Élection municipale à Paris: qui propose quoi en matière de logement

Politique

À Paris, toutes les conditions sont réunies pour contraindre les ménages à consacrer une part de plus en plus importante de leur budget au logement. | Nil Castellví via Unsplash

Les prétendant·es au fauteuil occupé par Anne Hidalgo évitent de promettre monts et merveilles.

Habiter à Paris, c'est s'exposer à devoir payer 10.000 euros du mètre carré si l'on veut acheter ou le double de ce que l'on paierait si l'on louait un appartement à Bordeaux, Lille, Lyon ou Marseille. Le problème n'est pas nouveau, mais il a plutôt tendance à s'exacerber. Entre le manque d'espaces disponibles pour construire des logements neufs, un nombre croissant de logements vacants ou de résidences secondaires, des taux d'intérêt bas qui encouragent l'achat et poussent les prix vers le haut, toutes les conditions sont réunies pour contraindre les ménages à consacrer une part de plus en plus importante de leur budget au logement ou à quitter Paris intra muros et à reporter le problème sur les communes avoisinantes.

«Chaque année, la ville perd 12.000 habitants. En un mandat d'Anne Hidalgo, Paris a perdu l'équivalent de la population du IXe arrondissement», clamait Benjamin Griveaux quand il était candidat officiel de La République en marche. Mais aurait-il fait mieux s'il avait été élu? Il n'allait pas jusqu'à l'affirmer. D'une façon générale, les candidat·es se gardent bien de prendre des engagements trop précis: ils et elles font des propositions sur les moyens à mettre en œuvre mais ne se fixent pas d'objectifs globaux très précis, les sachant difficiles à atteindre. Le désir de séduire le corps électoral et l'ambition n'excluent pas la lucidité.

D'un ou d'une candidate à l'autre, ces moyens peuvent se ressembler, mais des différences notables sont tout de même à signaler dans les programmes. Et la façon de les présenter donne aussi des indications précieuses sur l'état d'esprit et le caractère des principales têtes de liste. La lecture des propositions sur le thème du logement est à elle seule très éclairante.

Anne Hidalgo, la plus farouchement déterminée

La maire sortante est bien placée pour savoir que la tâche est difficile. En 2014, elle avait fait de ce dossier l'une de ses grandes priorités et le résultat est décevant. Pour elle, c'est une raison de plus de ne pas ralentir l'allure. Bien au contraire, elle veut encore accélérer. Elle a un avantage sur ses concurrent·es: elle est en place, elle a vécu sur le terrain les problèmes qui peuvent se poser à un maire bâtisseur et elle a un adjoint, le jeune élu communiste Ian Brossat, aussi déterminé qu'elle et plein d'idées. Le duo peut être volontiers provocant, comme lorsqu'il s'agit d'installer un centre d'hébergement d'urgence dans le XVIe arrondissement, mais il est suffisamment réaliste pour ne pas se cantonner aux solutions dites de gauche et savoir faire appel aux investisseurs privés quand cela s'avère nécessaire.

Lorsqu'elle a présenté le programme de sa liste Paris en commun, Anne Hidalgo a pris six engagements en matière de logement. D'abord, arriver au seuil de 25% de logements sociaux (par rapport au nombre de résidences principales) que la loi lui impose, ce qui suppose d'en construire 15.000 (Paris compte déjà environ 250.000 logements sociaux sur un total de plus de 1,1 million de résidences principales). Et l'emplacement de ces logements devrait être choisi de façon à opérer un rééquilibrage entre l'ouest et l'est de Paris (ce qui n'est pas fait pour plaire aux habitant·es de l'ouest, qui ne sont pas vraiment friand·es de logements sociaux).

Ensuite, l'encadrement des loyers, instauré en 2015, supprimé en 2017 par décision du tribunal administratif puis rétabli à partir de juillet 2019 en application de la loi ÉLAN, sera évidemment maintenu et il est prévu d'aider les locataires à faire valoir leurs droits, qui ne sont pas toujours respectés. L'encadrement des loyers, comme tous les dispositifs de contrôle des prix, n'est pas un outil économique de très grande qualité: c'est comme un analgésique qui vous aide à supporter la douleur, mais n'en supprime pas la cause. Toutefois, quand les loyers atteignent un niveau trop élevé par rapport aux revenus, il peut être utile. Les autres candidat·es à la Mairie de Paris, nous le verrons, envisagent de le garder, à une seule exception. Rappelons que, selon les statistiques de l'Insee, le logement représentait en moyenne 26,6% des dépenses des ménages en France en 2018, soit une hausse de plus de 6 points par rapport au début des années 1990; à Paris, on est souvent très au-dessus de cette moyenne nationale.

Par ailleurs, pour faire revenir dans le circuit de la location de longue durée des logements actuellement mis en location touristique, il serait organisé des référendums dans chaque arrondissement pour déterminer un nombre de jours autorisés dans l'année pour les locations via les plateformes comme Airbnb. Depuis le 1er janvier, la limite est fixée à 120 jours pour une résidence principale. Ces référendums n'auraient aucune valeur juridique, mais ils serviraient à faire pression sur le gouvernement pour obtenir une réglementation plus contraignante.

Pour les personnes qui veulent accéder à la propriété, 6.000 logements seraient proposés à un prix du mètre carré inférieur de moitié au prix de marché, soit environ 5.000 euros. Le projet est déjà lancé et 500 de ces logements devraient être commercialisés en 2022. L'idée n'est pas neuve: c'est celle du bail emphytéotique, qui repose sur une distinction entre le foncier et le bâti. Le terrain resterait la propriété d'une société foncière créée par la Ville de Paris, l'acquéreur ou l'acquéreuse ne paierait que le logement et verserait chaque mois une somme modeste (de l'ordre de 2 euros du mètre carré) pour la location du terrain. Dans les contrats de ce genre, la location est faite pour une durée limitée (en général au maximum quatre-vingt-dix-neuf ans), mais avec une foncière détenue et gérée par la municipalité, le risque de non-renouvellement est faible. Cette proposition a l'avantage d'apporter à un nombre forcément limité de foyers une solution au problème du coût du foncier dans le prix du logement neuf à Paris. La seule question que l'on peut se poser est de savoir si les capitaux ainsi immobilisés ne seraient pas plus utiles ailleurs à un plus grand nombre.

Enfin, Anne Hidalgo et son équipe envisagent de dépenser une vingtaine de milliards d'euros pour acquérir environ 30.000 logements qui seraient loués à 20% au-dessous des prix de marché. La Ville apporterait 1 milliard, 2 milliards seraient apportés par une institution du genre de la Caisse des dépôts, 3 milliards par des investisseurs privés, banques ou assurances, et le reste serait emprunté sur le marché. Là encore, l'idée est bonne: le problème majeur en région parisienne est la difficulté de trouver des appartements à loyers modérés, ce qui incite des ménages appartenant à la classe moyenne à rester dans des logements sociaux au détriment de ménages plus démunis qui cherchent en vain à se loger. En 2018, seulement 11.000 logements sociaux ont pu être attribués alors qu'il y avait près de 250.000 demandes! Il reste à savoir si les investisseurs sollicités répondront à l'appel, mais ce n'est pas impossible: l'idée de s'intéresser à ce que l'on appelle le logement intermédiaire est dans l'air du temps.

Bref, la maire sortante est bien décidée à utiliser tous les moyens possibles et imaginables pour rendre le logement plus abordable à Paris. Rien n'est laissé de côté. La conséquence est simple: elle laisse peu de place à ses concurrent·es pour développer des programmes originaux. Ses adversaires sont condamné·es à faire de l'Hidalgo, un peu plus ou un peu moins ou un peu autrement, mais pas de façon radicalement différente. Une seule réussit à se démarquer vraiment...

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