Guerre commerciale: l'Europe a une carte à jouer entre Trump et la Chine

Sociétés

À l'occasion de la visite d'Emmanuel Macron aux États-Unis, les journalistes américains ont été nombreux, à l'instar de Roger Cohen du New York Times, à s'interroger sur l'improbable amitié qui l'unit à Donald Trump.

En France aussi, on s'interroge sur ce drôle de couple, et les commentaires ne sont pas toujours amènes. Il est vrai que notre président n'était pas obligé d'aller jusqu'à faire la bise à son hôte, mais, sur le fond, son analyse est juste: quoi que l'on pense de lui, on ne peut ignorer le président des États-Unis, et ce n'est pas en le traitant par le mépris que l'on fera avancer les dossiers. Si nos relations diplomatiques devaient se limiter aux chefs d'État ou de gouvernement que l'on estime intellectuellement, moralement et politiquement fréquentables, la liste serait bien modeste.

Constance remarquable

La question se pose avec une acuité particulière dans le domaine économique. Alors que les commentateurs mettent l'accent sur le caractère imprévisible de Donald Trump, il faut remarquer que celui-ci fait au contraire preuve d'une constance remarquable sur un point précis: sa volonté farouche de fermer les frontières aux produits étrangers qui lui semblent mettre en péril l'industrie nationale. Et cette volonté se manifeste de façon particulièrement vive dès lors que l'ouverture des frontières résulte d'accords multilatéraux.

 

Dans le monde selon Trump, seuls comptent les accords bilatéraux que les États-Unis peuvent négocier en position de force –ils sont encore, après tout, la première puissance mondiale. Tous les autres traités ou accords ne peuvent être qu'«horribles» ou «tueurs d'emplois», pour reprendre le vocabulaire que l'on retrouve dans nombre de ses tweets.

«Les États-Unis ont fait quelques uns des pires accords commerciaux de l'histoire mondiale. Pourquoi devrions-nous prolonger ces accords avec des pays qui ne nous aident pas?»

Continuité dans l'action

Dans le domaine des accords commerciaux, Donald Trump est parfaitement prévisible: il fait ce qu'il a dit tout au long de sa campagne présidentielle.

À peine installé à la Maison-Blanche, le 23 janvier 2017, il signe le retrait des États-Unis du traité transpacifique, négocié avec onze autres pays par Barack Obama. Tous les spécialistes font remarquer que cet accord devait permettre aux États-Unis de faire barrage aux visées hégémoniques de la Chine dans la zone Asie-Pacifique et que le dénoncer est une grave erreur. Il n'en a cure.

Quant aux négociations du partenariat transatlantique (TTIP ou TAFTA), qui n'avait d'ailleurs pas que des partisans du côté européen, elles n'ont jamais repris. Le 18 mai 2017, Trump lance la renégociation de l'Alena, accord de libre-échange conclu avec le Mexique et le Canada par George Bush père et signé en 1994 par Bill Clinton. Et il continue. Le 22 janvier 2018, il annonce que les importations de machines à laver et de panneaux solaires seront lourdement taxées. Principaux pays visés: la Corée et la Chine.

Dès ce moment, il se murmure que des décisions comparables pourraient être prises concernant l'acier et l'aluminium. C'est chose faite le 1er mars, avec effet dès le 8, sauf pour six pays et l'Union européenne. Mais ces exonérations sont temporaires: pour le Mexique et le Canada, par exemple, elles sont liées aux progrès qui pourront être enregistrés avant le 1er mai dans la rediscussion de l'Alena.

La suite, c'est l'annonce de nouvelles taxes sur des produits importés de Chine, en réponse, est-il dit, «au vol de propriété intellectuelle» dont se rendraient coupables les entreprises de ce pays (ce qui n'est pas totalement inexact...).

«Nous ne sommes pas en guerre commerciale avec la Chine, cette guerre a été perdue il y a de nombreuses années par les personnes insensées, ou incompétentes, qui représentaient les États-Unis. Nous avons maintenant un déficit commercial annuel de 500 milliards de dollars, et un vol de propriété intellectuelle de 300 millions supplémentaires. Nous ne pouvons pas laisser ça continuer!»

Puis la Chine a le mauvais goût d'annoncer des mesures de représailles aux décisions précédentes sur l'acier et l'aluminium; les États-Unis annoncent alors la liste détaillée des produits chinois qui seront taxés, ce qui conduit Pékin à décider de nouvelles mesures de représailles –notamment sur le soja, l'automobile et l'aéronautique.

Et pourtant, Donald Trump affirme quelques jours plus tard que le président Xi et lui seront toujours amis!

«Le président Xi et moi serons toujours amis, peu importe ce qu'il advient de notre conflit commercial. La Chine baissera ses barrières commerciales, parce que c'est la bonne chose à faire. Les taxes deviendront réciproques et un accord sera trouvé sur la propriété intellectuelle. Un grand avenir pour nos deux pays!»


Lire la suite : Guerre commerciale: l'Europe a une carte à jouer entre Trump et la Chine


Articles en Relation

La «fête des célibataires», le plus gros jour de shopping qui épargne (encore) l... Le célibataire, targetté comme un pantouflard obsédé, est devenu un cœur de cible privilégié. | Thomas Lefebvre via Unsplash Tous les ...
Des livres spoliés par milliers dans les bibliothèques françaises Environ 13 millions de livres spoliés auraient été transférés en Europe de l'Est. | Janko Ferli? via Unsplash Bien après la fin de la Seconde Guerre ...
Les sept défis capitaux pour vaincre le Coronavirus Les valeurs, comme les virus, n'ont pas de passeport. | Handout / US Food and Drug Administration / AFP  Seul un véritable effort mondial c...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA