Faut-il trembler face au coronavirus chinois?

Santé

Des agents de la gare de Hangzhou, en Chine, vérifient la température de passagèr·es d'un train en provenance de Wuhan, le 23 janvier 2020. | STR / AFP 

L'émergence, en Chine, d'un nouvel agent pathogène pour l'être humain soulève une série d'interrogations médicales, économiques et diplomatiques à l'échelon planétaire.

L'OMS va-t-elle déclarer une urgence de santé publique de portée internationale?

Confrontée à l'émergence, dans la ville chinoise de Wuhan, puis au début de la diffusion internationale d'un nouveau virus pathogène pour l'être humain, le coronavirus 2019-nCoV, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cache pas son embarras devant les responsabilités qui lui incombent.

«Déclarer ou non une urgence de santé publique de portée internationale est une décision que je prends très au sérieux et que je ne suis prêt à prendre qu'en tenant dûment compte des preuves disponibles», a indiqué le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus à Genève, où est réuni le Comité d'urgence du règlement sanitaire international.

Prévue pour le 22 janvier, sa décision a été reportée devant l'évolution rapide de la situation. Le même jour, les autorités sanitaires chinoises annonçaient une mise en quarantaine de la métropole de Wuhan, qui compte onze millions d'habitant·es. Cette mesure a été prise afin «d'enrayer efficacement la propagation du virus», alors que la Chine est entrée le 23 janvier dans son long congé du Nouvel An, marqué par une intensification massive des déplacements de population.

 

L'urgence de santé publique de portée internationale correspond à «un événement extraordinaire dont il est déterminé qu'il constitue un risque pour la santé publique dans d'autres États, en raison du risque de propagation internationale de maladies, et qu'il peut requérir une action internationale coordonnée».

Le choix de classer un évènement dans cette catégorie peut avoir de nombreuses conséquences sanitaires, économiques et diplomatiques, dans la mesure où ses répercussions dépassent le seul cadre du ou des pays directement concernés. Face à un risque contagieux majeur, les principales actions à mener consistent en effet en des restrictions drastiques des échanges commerciaux et de la circulation des personnes.

Une telle urgence n'a été décrétée que cinq fois dans l'histoire de l'OMS: face à la pandémie grippale A(H1N1), à la poliomyélite, au virus Zika et à deux reprises pour des épidémies de virus Ebola.

Dans tous les cas, la décision n'avait été prise que longtemps après l'émergence du nouvel agent infectieux pathogène pour l'être humain –ce qui avait parfois valu à l'OMS d'être vivement critiquée pour son inertie. Jamais l'institution n'avait été poussée à trancher dans une telle situation d'urgence.

Tout, aujourd'hui, porte à croire que le nouveau virus apparu en Chine est un agent transmissible au sein de l'espèce humaine et qu'il est potentiellement inquiétant.

Pour autant, plusieurs expériences récentes de maladies émergentes ont montré combien il était difficile, voire parfois impossible, de prédire avec précision l'évolution des situations sanitaires. Seule possibilité: user des données disponibles pour élaborer les différents scénarios possibles.

De quel type de virus s'agit-il?

Le nouveau virus n'est plus vraiment un inconnu. Découvert il y a quelques semaines en Chine, l'OMS lui a d'ores et déjà donné un nom: 2019-nCoV –soit un nouveau virus identifié en 2019, classé dans la famille des coronavirus.

Ces «virus à couronne» doivent leur appellation au fait que, sous l'œil du microscope électronique, ils font étrangement songer à la couronne solaire. Il s'agit d'un genre de virus de la famille des coronaviridæ, dont le génome est fait d'ARN et qui sont dotés d'une enveloppe virale et d'une coque (ou capside) de symétrie hélicoïdale.

Le 2019-nCoV est le septième représentant connu de cette famille capable d'infecter l'être humain par voie pulmonaire. Deux d'entre eux ont été découverts récemment, suscitant aussitôt une grande inquiétude à l'échelon international du fait de leur caractère contagieux.

Ce fut tout d'abord le SARS-CoV, responsable de l'épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Est ensuite venu le MERS-CoV, à l'origine de l'épidémie du syndrome respiratoire du Moyen-Orient.

En 2002 et 2003, le premier avait infecté en Chine plus de 8.000 personnes et causé près de 800 morts. Quant au second, apparu en 2012 au Qatar et en Arabie saoudite, il fut à l'origine de plus de 1.700 cas officiellement recensés, dont plus de 700 mortels.

Combien de personnes ont été infectées?

On sait que le 2019-nCoV a émergé chez l'être humain dans un marché de la ville chinoise de Wuhan, où diverses espèces animales étaient présentes et commercialisées (poissons et produits de la mer, volailles, faisans, chauves-souris, marmottes…). On sait que c'est là une situation qui favorise grandement les recombinaisons génétiques des virus animaux et qui augmente les risques de transmission de nouveaux virus pathogènes à l'espèce humaine. Ce marché a été fermé le 1er janvier pour limiter la contagion –trop tard.

L'OMS avait été informée le 31 décembre par la Chine d'un groupe de cas de pneumonie d'une origine inconnue dans la ville de Wuhan, une affection se manifestant par une fièvre accompagnée de difficultés respiratoires. Dans un premier temps, les autorités sanitaires chinoises avaient pu croire que le risque était limité: aucune contamination interhumaine n'avait été observée.

Rapidement, les informations officielles furent toutefois contestées. Alors que Pékin n'annonçait que quarante-cinq personnes contaminées, un groupe d'expert·es de l'Imperial College de Londres (qui collabore par ailleurs avec l'OMS) a publiquement dénoncé ce chiffre. Selon ces spécialistes, au vu de l'ensemble des informations disponibles au 12 janvier, plus de 1.700 personnes pouvaient en réalité avoir été infectées.


Des personnels de l'hôpital Jinyintan de Wuhan transportent un malade, le 18 janvier 2020. | STR / AFP

Dirigée par le professeur Neil M. Ferguson, l'équipe expliquait avoir fondé ses calculs sur le nombre de cas déjà détectés hors de Chine –deux en Thaïlande et un au Japon– pour estimer le nombre de personnes vraisemblablement contaminées à Wuhan, où la totalité des cas chinois ont été signalés depuis le mois dernier.

Les scientifiques ont aussi eu recours à la base de données des vols internationaux au départ de l'aéroport de cette ville. «Pour que Wuhan ait exporté trois cas vers d'autres pays, il faut qu'il y ait beaucoup plus de cas que ce qui a été annoncé, précisait Ferguson à la BBC . Je suis nettement plus préoccupé que je ne l'étais il y a une semaine.»

Le 22 janvier, les mêmes expert·es estimaient à 4.000 le nombre de cas d'infections dans la ville de Wuhan, avec une plage d'incertitude comprise entre 1.000 et 9.700...

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