru le 16 septembre 2021), le journaliste Jean-Marie Pottier résume bien le contexte dans lequel cet album a vu le jour: «En 1990, pour la première fois depuis longtemps, aucun groupe de rock n'avait réussi à se frayer un chemin en tête des charts albums hebdomadaires, dominés par le rappeur MC Hammer et la fraude Milli Vanilli, par la chanteuse irlandaise Sinéad O'Connor et le boys band New Kids On The Block. La rébellion ne semblait pas s'incarner dans le rock à guitares mais plutôt dans le hip-hop du Fear Of A Black Planet de Public Enemy ou du Niggaz4Life de N.W.A.Pourtant, ce que s'apprête à faire Nirvana va envoyer valser les canons en vigueur.

Petit retour en arrière. En 1989, Nirvana, alors composé de Kurt Cobain au chant et à la guitare, de Krist Novoselic à la basse et de Chad Channing à la batterie, sort son premier album, Bleach, sur le label Sub Pop, qui réunit alors tout ce que la scène rock underground de Seattle sait faire de mieux. Kurt Cobain est d'emblée le leader, celui qui décide de la direction musicale et sonore du groupe. Il est foncièrement attaché à un certain esprit punk, à l'éthique qui va avec.

Ce premier album enregistré en trois jours en est une illustration. Le son est encore crade, la voix du chanteur un peu en retrait dans le mixage, les structures contiennent des passages instrumentaux typiques du rock underground, à l'image des titres «Floyd The Barber», «Downer» ou «Big Cheese». Mais déjà, par éclats, on sent la volonté d'insérer des mélodies pop comme sur «About A Girl» ou «Sifting».

«Plus énormes que les Beatles»

Durant un an et demi, il se passe beaucoup de choses pour Nirvana. On ne refera pas toute l'histoire du groupe, mais quelques faits sont à relever pour comprendre leur futur. D'abord, le batteur Chad Channing est évincé de la formation, son jeu étant jugé trop mollasson et peu rigoureux par Kurt Cobain. Mollasson, on ne sait pas. Peu rigoureux, à en écouter certains breaks de «Floyd The Barber» ou la rythmique plus lente et franchement mouvante de «Paper Cuts», c'est certain.

Ils commencent pourtant l'enregistrement des démos de leur second album dès le début de l'année 1990, mais le rendu ne leur convient pas. Alors qu'ils se produisent à San Francisco, Kurt Cobain en profite pour assister à un concert du groupe Scream. Il est frappé par le jeu du batteur, un certain Dave Grohl, originaire de l'Ohio. C'est le type qu'il leur faut, et dès que Scream se sépare en octobre de la même année, ils l'engagent derrière les fûts. Un changement radical tant la frappe de Dave Grohl est massive et son sens épuré de la rythmique, aiguisé....

Lire la suite de cet Article sur Slate.fr - Il y a trente ans, Nirvana faisait entrer l'underground dans le mainstream

Articles en Relation

Le rock ne peut plus se cacher pour mourir Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones, lors d'un concert au Shanghai Grand Stage, le 8 avril 2006. | Liu Jin / AFP  Charlie Watts était l...
Toutes ces fois où Thomas Bangalter et Guy-Man ont prouvé qu'ils n'étaient pas l... «Epilogue», clap de fin du duo musical. | Capture d'écran Daft Punk via YouTube L'annonce de leur séparation a mis un coup au moral général, mais pas...

MUSIQUE LIVE

PROMO MUSIQUE