Emmanuel Macron est-il en train d'achever sa mue giscardienne?

Politique

Le premier conseil des ministres du gouvernement Castex, le 7 juillet 2020 à l'Elysée. | Ian Langsdon / POOL / AFP 

Les lendemains de changement de gouvernement, nos écrans sont envahis par les cérémonies de passation de pouvoir entre anciens et nouveaux ministres.

La scénographie de ces scènes est bien réglée sur un perron ou dans une cour du ministère, se succèdent les hommages réciproques entre l'ancien·ne (qui prend toujours la parole en premièr·e) et le nouveau ou la nouvelle ministre. Les discours sont remplis de marques d'affection réciproques («cher Édouard», «chère Nicole», «cher Christophe», etc.), suivis ou précédés de tweets affectueux.

Tout est fait pour atténuer l'impression que la personne qui part n'était pas nécessairement demandeuse de partir et que celle qui arrive n'a pas tout fait pour arriver. Il s'agit également d'incarner la continuité du gouvernement et de l'État à travers les péripéties de la vie politique.

De bien belles phrases

À l'occasion de ces prises de paroles on entend souvent de bien belles phrases, comme si les deux acteurs de cette scène voulaient se hisser à hauteur de la situation pour donner à cette passation de pouvoir la solennité de certains des attributs du pouvoir dans notre mémoire nationalela hauteur de vue (on ne parle alors que de l'avenir du pays, des enjeux du ministère, de notre République qu'il faut préserver et protéger de tous les dangers), la syntaxe et l'habilité à manier la langue française, la référence à des grandes figures historiques ou l'emploi de mots savants.

Entre ces deux prises de paroles, l'ancien·ne ministre rend un hommage appuyé à ses équipes de conseillèr·es et à celles du ministère, cette «belle maison» qu'il ou elle a eu «l'honneur de diriger» et met l'accent sur les temps forts ou les principales réformes mises en œuvre.

Se glissent souvent dans ses propos, emplis de rituels républicains parfaitement codés, de l'émotion tant chez celle ou celui qui part que chez celle ou celui qui arrive: les premièr·es ont l'air partagé·es entre la tristesse de quitter leurs fonctions et le soulagement de revenir vers une vie plus apaisée; les second·es donnent souvent le sentiment d'une immense fierté d'en être arrivé·es là.

Les un·es et les autres ajoutent souvent une note plus personnelle, notamment chez celles ou ceux qui arrivent: la figure mythique de l'enfant de la République, issu·e des profondeurs du pays ou de son territoire, de souche populaire est fréquemment mise en exergue.

Ces effusions accompagnent aujourd'hui de nombreuses interrogations chez celles et ceux qui ont perdu le soutien présidentiel, remplacé·es peu ou prou à l'identique. En effet, la composition du nouveau gouvernement n'est (apparemment) pas exactement conforme aux annonces de «coup de blast», entretenues par l'entourage de l'Élysée dans les semaines qui ont précédé.

Le chef de l'État avait lui-même créé l'attente d'un changement de cap pendant la crise sanitaire. Il avait plus récemment pris soin de préciser que le «nouveau monde» de l'après-crise ne serait pas la remise en cause des fondamentaux du macronisme mais une adaptation aux dysfonctionnements parvenus pendant la crise, aux souffrances vécues alors et aux enjeux budgétaires et sociaux liés à la crise. Dans une récente interview le chef de l'État avait même expliqué que la crise sanitaire avait donné encore plus raison et davantage d'actualité à son programme…!

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