En Italie, le Mouvement 5 étoiles contraint de laisser se poursuivre le tunnel Lyon-Turin

Economie

La décision italienne, discrètement annoncée vendredi 26 juillet au soir, provoque de fortes turbulences au sein du gouvernement de Giuseppe Conte et dans les ranges du mouvement antisystème.

L’accord est arrivé à la dernière minute, dans la soirée du vendredi 26 juillet, et de la façon la plus discrète possible. Par un simple courrier à l’INEA – l’agence bruxelloise gérant les programmes d’investissements européens dans les transports – signé par un responsable technique, sans même le paraphe du ministre italien des transports et des infrastructures Danilo Toninelli (Mouvement 5 étoiles, M5S, antisystème), depuis toujours hostile à ce chantier, Rome s’est résolue à donner officiellement son feu vert à la poursuite des travaux sur le projet de liaison à grande vitesse (TAV) reliant Turin à Lyon.

Grâce à cet accord in extremis, qui devait intervenir avant vendredi soir sous peine de remettre en cause une partie des financements européens, les appels d’offres concernant la part italienne du chantier pourront donc suivre leur cours.

Depuis son entrée en fonctions, en juin 2018, le gouvernement italien, profondément divisé sur la question, avait tout mis en œuvre pour gagner du temps. Il a successivement prétendu que tout devait être remis à plat, puis commandé une « analyse coûts-bénéfices » très défavorable au projet, et enfin proposé à la France – sans succès – une nouvelle concertation, assurant qu’en l’état, le tunnel Lyon-Turin ne se ferait pas. Mais cette fois, il était à court d’expédients.

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, avait préparé le terrain à cette volte-face, mardi 23 juillet, en déclarant qu’il fallait renoncer au blocage du chantier, parce que « ne pas le faire coûterait beaucoup plus cher que le terminer ». Selon lui, la décision européenne de porter son soutien au projet de 40 % à 55 % changeait en effet les termes de l’équation, et justifiait ce revirement.

Le M5S sait que la partie est perdue

Cette prise de position a aussitôt provoqué la fureur du M5S, viscéralement opposé au projet, qui a même boycotté l’intervention du président du Conseil au Sénat, jeudi après-midi. Mais au-delà des protestations, des happenings et des hauts cris, la formation protestataire dirigée par Luigi Di Maio est aujourd’hui si affaiblie qu’elle n’est même plus en état de peser sur l’action du gouvernement auquel elle participe.

Les élus M5S ont annoncé qu’ils allaient déposer une motion au Sénat, sans illusions sur le résultat de cette démarche – le vote devrait se tenir le 6 ou le 7 août –, et les déçus de la ligne incarnée par Luigi Di Maio sont de moins en moins discrets.

Mais au fond, depuis le désastre électoral du 26 mai (17 % à l’élection européenne, soit moins de la moitié du résultat de la Ligue, et seulement 12 % lors des régionales en Piémont qui se déroulaient le même jour), les dirigeants du M5S savent que la partie est perdue, et que s’ils veulent encore rester au pouvoir quelques mois, ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter ce nouveau reniement. Au risque de perdre encore un peu plus leur âme.


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