Hélas, le vrai remaniement n'est pas pour demain

Politique

Édouard Philippe et Jean Castex, lors de la passation de pouvoir à Matignon, le 3 juillet. | Ludovic Marin / AFP 

Vous pouvez remplacer Monsieur X par Madame Y en espérant que les dieux de la parité poseront un regard favorable sur votre nouveau gouvernement; annoncer que les cartes sont rebattues et qu'il s'agit d'un nouveau départ à la fois écolo, social et économique; nommer à Matignon une vieille grenouille des cabinets ministériels en vous persuadant que l'opinion, cette inconnue aux millions de visages toujours fuyants, sera assez crédule pour voir en votre jeu de bonneteau un nouveau souffle.

Vous pouvez décréter que la droite c'est la gauche, vice-versa, que vous êtes Jupiter incarnant l'une et l'autre, en même temps, par la souplesse de votre pensée complexe et la puissance de votre verticalité.

Au nom de quoi faudrait-il vous en priver? La politique, en France comme ailleurs, n'est-elle pas l'art de raconter avec le plus grand sérieux que la Terre est plate, assis·e à un bureau sur lequel trône un globe terrestre? Vos prédécesseurs n'ont-ils pas osé promettre qu'ils changeraient la vie et réduiraient la fracture sociale? Qu'ensemble, tout deviendrait possible? Que le changement c'était maintenant?

Le goût de la lanterne magique

La politique française est une tragi-comédie absurde dans laquelle défilent des personnages en quête d'auteur, dont la longévité sur scène est plus ou moins grande selon leur ténacité, leur intelligence tactique, leur résistance aux coups bas et leur appétit pour le pouvoir.

Qu'ils ou elles se disent de gauche, de droite, des extrêmes ou du centre, toutes et tous prennent des airs pénétrés pour traquer la grandeur et le prestige évaporés de notre nation sur le déclin. Braves gens, n'en doutez pas: ces élu·es prédestiné·es seront les héros et les héroïnes d'une épopée nommée redressement national.

Pourquoi nous autres, pauvres mortel·les, oublions-nous à chaque élection et chaque remaniement que les promesses n'engagent que celles et ceux qui les reçoivent? Sommes-nous trop bêtes pour comprendre qu'aux alcools frelatés de nos candidat·es succède toujours une gueule de bois monumentale?

Ou bien, parfaitement conscient·es de cette causalité sans faille, avons-nous tellement le goût de l'illusion et de la lanterne magique que nous redescendons quand même à la caverne pour admirer les ombres qui s'y meuvent à la lumière de nos espoirs bientôt déçus?

Voilà plusieurs années que le mirage a du plomb dans l'aile: l'injonction, le cri qui tue, l'engagement solennel, de moins en moins de Français·es s'y laissent prendre. Les «gilets jaunes», en un sens, incarnent une idéologie du désenchantement: on ne nous y prendra plus.

Mais la fameuse défiance vis-à-vis des élites, du «Tous pourris» au «Qu'ils s'en aillent tous», n'est-elle pas elle-même un autre discours performatif? Aux injonctions que produit à la chaîne le consensus mou de la raison réformiste, les «populismes» de tous poils ne se bornent-ils pas à substituer le rêve d'un grand soir qui n'est en réalité qu'un opium nostalgique, patriote à l'extrême droite et révolutionnaire à l'extrême gauche?

Entre l'inconséquence du pouvoir et celle des prétendant·es qui aspirent à le renverser, la grande tristesse est que nous sommes constamment sommé·es de choisir entre deux médiocrités....

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