Football, j'ai oublié ton nom (ou presque)

France

Des supporters attendent le match du championnat de Biélorussie entre le FC Minsk et le Dinamo Minsk, à Minsk, le 28 mars 2020. | Sergei Gapon / AFP 

Au confinement s'ajoute la frustration de devoir se satisfaire tant que faire se peut des matchs de la Biélorussie et du Burundi.

Tous, les uns après les autres, ils sont tombés. La litanie des crampons.

C'est ainsi que le samedi 14 mars, au petit matin de ce qui aurait dû être une journée remplie d'alertes but, de «Rhah mais quelle chèvre ce ____ (Insérez le nom de n'importe quel joueur qui rate l'immanquable)!» et autres «Mais y a péno là! La VAR putaaaiiiin!», je me retrouve privé de football. C'est aussi mon premier jour de confinement, double peine imposée par ce coupable qui n'aime ni la vie, ni le ballon rond: le Covid-19. Un sacré pervers qui se serait même servi du foot pour se propager dans plusieurs pays, à cause de stades pleins qui n'auraient pas dû l'être.

Me voilà donc livré à moi-même, prié de me débrouiller avec la gestion d'un autre virus contre lequel même le Pr Raoult, tout Marseillais qu'il est, ne peut rien: le «Footbalisticus Dependancus», la terrible addiction au foot. Dont on recense des centaines de millions de cas depuis son apparition au milieu du XIXe siècle. S'il arrive, hélas, d'en mourir, la maladie est heureusement bénigne dans presque 100% des cas. Certain·es spécialistes du virus appellent même ça une «passion». Pas très scientifique.

Le confinement ne me pose pas de problème. Je l'ai d'ailleurs déjà pratiqué à plusieurs reprises, sauf qu'il y avait du foot et plein d'autres sports pour occuper le temps. En réalité, cela s'appelle le chômage. Cette fois, sans baballe pour meubler, il faut jouer serré.

Les premiers jours d'enfermement sont sereins: en Russie, en Turquie, en Australie, on joue encore. Enfin, on «joue»… Disons qu'effectivement, on voit sur les images vingt-deux types qui essayent de pousser un ballon dans le but, sans grand succès. Des tentatives rapidement annihilées, puisque tous ces championnats seront priés de remballer vite fait.

La Biélorussie fait de la résistance

Pourtant, tapi dans l'ombre, un petit championnat résiste encore et toujours au Covid-19: la Vycheïchaïa Liha. Deux mots qui semblent venir de loin, mais qui ne sont qu'à trois heures de vol de Paris: bienvenue en Biélorussie. Dans ce petit pays coincé entre Pologne et Russie, le football continue. Le responsable: Alexandre Loukachenko, dictateur moustachu tendance «à l'ancienne», vingt-six ans de règne au compteur. Une de ses plus célèbres punchlines: «Mieux vaut être dictateur qu'homosexuel.» Pour contrer le coronavirus, Loukachenko fait encore dans la simplicité. Pas de confinement, pas de distanciation sociale, pas d'arrêt de l'économie, tout est normal, tout est cool. Le Covid-19 est une «psychose», parole d'Alex, s'il le dit, c'est que c'est vrai.

Conséquence, la Vycheïchaïa Liha se déroule tout à fait normalement, devenant instantanément le championnat le plus hype de toute la planète. Les plus maniaques d'entre vous prétendront que le championnat du Nicaragua continue lui aussi, mais il ne s'agit que d'une vulgaire contrefaçon du foot européen, dont les deux plus célèbres équipes sont la Juventus Managua et le Real Madriz. N'importe quoi.

Ayant jeté un voile pudique sur les quelques soucis liés au régime biélorusse (ma moralité est elle aussi en confinement), me voilà donc à l'assaut du championnat local et de ses grands d'Europe. Ah, le Dinamo Minsk... Formidable! Le FK Vitbesk, merveilleux! Le Belchina Babrouïsk, légendaire! Le seul nom à peu près connu, c'est le BATE Borisov, que l'on croise parfois en Ligue des Champions, le temps de se prendre quelques roustes contre le Barça ou le Bayern.

Mon excès forcé d'optimisme sera rapidement contrarié: le championnat biélorusse est évidemment affreux. C'est nul, c'est irregardable, c'est un cauchemar, c'est comme s'il ne restait plus qu'une bibliothèque de bouquins de Marc Lévy à qui aime la littérature.

Pour ajouter un peu de piquant à l'affaire, je claque de temps à autre quelques piètres euros sur les sites de paris sportifs, mais rien à faire: comment vibrer quand on balance sa pièce sur des buteurs aussi «populaires» que les dénommés «Dragun », «Khavashinchinskiy» ou «Shiakavka»? Tout en sachant que le championnat biélorusse est aussi pauvre en buts qu'un hôpital français en masques FFP2.

Même leurs remises de récompenses me mettent raplapla. Jasur Yakhshiboev, désigné meilleur joueur d'une journée de championnat, s'est ainsi retrouvé coincé entre deux lapines masquées, très certainement les deux seules Biélorusses à porter un masque en cette période de crise sanitaire, même si l'on peut émettre un doute sur l'efficacité de l'objet.

Résultat: la Biélorussie m'a rendu nettement moins dépendant au foot. Un vrai et net progrès. Au plus fort du manque, en début de confinement, je ne voyais plus le doux et soyeux visage de ma fantastique épouse qui tentait de me raisonner, mais à sa place un ballon de foot qui semblait me dire: «Vas-y, mets la tête!» Je n'ai jamais craqué et, quelque part, je le dois au Vycheïchaïa Liha.

Que restera-t-il du foot dans le monde d'après?

Que me reste-t-il, si ce n'est attendre que le football, le VRAI, puisse enfin recommencer? Pas grand chose:

  • Regarder les rediffusions des grands matchs de l'équipe de France sur «L'Équipe 21», c'est trop risqué. Je pourrais craquer un fumigène dans le salon pour fêter nos victoires en Coupe du monde.
  • Suivre les live Instagram de Karim Benzema en compagnie de Mohammed Henni (l'influenceur réputé pour détruire ses télévisions à chaque défaite de l'OM, c'est-à-dire souvent): bof.
  • Regarder les footballeurs en panne de ballon relever le défi du «PQ challenge», pitié.
  • Jouer à FIFA 20 en ligne, au risque de me faire démolir en ligne par des gamins de 12 ans, jamais de la vie.
  • Se cogner la millième interview de Didier Deschamps qui nous explique qu'il privilégie la victoire au détriment du beau jeu? OUI MERCI ON AVAIT COMPRIS.

Alors j'imagine la joie qui sera la mienne quand tout reviendra comme avant, à moins que le «foot d'après» ne subisse un sérieux coup de polish, ce qui ne serait pas plus mal, admettons-le.

Un club de foot, c'est avant tout une entreprise, et donc une entreprise mise en danger par le Coronavirus. Les pertes dans les grands championnats s'accumulent, certains diffuseurs ne veulent pas payer pour un spectacle qui n'a plus lieu, les sponsors non plus. Des milliards d'euros qui s'envolent, avec des clubs qui risquent tout simplement de disparaitre, ou au minimum de mettre un sérieux coup de frein à la grotesque inflation financière des dernières années.

Neymar de retour au FC Barcelone pour 200 millions d'euros, ou même en soldes à 100 millions? Terminé! Rêvons d'un nouveau foot, dans lequel le Ney quittera bien le PSG, mais contre 35 euros et un porte-clés à l'effigie de Messi. Oui, c'est un poil extrême, mais Emili Rousaud, ancien vice-président du Barça, admet lui-même que les indemnités de transfert seront sûrement plus raisonnables dans ce nouveau monde qui nous tend les bras. C'est déjà ça...

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