«Hold-up», ou comment faire une bonne théorie du complot

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«Hold-up» dénonce le gouvernement français, les scientifiques, les médias, les laboratoires pharmaceutiques ou encore les Gafam. | Capture d'écran via YouTube

Le documentaire qui laisse entendre que le Covid-19 serait une machination des élites visant à éliminer une partie de l'humanité obéit à des règles narratives communes aux récits complotistes.

Le 11 novembre dernier était mis en ligne le documentaire Hold-up, retour sur un chaos, pamphlet de près de 2h40 rendu possible en grande partie grâce au financement participatif. En pleine crise sanitaire liée au Covid-19 et à un moment de l'année critique (et donc émotionnellement fort) à la fois pour les commerçants et les familles avec l'approche des fêtes de fin d'année, Hold-up dénonce la mauvaise gestion de la pandémie par le gouvernement ainsi que les incohérences, les mensonges et manipulations de la communauté scientifique, des médias, des géants du numérique («Big Tech») ou encore des laboratoires pharmaceutiques (ou «Big Pharma»).

En filigrane, c'est la possibilité d'un nouvel ordre mondial imminent (cher aux complotistes) –dans lequel les élites élimineraient une partie de l'humanité– qui est susurrée à l'oreille des spectateurs et spectatrices. Les auteurs détournent notamment pour cela la notion de great reset qui correspond à l'engagement du Forum économique mondial à rebâtir un système économique plus juste, plus durable et plus résistant. Cette «grande réinitialisation» devait être le thème principal de l'édition 2021 prévue comme tous les ans à Davos en Suisse.

En psychologie, la croyance en une théorie du complot tend aujourd'hui à être comprise comme le résultat de mécanismes cognitifs communs à tous. Alors que nous avons tous besoin de comprendre notre environnement (besoin épistémique), de s'y insérer sereinement (besoin existentiel) et de le partager (besoin social), la théorie du complot nous promet de répondre à ces besoins de manière simple et efficace.

Extrait du film «Hold-up». | Capture d'écran via YouTube

Par une simplification du réel, elle nous permet de rapidement comprendre comment fonctionne le monde, provoquant ainsi un sentiment de contrôle, tout en rencontrant d'autres complotistes et formant ainsi un cercle social valorisant.

Une structure narrative commune

Récemment, de nouvelles recherches ont commencé à s'intéresser à la structure narrative des récits complotistes en s'inspirant des travaux du linguiste et sémioticien d'origine lituanienne Algirdas Julien Greimas.

Des chercheurs de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA) et Berkeley (UCB) suggèrent ainsi que les théories du complot se caractérisent par un nombre relativement faible d'acteurs, une multitude de sujets interconnectés rendant la structure narrative moins rigide et plus fragile, mais plus facilement adaptable à toute nouvelle histoire.

Un mélange de vrai et de faux

Les théories du complot, comme les productions littéraires et cinématographiques ordinaires, proposent une diégèse, c'est-à-dire un univers fictif permettant de mieux situer l'action, de croire en l'authenticité des personnages, d'expliquer ou encore de justifier leurs pensées, leurs personnalités ainsi que leurs actions et interactions. Cet univers doit être le plus crédible possible car il détermine par la suite la crédibilité des acteurs et leurs arguments.

Hold-up, comme de nombreuses théories du complot, fait plonger le spectateur ou la spectatrice dans le décor d'une société inégalitaire, binaire (bien/mal, dominant/dominé, etc.), sous contrôle, dans laquelle l'idée de contrat social est désuète. Cet univers laisse entrevoir l'avènement proche d'un état de nature hobbesien où nous ne nous devons rien, où c'est «la guerre de tous contre tous» (d'ailleurs, le titre lui-même mentionne «le chaos»). Cet univers est d'autant plus crédible pour les spectateurs et spectatrices qu'il peut aisément prendre l'apparence du marché, empreint de l'idéologie néolibérale où priment l'individualisme et la compétition...

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