Fleet Foxes, IDLES, You Man, Yelle: les sorties d'albums à ne pas manquer

Musique

«Altered States» de You Man, «L'Ère du Verseau» de Yelle, «Shore» de Fleet Foxes, «Ultra Mono» de IDLES. 

Tous les quinze jours, la rédaction de Slate partage les coups de cœur qui tournent en boucle dans ses écouteurs.

Fleet Foxes | «Shore» (Anti-)

Lorsque nous l'avions rencontré en 2017, alors que ses Fleet Foxes sortaient d'un hiatus de six ans, Robin Pecknold nous l'avait assuré: sans savoir encore si ce serait en solo ou en groupe, il n'était plus question pour lui de laisser tant de temps s'écouler avant de livrer un nouvel album. Avec plusieurs chansons déjà en chantier, il l'espérait alors «bien plus joyeux» que le personnel Crack-Up qu'il venait défendre.

Et c'est par surprise mardi qu'est arrivé Shore, quatrième album que l'on peut justement considérer comme un compagnon de voyage autant qu'un parfait négatif de son prédécesseur: les vagues se fracassant contre les rochers de Crack-Up ont cédé leur place à une mer paisible et retirée, la tempête a cédé la sienne au calme et à la lumière.

Là où Crack-Up ressemblait parfois à un collage un peu forcé multipliant les détours, Shore s'accueille comme un tout, voyage apaisant et brillant comme jamais dans les références assimilées et remodelées par Pecknold depuis presque quinze ans. Derrière les strates de voix et d'ornements musicaux, il y a dans cette oeuvre une sagesse et une quasi-légèreté que l'Américain n'avait jamais atteintes avant, laissant même parfois la parole à d'autres (la Nigériane Uwade Akhere sur l'ouverture «Wading In Waist-High Water», le Brésilien Tim Bernardes sur «Going-to-the-Sun Road») alors même que sa propre voix n'a jamais semblé aussi libre et précieuse.

Son écriture semble elle-même avoir retrouvé l'apaisement qui la fuyait depuis Fleet Foxes (2008), dans une époque pourtant peu propice à le faire. «I could worry through each night/Find something unique to say/I could pass as erudite/But it's a young man's game»[1], chante Pecknold, 34 ans, sur «Young Man's Game», conscient de son évolution personnelle et artistique, préférant aujourd'hui se montrer reconnaissant pour les petites choses et les gens présents dans sa vie plutôt que d'en chercher le sens le plus profond. Il rend ainsi hommage aux pépites laissées par ses icônes musicales disparues (Richard Swift, Judee Sill, Elliott Smith, John Prine ou encore David Berman sur «Sunblind» et «Shore») comme à ses ami·es ou anonymes activistes qui cherchent d'une autre manière que lui à rendre le monde meilleur, à travers la référence au chanteur chilien Victor Jara, victime de la dictature de Pinochet, dans la splendide «Jara».

«Il y a une fêlure en toute chose, c'est ainsi qu'entre la lumière», chantait Leonard Cohen, qui aurait fêté ses 86 ans à la veille de la sortie de Shore. En acceptant ses propres failles et en les prenant à bras-le-corps dans ce chapitre qu'esquissait Crack-Up, Robin Pecknold a permis à ce nouvel album et à sa musique de s'orner d'un rayonnement qu'on n'avait plus qu'entraperçu chez les Fleet Foxes, et qu'on n'espérait presque plus dans la tourmente actuelle.

IDLES | «Ultra Mono» (Partisan Records)

Ils sont de retour et s'apprêtent encore à mettre un joyeux bordel. Deux ans après le succès inattendu en 2017 de Brutalism, premier disque fracassant et écorché dédié à la mère décédée du chanteur Joe Talbot, les cinq forcenés de IDLES confirmaient leur talent avec Joy as an act of resistance, un opus engagé dans lequel le groupe abordait tour à tour le cataclysme du Brexit, l'ouverture des frontières aux migrant·es, l'homophobie et la masculinité toxique, le tout avec une brutalité joviale qui ne manquait pas d'humour. En cette année 2020, le quintet de Bristol revient avec un troisième album intitulé Ultra Mono et comme à son habitude, ça tape très fort dès l'ouverture: «War», avec ses guitares hurlantes et ses paroles coups de poing débitées à vitesse grand V, présage encore du bon punk vif et revigorant. Exactement ce qui manquait pour nous aider à sortir de la léthargie ambiante post-confinement.

Enregistré à Paris au studio de la Frette, on retrouve une nouvelle fois aux manettes de la production le tandem Nick Launay (Nick Cave, Yeah Yeah Yeahs, Arcade Fire) et Adam «Atom» Greenspan (Anna Calvi, Cut Copy), chaperonné par Kenny Beats, l'un des producteurs hip-hop les plus en vue du moment et notamment reconnu pour son travail avec Denzel Curry. L'album accueille également plusieurs invité·es: Jehnny Beth de Savages sur «Ne touche pas moi» (morceau libérateur et féministe qui aborde le thème du consentement en boîte de nuit), le saxophoniste Colin Webster sur «Reigns», ou encore le pianiste Jamie Cullum et David Yow, chanteur de The Jesus Lizard sur «Kill Them with Kindness» (nouvel acte de résistance du groupe qu'on imagine déjà repris en lorsque le groupe se produira en concert).

Avec Ultra Mono, IDLES fait une nouvelle fois dans le militantisme et aborde fièrement ses thèmes de prédilection, mais c'est aussi et avant tout un album sur le lâcher-prise et l'acceptation de soi. «I am I» est répété tout le long, tel un mantra par Joe Talbot. «Toutes les critiques, positives ou non, me poussaient de plus en plus loin de moi. J'ai commencé à m'évaluer par ce que j'avais créé et non par qui j'étais», explique-t-il à ce sujet, alors que son groupe est devenu l'une des nouvelles références de la scène punk britannique, aux côtés de Shame et de Fat White Family. En témoigne «A Hymn», la plus belle chanson de cet album et sans doute la plus marquante, dont les paroles ont des airs de repentance: «I want to be loved/Everybody does/Shame/Shame.» Après l'écoute de ce troisième album, on se dit que la bande de Bristol n'a à rougir de rien, et surtout pas de son succès....

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