En parlant de «virus chinois», Trump tente de faire oublier sa gestion catastrophique de l'épidémie

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Le président américain Donald Trump lors de sa réunion d'information quotidienne sur le nouveau coronavirus, Covid-19 à la Maison-Blanche  (Washington, DC) le 25 mars 2020. | Mandel Ngan / AFP 

En suscitant la polémique, le président américain se place en position de critiquer les personnes qui préfèrent parler de terminologie plutôt que de faire la guerre au coronavirus.

La photographie haute résolution du texte lu par Donald Trump lors de sa conférence de mardi 17 mars nous apprend deux choses: la première, c'est que son discours a été écrit dans une énorme police de caractère, et protégée par un film plastique. La seconde, c'est que la page visible de ce discours ne portait aucune annotation ou correction, exceptée celle-ci: à un endroit, le mot «Corona» de «Corona Virus» (en deux mots) a été barré au marqueur et remplacé par un mot d'une écriture bien connue, en majuscule: «CHINESE.»

Il est clair que Trump a remplacé le mot couramment utilisé pour qualifier le Covid-19 par un vocable visant à reprocher la pandémie à un pays tiers, tout en attisant l'hostilité envers les «Chinois» en particulier et, parce que les haines ethniques ne sont généralement pas particulièrement subtiles, les Asiatiques en général.

Le président américain emploie cette dénomination de manière absolument délibérée.

Signe de détresse

Au début, lorsque Trump évoquait la pandémie, il parlait de «coronavirus». Qu'est-ce qui a fait que ça a changé? La réponse est évidente: les gens à qui la boîte à outil langagière limitée mais efficace du président américain est familière auront reconnu que ce virage raciste est un signe de détresse trumpienne. Cela signifie que Trump –qui ne peut plus tenir de meeting entouré des gens qui l'adorent– ne se sent pas seulement ébranlé, mais pris au piège. Il pensait que le coronavirus serait, comme le reste, une forme de récit qu'il pourrait contrôler. Il n'a pas pu. Donc, peut-être à un moment autour du 16 mars, lorsqu'il a utilisé pour la première fois l'expression «virus chinois» sur Twitter, il est apparu clairement que le président était prêt à embrasser une construction mentale malsaine que Mike Pompeo, le secrétaire d'État américain, et d'autres, avaient déjà essayé de vulgariser.

Cette stratégie xénophobe est en train d'émerger parce que Trump, qui a géré l'épidémie en faisant preuve d'une absolue incurie, est désormais engagé dans une volte-face acrobatique visant à officialiser une version de la réalité où il prend la crise au sérieux et où il l'a toujours fait. Il est parfaitement possible de remonter la trace de cette initiative lexicale. Au cours des nombreuses semaines où le président américain a minimisé l'épidémie et dit aux Américain·es de ne pas s'en faire, il a mentionné le virus en utilisant un vocabulaire tout à fait conventionnel. Le 22 février encore, ne tweetait-il pas: «Le Coronavirus est très bien maîtrisé aux États-Unis», ajoutant: «La bourse commence à me sembler vraiment en très bonne forme!»

Un peu plus tôt, le 22 janvier, il insistait auprès d'un journaliste de CNBC en disant que le virus était «totalement sous contrôle. C'est une personne qui vient de Chine.» (Le 30 mars, les États-Unis recensent de 100.000 à 200.000 cas confirmés qui s'inscrivent dans ce qui s'annonce comme une augmentation exponentielle).

Beaucoup l'ont pris au mot et n'ont adopté aucune mesure de protection. Le gouvernement a aussi échoué à accélérer la production de masques N95, de respirateurs pour les hôpitaux ou d'équipements de protection. La Corée du Sud a découvert son premier cas le même jour que les États-Unis, mais pendant qu'elle testait 10.000 personnes par jour dans des installations ambulantes, gratuitement, les États-Unis subissaient une pénurie de tests inexpliquée. Le 9 mars encore, Trump comparait l'épidémie de coronavirus à la grippe saisonnière pour donner l'impression que les Américain·es n'avaient pas de souci à se faire. «Donc, l'année dernière 37.000 Américains sont morts de la grippe... en ce moment il y a 546 cas confirmés de Coronavirus, et 22 morts. Pensez-y!»

Le jeudi 19 mars, alors qu'il en était encore à sa première semaine à admettre le sérieux de la menace, Trump a claironné: «Personne, dans ses rêves les plus fous, n'aurait pu penser que nous aurions besoin de dizaines de milliers de ventilateurs» –malgré des semaines d'articles dans tous les sens et de plaidoyers de professionnel·les de santé alertant que le pays était loin d'avoir un nombre de de ventilateurs suffisant pour faire face à la crise. Les Américain·es ont la mémoire notoirement courte, mais même parmi certain·es supporters du président se rappellent sans doute que leur président a scandaleusement minimisé le danger, et que c'était hier. Il était donc temps de sortir le marqueur du tiroir. De brandir un vocabulaire guerrier. De trouver une cible sur laquelle les gens pourraient déverser leur colère. Le temps était venu d'invoquer le virus chinois.

Tout le monde a compris que le virus vient de Chine, mais j'ai décidé de ne plus en faire toute une histoire», finira-t-il par expliquer sur Fox News le mardi 24 mars, tout en assurant ne pas regretter d'avoir utilisé cette expression. Depuis, Mike Pompeo persiste à nommer le coronavirus «virus de Wuhan», allant jusqu'à essayer d'imposer l'expression dans un communiqué du G7 et provoquant une bataille rhétorique entre Washington et Pékin, ndlr]..

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