En voyage, le vélo chargé attire les curieux et facilite les rencontres

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Objet de curiosité, connu de tous, le vélo est un facilitateur de rencontres. | Bruno Poussard 

Boosté depuis le déconfinement, le vélo revient à la mode. Cet été, c'est à bicyclette que de nombreux et nombreuses Françaises ont décidé de découvrir un bout du monde à leur rythme.

Sur la place du village, tous les regards se tournent. Deux cyclotouristes arrivent et la première question ne tarde pas. «Mais d'où venez-vous donc?» À peine le temps de descendre de leurs montures qu'un ancien, une canne à la main, s'approche déjà, puis tend la main en direction d'une des roues afin de vérifier l'état du pneu et le gonflage. La scène se déroule devant la terrasse d'un petit café du nord de la Turquie, mais cela pourrait être ailleurs, en Lozère, Albanie, Pérou, Ouzbékistan ou Guinée.

Le cyclotouriste attire les curieux et les questions. D'où vient-il? Où va-t-il? Combien de kilos porte-t-il? Et surtout, ses roues ne passent-elles pas leur temps à crever? «Un vélo avec de grosses sacoches, ça reste souvent inconnu, il y a quelque chose d'étonnant, remarquent les Nantaises Manon et Lucile Leconte, parties ainsi jusqu'en Afrique de l'Ouest. Dans les échanges, le vélo est un vrai plus, car toi aussi tu apportes par ce biais un peu ton expérience aux gens.»

Objet de curiosité, connu de tous, le vélo est un facilitateur de rencontres. «C'est un moyen de transport sans habitacle, lent, avec lequel l'arrêt est facile, et le regard plus sollicité par les détails qui disparaissent avec la vitesse, analyse le sociologue et anthropologue spécialiste du tourisme Jean-Didier Urbain. Par définition, le vélo est un objet ouvert, qui rapproche des gens. Même si chaque vitesse propose un regard différent sur le monde.»

En route libre

La bicyclette de passage à 10 ou 15 km/h a même quelque chose du vecteur de joie de vivre. «On est distributeurs de sourires quand on passe quelque part», rigolent Anthony et Joséphine, partis en Asie du Sud, en Océanie puis en Europe par ce biais. Parfois, les salutations viennent si souvent des deux côtés de la route qu'il faut chercher leur provenance pour les rendre.

D'un naturel réservé, l'Alsacienne Noémie Bretz, partie à la découverte de l'histoire et l'architecture de la côte méditerranéenne, a mis du temps à s'y habituer: «J'ai partagé ma route deux semaines avec un mec qui disait bonjour à tout le monde, il m'a mise à l'aise, raconte-t-elle. Quand tu passes dans un village, t'es pas rapide, tu peux saluer les enfants, les grands-parents au bord de la route.» Partie seule, la trentenaire ne s'est jamais sentie vraiment isolée. Le deux-roues à pédales permet d'aller vers les autres, ou à l'altérité de venir à soi.

Le surfeur australien Tom Carroll fait du vélo à Unstad, en Australie, le 9 mars 2017, avant de rejoindre les vagues arctiques de l'océan Atlantique. | Olivier Morin / AFP

Le surfeur australien Tom Carroll fait du vélo à Unstad, en Australie, le 9 mars 2017, avant de rejoindre les vagues arctiques de l'océan Atlantique. | Olivier Morin / AFP

Marylise Loiget, voyageuse solitaire de 67 ans, ne prend pas ou peu de cartes avec elle dans cette optique: «Je préfère demander ma route ou de l'eau aux gens.» En allant à Venise à travers la plaine du Pô très cultivée et dans des conditions dantesques il y a quelques temps, elle a frappé chaque soir à la porte de fermes afin de pouvoir planter sa tente.

L'itinérant a de belles histoires d'hospitalité dans sa besace: d'un succulent dîner partagé, d'un ravitaillement en fruits offert dans la montée d'un col usant, d'une nuit dans un doux lit inattendu, d'un camping improvisé dans un jardin après des galères à trouver un spot plaisant...

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