«Il pense que les fantasmes doivent rester des fantasmes»

Erotique

«Nous nous empêtrons dans un immobilisme qui ne me convient pas.» | Flóra Soós via Flickr  

Cette semaine, Lucile conseille Flora, qui souhaite multiplier les expérimentations sexuelles, à la différence de son conjoint, qui n'en ressent ni l'envie ni le besoin.

Chère Lucile,

J'ai 37 ans, je suis en couple depuis plus de quinze ans, j'ai deux enfants.

Tout commence il y a un peu plus de trois ans, lorsque j'ai rencontré D. à l'anniversaire d'une amie. Un coup de foudre aussi soudain que réciproque. Je cède à ce flirt, quelques instants. Rien que du flirt, mais je me sens alors envahie par un tsunami d'émotions; cette relation se poursuit ensuite de façon virtuelle, et seulement virtuelle, car cet homme décline mes avances de rencontre. Au bout de deux ans de ce flirt virtuel, souhaitant l'oublier, je m'inscris sur un site de rencontres, curieuse de voir quel genre d'hommes s'y trouvent, quel genre de relations peut émerger, si je saurai séduire...

C'est le début d'un tourbillon infernal. Je plais, je rencontre des hommes, beaucoup. Je me plais à vivre tout un tas de relations différentes, car c'est cela qui m'intéresse: explorer des relations différentes, et m'enrichir de cet univers érotique où je me découvre moi-même.

Au bout de quelques mois, mon conjoint découvre l'une de mes liaisons. Une seule. C'est très difficile pour lui, mais je lui explique mon besoin de découvrir d'autres corps, et d'explorer une nouvelle forme de sexualité. Je lui explique que cela ne remet pas en cause mes sentiments pour lui, parce que je sépare très bien le sexe des sentiments. Il me demande d'arrêter, mais je continue en cachette, car je n'ai pas fini ce chemin de découvertes, et je sens que c'est une pulsion extrêmement puissante qu'il faut que je suive. Il le découvre à nouveau, c'est la catastrophe. Je consulte alors un psy, pensant ne pas être normale, mais je ne trouve pas la totalité des réponses.

Je décide alors de parler à mon conjoint de mon désir de vivre mes désirs à l'extérieur de notre couple, avec son consentement. Nous réfléchissons, nous lisons beaucoup au sujet du couple libre, et il accepte que nous essayions. Je me sens alors plus amoureuse de lui que jamais, tant cette ouverture d'esprit me touche. Mais trois mois plus tard, alors qu'il ne fait pas de rencontres, il souhaite arrêter. Ce n'est pas un séducteur, et faire l'amour avec moi lui suffit, me dit-il.

Je veux alors essayer de lui faire découvrir certaines de mes découvertes et je l'emmène dans un club échangiste, je lui fais part de mon désir de soumission, de mon désir de pluralité notamment. Rien n'y fait, il ne veut plus entendre parler de club, et il pense que les fantasmes doivent rester des fantasmes.

Je suis alors en colère contre lui, et je trouve qu'il est injuste de me priver de ce plaisir, qui pour moi est bien plus qu'un plaisir, car j'ai le sentiment que c'est ma nature profonde.

Mais je me plie à sa demande, après tout il a essayé, alors je me dois aussi de stopper ces relations. Les semaines passent et je ne le désire plus, mais je consens toutefois aux relations sexuelles pour qu'il reprenne confiance, pour le rassurer sur mes sentiments, et je lui en veux encore de ne pas accepter cette particularité que je me suis découverte. Je me sens vide à côté de lui, comme anesthésiée, et je suis au bord d'un état semi dépressif.

Nous en reparlons. Je lui dis que mon désir pour lui est fluctuant, je lui dis que je lui en veux; nous consultons un psy ensemble, une fois.

À la suite de ce rendez-vous, je reprends mes aventures cachées, en diminuant drastiquement le nombre de mes partenaires ainsi que la fréquence de ces moments volés. Je poursuis l'ascension de mon échelle érotique, je continue de découvrir le plaisir féminin, la pluralité, la domination/soumission, le bdsm, les clubs échangistes, les créations photographiques et épistolaires. Je me sens mieux, je revis, je me sens à présent pleine de maturité dans cette double vie que je contrôle beaucoup mieux, et petit à petit je retrouve un peu de désir pour mon homme.

Mais le temps passe, et je ne peux m'empêcher de penser souvent qu'il est bien dommage que nous n'ayons pu faire de cet adultère un levier pour notre couple. Nous sommes redevenus comme avant, avec la même façon de faire l'amour, et nous nous empêtrons dans un immobilisme qui ne me convient pas. Je lui ai tout de même parlé de shibari dernièrement, et il a accepté que nous prenions des cours. Il apprécie, mais là encore, nos imaginaires sont diamétralement opposés.

Je n'ose plus aborder le sujet de mes envies, car chacune de mes tentatives s'est soldée par un échec. C'est devenu maintenant tabou entre nous. Nous n'en parlons plus, nous faisons comme si rien ne s'était passé. Nous faisons en sorte d'être heureux, et je crois que nous le sommes, bienveillants l'un envers l'autre, et notre quotidien est agréable.

Mais j'ai toujours cette gêne permanente... car du coup, je lui cache qui je suis vraiment…

Malgré le fait que j'arrive à trouver un certain équilibre entre ma vie rassurante de mère et d'épouse et ma vie parallèle, je me demande comment cela va évoluer, et si je suis condamnée à ne jamais évoluer dans mon couple, et au-delà, condamnée à être à ses côtés celle que je ne suis qu'à moitié....

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