Entre féministes et masculinistes, les réseaux sociaux ont choisi leur camp

France

Les féministes ont l'habitude de se battre pour faire entendre leurs voix, pas de chercher à silencier celles de ceux qui veulent les faire taire. | Maria Krisanova via Unsplash

Si ça intéresse les responsables de Twitter, Facebook et Instagram France de recevoir une délégation de féministes fatiguées, on aurait sûrement des tonnes de choses à se dire.

Cette semaine, on a découvert que sur les réseaux sociaux, on n'avait pas le droit de poser la question «comment fait-on pour que les hommes cessent de violer?». Enfin... que tout le monde n'avait pas le même droit. Des comptes qui publiaient cette question ont sauté et d'autres n'ont rien eu. Pour une fois, Twitter n'a pas essayé de noyer le poisson dans l'acide, l'entreprise a reconnu une «erreur».

Mais cela nous renvoie à des questions qu'on se pose depuis un moment. Les us et coutumes des réseaux sociaux en matière de modération sont complètement opaques. Là, par exemple, ils ont dit grosso modo «c'est une erreur de la machine, déso».

On sait que l'usage de certains mots-clés déclenchent une suspension. Ainsi, depuis quelques mois, les comptes lesbiens et gays qui publient des commentaires comme «eh les gouines, vous, vous l'avez rencontrée comment votre amoureuse?» se trouvent automatiquement censurés. C'est-à-dire qu'on leur offre le choix entre effacer le tweet en question pour pouvoir récupérer son compte (au bout d'une douzaine d'heures) ou lancer une procédure de contestation et ne plus avoir de compte. Il y a donc une liste de mots-clés dont font partie «gouine» ou «pédé» et dans le cas d'une modération automatique, il n'y a pas d'analyse contextuelle.

Sauf que dans le cas de la question de la militante féministe et antiraciste Mélusine, «comment fait-on pour que les hommes cessent de violer?», on voit mal quels mots-clés ont déclenché la suspension. D'autant que certains comptes qui l'ont reprise ont été suspendus et pas d'autres. Numerama en a même fait un super quiz.

Deux hypothèses pour expliquer la censure

Ce qui semble le plus probable, c'est donc que la modération ne s'est pas déclenchée automatiquement (en tout cas, c'est mon hypothèse) mais qu'elle a été lancée par d'autres. Des internautes qui ont décidé de signaler les tweets. Mais un signalement ne suffit pas pour déclencher la machine, il en faut plusieurs. Donc il est possible que de nombreux individus de façon totalement isolée n'aient pas apprécié cette interrogation.

Ou alors, autre hypothèse, des militants masculinistes se sont concertés pour signaler les tweets (d'autant qu'il est fréquent dans ces milieux de posséder différents comptes, ce qui permet à chaque individu de démultiplier sa capacité de nuisance). Une fois un tweet signalé par plusieurs internautes, la machine se met en marche, scanne les mots «viol» et «hommes» et décide de suspendre. (C'est là où Twitter avoue une erreur.)

À noter que sur Instagram, où la phrase a également été censurée (le réseau a aussi reconnu a posteriori une erreur), des utilisatrices disent que ce qui saute, ce ne sont pas leurs prises de position les plus radicales mais les plus généralisatrices, comme avec «les hommes».

C'est ce signalement par des internautes qui expliquerait pourquoi deux comptes qui publient mot pour mot la même chose ne connaissent pas la même sanction. L'un des deux est signalé, pas l'autre.

Rapport de forces déséquilibré

On sait que les réseaux sociaux sont le lieu d'une sorte de guérilla numérique, cet affrontement culturel dans lequel les militantes dites progressistes sont souvent attaquées. (Sans oublier que de manière générale, les femmes sur internet sont en terrain hostile. Ce qui est redit par Amnesty International, par exemple.)

Et il est clair que les masculinistes sont mieux organisés que nous sur le plan de la guérilla numérique. Dans les milieux militants gays et lesbiens, des groupes se sont créés pour réagir et signaler à leur tour des comptes homophobes afin d'obtenir leur suspension. Œil pour œil. Concernant les militantes féministes, ce n'est pas la première fois qu'on se pose la question de la réponse à apporter à ce problème...

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