Des livres spoliés par milliers dans les bibliothèques françaises

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Environ 13 millions de livres spoliés auraient été transférés en Europe de l'Est. | Janko Ferli? via Unsplash

Bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bibliothèques présentent encore sur leurs étagères des livres qui ont été pillés chez des juifs. Malgré ces découvertes, le chemin vers une restitution reste semé d'embûches.

Ils ont pris la poussière des décennies durant, en attendant d'être découverts. Un peu par hasard, à l'occasion de la rénovation de la bibliothèque municipale de Lyon en 2017, les conservateurs décident de faire un grand tri dans leurs collections. Équipés d'une blouse et d'un masque anti-poussière, ils s'attaquent notamment au «pourrissoir», dont le nom épargne toute explication, où s'empilent des montagnes de livres jaunis. Ils découvrent alors des centaines, puis des milliers de livres spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui encore, difficile de comprendre comment ils sont arrivés là.

Lorsque l'on parle de spoliation pendant la Seconde Guerre mondiale, on pense souvent à des œuvres d'art. Certains héritiers demandent encore, plus de soixante-dix ans après la guerre, la restitution d'œuvres détenues dans des musées ou chez des particuliers. La spoliation de livres est moins médiatisée et pourtant, au moins cinq millions d'ouvrages auraient été pillés en France dans les années 1930-1940, d'après Martine Poulain, conservatrice de bibliothèque –aujourd'hui retraitée– qui a longuement enquêté sur le sujet.

Un peu plus d'un million seulement auraient été rendus à leur propriétaire ou ayant droit. Les autres millions d'ouvrages ont été perdus, éparpillés en Europe de l'Est par les nazis, avant l'avancée des soldats soviétiques.

«L'Armée rouge a considéré que tous ces biens spoliés par les nazis étaient des prises de guerre. On pense qu'environ 13 millions de livres ont été transférés en Europe de l'Est», détaille Martine Poulain. D'autres dorment encore sur les étagères de bibliothèques françaises.

Auteurs sans aucune trace

«On n'avait pas mis le nez dans ces collections depuis plus de cinquante ans, s'étonne Benjamin Ravier-Mazzocco, conservateur, responsable des fonds anciens de la bibliothèque municipale de Lyon. J'ai d'abord repéré des livres d'un particulier que je ne connaissais pas, Jakob Pawlotzky, médecin juif d'origine russe, installé à Nice dans les années 1930. Je me suis dit: “C'est bizarre qu'on ait autant de livres de cette personne sans en avoir aucune trace”.»

Des livres non listés dans un inventaire, un sacrilège pour un bibliothécaire! Le conservateur trouve dans les ex-libris (ces inscriptions à l'intérieur d'un livre permettant d'indiquer le propriétaire) les noms d'autres particuliers, tous juifs, mais aussi des noms de paroisses anglicanes, d'hôtels et de bibliothèques, comme la English American Library of Nice, la bibliothèque anglo-américaine de Nice. Après quelques recherches, Benjamin Ravier-Mazzocco réalise que certains de ces noms figurent sur le site du Mémorial de la Shoah, dans une base de données faite par Martine Poulain. Cette base de données recense le nom de personnes qui ont fait une demande de restitution de livres à la fin de la guerre. Parmi les livres du pourrissoir de la bibliothèque lyonnaise, beaucoup proviennent de la Côte d'Azur, du côté de Nice....

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