GameStop, la revanche des petits porteurs sur les loups de Wall Street? Pas si simple

Economie

Un magasin GameStop, à New York. | Spencer Platt / Getty Images North America via AFP 

Des investisseurs individuels qui font plonger des fonds spéculatifs, ce pourrait être une belle histoire. Mais il ne faut pas être naïf: la réalité est un peu plus complexe.

Tous les enfants ont joué au gendarme et au voleur. C'est simple, d'un côté il y a les bons et de l'autre les méchants. Pour varier les plaisirs, on peut intervertir les rôles, mais cela ne prête pas à conséquences, on sait bien que ce n'est qu'un jeu. Et, en général, on aime bien Robin des Bois: ce qu'il fait n'est pas toujours conforme à la morale qu'on essaie de nous inculquer, mais comme il détrousse les riches pour donner leur argent aux pauvres, on peut applaudir ses actes de brigandage en toute bonne conscience. Dans tous les cas, la vie reste simple.

Mais si on grandit en gardant ces schémas de pensée, on risque d'avoir un peu de mal à s'y retrouver. Dans la vraie vie, il n'y a pas le noir et le blanc, les bons et les méchants et le fait de se réclamer de Robin des Bois ne fait pas forcément de vous un justicier.

C'est ce que l'on voit en ce moment aux États-Unis avec les jeunes boursicoteurs qui se retrouvent sur le forum WSB (Wallstreetbets) et passent ensuite leurs ordres sur une plateforme telle que Robinhood et réussissent, comme dans l'exemple de GameStop, à mettre en difficulté de grands fonds spéculatifs. Il peut être tentant d'y voir une saine révolte contre des financiers sans scrupules qui se servent de la bourse pour s'enrichir par tous les moyens, sans hésiter à faire chuter des entreprises si cela sert leurs intérêts... Mais, quand on regarde les choses de plus près, on s'aperçoit que la distinction entre bons et méchants n'est ici pas très opérante et ne permet pas vraiment de comprendre ce qu'il se passe.

Contre les méchants hedge funds

Commençons par les méchants, puisqu'ils représentent le vieux monde, celui des «attardés» (retards, en anglais), selon le terme fréquemment employé sur le forum WSB, celui qui est en place et qu'il s'agit de combattre, celui des hedge funds. Cet ennemi est bien commode, car il n'a pas bonne réputation. S'attaquer à lui en revêtant le costume de Robin des Bois, c'est partir avec un bon capital de sympathie.

Un hedge fund, si l'on traduit le terme mot à mot, c'est un fonds d'investissement qui utilise tous les instruments de couverture existants –c'est-à-dire qu'il peut placer des capitaux sur n'importe quel produit financier (actions, obligations, devises, matières premières, etc.) pour chercher, selon le moment, la sécurité, le rendement ou des gains élevés et peut utiliser toutes les techniques financières existantes, y compris les options et les opérations à terme.

Ces instruments de couverture peuvent avoir un rôle défensif, servir à protéger la valeur du capital (c'est la fonction première de ces techniques de gestion dite alternative), mais ils peuvent aussi être employés d'une façon très offensive. Et, ce faisant, les hedge funds se sont faits beaucoup d'ennemis; la traduction française la plus couramment employée est d'ailleurs celle de fonds spéculatifs, avec une connotation franchement négative.

Ce qui leur est le plus fréquemment reproché, c'est la vente à découvert, opération qui consiste à vendre massivement des actions que l'on n'a pas pour en faire baisser le cours. Concrètement, on emprunte une action et on la vend au cours du jour en espérant pouvoir la racheter à une date donnée à un cours beaucoup moins élevé. En principe, on vise une entreprise que l'on juge fragile et, en déclenchant un mouvement de vente du titre, on a des chances raisonnables d'arriver à ses fins.

Comme si cela ne suffisait pas à s'attirer des antipathies, certains fonds dits activistes vont encore plus loin: non seulement ils spéculent à la baisse sur une entreprise, mais ils le font bruyamment savoir en publiant des études montrant que cette entreprise est mal gérée, que son marché est en déclin ou qu'elle a commis des irrégularités comptables… Et pour bien montrer qu'ils ne cherchent pas à se faire aimer, mais plutôt à se faire craindre, certains n'hésitent pas à afficher la couleur, comme le fonds Muddy Waters (eaux boueuses, en français). Leur terrain de chasse ne se limite pas aux États-Unis, le groupe français Casino peut en témoigner!

L'arroseur arrosé

La vente à terme peut être risquée: au lieu de baisser, le titre visé peut se mettre à remonter. Dans ce cas, pour rendre les actions empruntées, le vendeur à découvert doit en racheter sur le marché à un prix plus élevé qu'il ne les avait vendues. Cela peut lui coûter très cher et le mettre lui-même dans une situation difficile. C'est l'arroseur arrosé. Ce petit sketch fait toujours rire le public et c'est ce qu'ont réussi les petits investisseurs qui se retrouvent sur WSB. Ils l'ont fait à plusieurs reprises, mais, sur GameStop, ils ont réussi un grand coup qui a fait parler d'eux dans le monde entier....

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