«Dickinson», l'une des meilleures créations comiques de ces dernières années

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Chaque épisode s'organise donc autour d'une aventure particulière, façon sitcom. | Apple TV via YouTube

En s'attaquant à la vie de la poétesse, la série créée par Alena Smith relève un défi de taille.

Dans la nuit noire, la jeune fille se lève, pose une bougie sur la table et dégaine sa plume. L'inspiration est là, les mots affluent. Soudain, on frappe à sa porte. C'est sa sœur, aussi blonde qu'elle est brune, qui vient la rappeler à son devoir d'aller chercher de l'eau au puits. «Mais pourquoi Austin n'y va pas, lui?», demande-t-elle, agacée. «Parce qu'Austin est un garçon», rétorque la sœur, dépitée. Et la brune de s'exclamer: «Quel tas de conneries!» Bienvenue dans Dickinson, la série créée par Alena Smith consacrée aux jeunes années de la poétesse Emily Dickinson, qui vécut toute sa vie (de sa naissance en 1830 à sa mort en 1886) dans la ville d'Amherst dans le Massachussetts, entre les murs de la maison paternelle.

S'attaquer au monument que représente Emily Dickinson, en voilà un défi de taille. Il y a eu déjà, certes, des réussites dont on retiendra surtout le chef-d'œuvre de Terence Davies, A Quiet Passion, sorti en 2017. Mais le faire sur le ton d'une comédie pour ados, on frôle le sacrilège! Car Dickinson, la femme aux 1775 poèmes, dont à peine une dizaine seront publiés de son vivant, est une véritable légende, une institution américaine. Et il fallait une sacrée dose d'audace pour dynamiter le mythe tenace qui entoure depuis trop longtemps la poétesse, souvent caricaturée en vieille fille recluse vêtue de sa robe blanche virginale, telle une héroïne tragique de roman gothique. Pourtant, la vie de Dickinson est faite de rébellions. Son œuvre donne à entendre –tantôt grave, sensuelle, pleine d'humour et d'ironie– sa résistance au dogme de l'Église calviniste ainsi qu'aux injonctions patriarcales.

On ne peut que saluer le talent d'Alena Smith d'avoir tenu haut la main ce pari insensé et de nous offrir cette relecture joyeusement impertinente de la vie d'Emily Dickinson. «Ce qui m'intéresse avec cette série, raconte Smith au Hollywood Reporter, ce n'est pas de faire un compte rendu d'une biographie sur la véritable Dickinson. Mais d'utiliser Emily comme un avatar pour regarder, autour de nous, le monde dans lequel nous sommes aujourd'hui.» 

Une jeunesse avide de briser les codes

Chaque épisode s'organise donc autour d'une aventure particulière, façon sitcom: Emily se déguise en garçon, Emily fait la fête, Emily s'essaie au spiritisme, Emily découvre l'opéra, Emily va au spa, etc. Dans la saison 2, notre héroïne décidément très moderne participe même à un concours de pâtisserie pas très éloigné du «Meilleur pâtissier»! Et à travers ses aventures, Alena Smith révèle des problématiques d'une société d'hier qui est aussi la nôtre. La place des femmes, bien sûr, qu'on voudrait silencieuse, toujours au second plan derrière toute présence masculine. Le racisme et l'esclavage qui rongent la société américaine à la veille de la guerre de Sécession comme au lendemain de l'invasion du Capitole. Mais aussi le fossé générationnel entre des parents rivés à leurs idées («non, ma fille tu ne publieras pas mais un mari tu trouveras!») et une jeunesse avide de briser les codes afin d'affirmer son identité.

Cette cassure, évocatrice de celle qui prédomine aujourd'hui entre baby-boomers et millennials, s'illustre dans les anachronismes langagiers qu'Alena Smith réserve à la jeune génération. Et quand la langue des adultes fourche vers ce parler moderne, c'est qu'eux aussi en viennent à se trouver contaminés par cette énergie transgressive. La question de l'identité sexuelle se pose aussi. Smith prend le parti des spécialistes de Dickinson qui –sujet de débats houleux– lisent dans les lettres passionnées d'Emily à Sue, l'épouse de son frère Austin, la preuve de leur liaison amoureuse. Dès le premier épisode, voilà les deux amies d'enfance qui s'embrassent à pleine bouche, dans un verger édénique où nul serpent ne rôde. C'est leur relation fusionnelle –tantôt enivrante, tantôt douloureuse– qui sert de fil rouge, sans pour autant enfermer l'héroïne dans une case quelconque. Les romances masculines seront aussi au rendez-vous et Emily butinera, telle l'abeille de ses poèmes, de fleur en cœur.

Une lutte perpétuelle

Dans la saison 1, ces thèmes se retrouvent étroitement imbriqués dans un épisode intitulé «J'ai peur de posséder un corps». Lorsque Emily impose à son book club dédié à Shakespeare la lecture d'Othello, rien ne se déroule comme prévu. L'un des invités souhaite lire l'œuvre au préalable afin de censurer quelques passages trop ouvertement sexuels à ses yeux. Austin, lui, s'identifie outre mesure à Desdémone, qu'il décide de jouer façon Stanislavski avant l'heure, cette méthode si chère aux acteurs contemporains comme Daniel Day-Lewis ou Christian Bale. Emily, elle, tente de persuader Henry, le garçon d'écurie, d'incarner Othello lui-même. Qui de mieux que lui, puisqu'il est noir? D'ailleurs, lui fait-elle valoir, il serait davantage en sécurité au sein de la maison qu'en ville, où des Sudistes cherchent à se venger d'un esclave fugitif sur n'importe quel Noir croisé sur la route… Enfermée dans sa bulle littéraire, Emily n'a pas encore les yeux tout à fait ouverts sur le monde réel qui l'entoure....

 

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