En période de confinement, l'industrie du sport fait un bond dans le passé

France

L'équipe de France de football célèbre sa victoire en Coupe du monde, le 15 juillet 2018 à Moscou. | Franck Fife / AFP  

Pour combler l'absence de compétitions sportives, les chaînes de sport et les clubs diffusent des images d'archives pour conserver audience et fans.

Avec le confinement en vigueur depuis le 17 mars en France pour ralentir la propagation de l'épidémie de Covid-19, le monde du sport a vu s'effacer son présent. Toutes les compétitions sont actuellement à l'arrêt et aucune date de reprise n'a encore été décidée, malgré le discours d'Emmanuel Macron du 13 avril sur une possible sortie du confinement le 11 mai qui ouvre une porte encore incertaine à une reprise de certaines compétitions sportives à partir de la mi-juillet.

Pour l'industrie du sport qui tourne 365 jours par an, l'arrêt de toutes les compétitions depuis la mi-mars est une catastrophe économique. Les clubs ne peuvent plus compter sur les recettes de billetteries et certaines chaînes télé comme Canal+ ou beIN Sports ont suspendu leurs paiements à la Ligue de football professionnelle pour les diffusions de matchs. Pour les fans, qui voient souvent leur vie rythmée par les événements sportifs –Tour de France en juillet, Ligue des champions de football en milieu de semaine, etc.– la période de confinement a également quelque chose de morne.

Sans contenu à diffuser depuis la mi-mars, les chaînes de sport ont donc décidé de faire un saut dans le passé pour ne pas perdre leur audience. Depuis quelques semaines, beIN Sports, la chaîne L'Équipe ou encore Eurosport proposent de vivre dans des conditions de direct des étapes des derniers Tours de France ou des matchs marquants des équipes de France.

Dans le rayon vélo, il a par exemple été possible de suivre les coups de pédale de Thomas Voeckler sur le Tour de France 2011 ou les éditions des années 1990 de la classique Paris-Roubaix. Cela n'a pas manqué de faire réagir certaines équipes du peloton qui ont rendu hommage à leurs anciens vainqueurs sur les réseaux sociaux.

«Rassembler les gens autour de la mémoire collective»

Pour les chaînes de sport, rediffuser des événements sportifs est à la fois une solution pour remplir leur grille en l'absence de compétitions, mais aussi pour continuer à attirer une audience en mal de sport avec le confinement. «Nous avons décidé de passer des rediffusions dès que le confinement a été décrété. L'idée est de rassembler les gens autour de la mémoire collective. Les chaînes généralistes vont diffuser des grands classiques du cinéma, alors pour les chaînes de sport cela sera plutôt les matchs de légende. On s'aperçoit aussi que l'usage de la télévision n'a jamais été aussi fort que pendant cette période de confinement», explique Jérôme Saporito, le directeur de la chaîne L'Équipe. Le succès est au rendez-vous.

La rediffusion du match France-Argentine, le huitième de finale de la Coupe du monde 2018, a ainsi rassemblé 560.000 téléspectateurs et téléspectatrices. C'est tout simplement la deuxième meilleure audience en 2020 en prime-time pour la chaîne. Qu'est-ce qui plaît tant aux fans de sport, qui connaissent pourtant le dénouement de tel ou tel match, dans ces rediffusions?

«Je pense que là où j'ai le plus plaisir, c'est de revoir un match de l'époque de mon enfance. C'est comme replonger dans ma jeunesse où je suivais le foot avec une passion extrême. Je me souviens par exemple davantage des matchs de l'équipe de France lors de la Coupe du monde 1998 que ceux de la Coupe du monde 2014», témoigne Adrien, 27 ans, fan de football et supporter de l'OGC Nice. «Pendant le confinement, il y a aussi chaque soir sur la chaîne YouTube de l'OGC Nice des rediffusions de matchs. C'est un plaisir de revoir les grands matchs du début des années 2000 quand Nice avait accédé à la Ligue 1. Ce sont des souvenirs d'enfant. J'étais émerveillé à l'époque», poursuit-il.

Pour Guillaume, coincé dans son studio parisien pendant le confinement, ces rediffusions sont un sparadrap pour lutter contre l'ennui. «La période est particulière. Le temps s'est arrêté. Tu te crées un autre rythme où le dimanche ressemble au mardi. Revoir des vieux matchs, ça permet de passer le temps», dit-il, lui qui suit d'habitude de près la Ligue 1 de football.

«Il faut savoir se réinventer sur les réseaux sociaux»

Comme pour les compétitions actuelles, il existe un marché des droits télé pour les rediffusions. Évidemment, acquérir les droits d'une épreuve des années 1980 coûte beaucoup moins cher que d'acheter ceux d'un événement à venir, comme la prochaine saison de Ligue 1. Pour rassembler le plus large public possible, les chaînes sportives en clair comme L'Équipe visent donc des «moments de mémoire collective», qui peuvent parler à différentes générations.

«Si je regarde France-RFA 1982 avec mon fils, je vais pouvoir lui raconter pourquoi ce match a été si important pour toute une génération, pourquoi le ballon ou les maillots ressemblaient à ça à l'époque… Et devant un match de la Coupe du monde 2018, on va à l'inverse se remémorer ensemble nos bons souvenirs vécus ensemble», juge Jérôme Saporito...

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