Dis-moi si tu fumes, je te dirai quelle est ta catégorie sociale

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On constate désormais près de deux fois plus de fumeurs chez les non-diplômés que parmi les personnes ayant un diplôme supérieur au bac. | Maksim Goncharenok via Pexels

Si la baisse du nombre de fumeurs est constante depuis 2014 en France, les écarts se creusent selon le niveau de diplôme, les revenus ou le statut professionnel.

Depuis l'étranger, on a souvent cette image du Français en terrasse, buvant son café, une cigarette à la main. Un cliché qui ne vient pas de nulle part, puisque l'Hexagone a longtemps été en bonne place parmi les plus gros consommateurs de tabac en Europe. En 2017, avec près de 30% de fumeurs quotidiens, la France était alors dans la fourchette haute de tabagisme comparé à la moyenne de ses voisins qui se situait à 24%. Malgré ces résultats, le nombre de fumeurs français a tout de même tendance à diminuer. Une baisse qui n'est pas pour autant uniforme dans la population.

Dans le domaine du tabac aussi, les écarts entre les catégories favorisées et défavorisées s'accroissent. Un constat soulevé par les chiffres de Santé publique France, et relayé par l'Observatoire des inégalités. «Il faut bien voir qu'il y a des écarts, mais ce n'est pas pour autant tout noir ou tout blanc. Les pratiques sociales, comme la consommation de tabac, s'expliquent par tout un ensemble de facteurs dont le mode de vie, le revenu, le niveau de diplôme, l'âge, le milieu social, l'histoire personnelle, la famille, les personnes et l'univers qu'on fréquente. Tout ça va influencer le fait qu'on sera fumeur ou non», précise Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités et auteur du livre Encore plus! Enquête sur les privilégiés qui n'en ont jamais assez.

Inégalités selon le niveau de diplôme

Parmi ces facteurs à prendre en compte, Santé publique France s'est intéressé au niveau de diplôme. «On sait que la prévention en santé et l'attention au corps sont plus grandes dans les milieux diplômés. C'est un ensemble de dispositions culturelles qui se transmettent dans les modes de vie, et dans des petites attentions dès le plus jeune âge. De l'autre côté, dans les catégories populaires on valorise la résistance physique, et les pratiques qui vont avec ne sont pas les mêmes», constate Louis Maurin.

Une remarque qui se reflète dans les données collectées. Là encore, les écarts sont notables. En l'an 2000, le taux de fumeurs quotidiens non-diplômés était de 30,2%. Il est de 32% en 2019. Malgré des hausses et des baisses au fil des années, le nombre de consommateurs de tabac parmi cette catégorie de la population a augmenté de 1,8 point. Dans le même temps, le chiffre des fumeurs parmi les plus diplômés a constamment baissé et a même chuté de 10 points, passant de 27,8% en 2000 à 17,7% en 2019.

En dix-neuf ans, l'évolution du comportement des différents groupes est telle que l'écart s'est creusé. On constate désormais près de deux fois plus de fumeurs chez les non-diplômés que parmi les personnes ayant un diplôme supérieur au bac. «Pour autant, il ne faut pas en faire une règle dont on ne sort jamais. Sinon, la part de fumeurs n'évoluerait pas. Or, heureusement, il y a des évolutions, pondère le directeur de l'Observatoire des inégalités. L'écart s'était surtout creusé entre 2000 et 2014. Dans ces années-là, les non-diplômés fumeurs sont passés de 30 à près de 40%, alors qu'en même temps le taux de fumeurs chez les plus diplômés a chuté de 27 à 21%.» Une évolution des tendances qui prend du temps: «Depuis 2014 la baisse est notable, en grande partie grâce au travail de prévention mis en place, mais il faut du temps. Pour l'instant, chez les non-diplômés, on revient à peu près aux chiffres de 2000, mais on peut espérer que le taux va continuer à diminuer», souligne-t-il.

De faibles revenus propices au tabagisme

Le niveau de diplôme est bien souvent corrélé au niveau de revenus. Ce facteur a donc lui aussi été analysé, et là encore nous ne sommes pas tous égaux. Ainsi, dans les années 2000 près de 30% des personnes aux salaires les plus modestes avaient déclaré fumer tous les jours, pour grimper à 37% en 2014, et finalement revenir autour des 30% en 2019...

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