Derrière l'écran, les petites mains du porno

Erotique

Dans un univers focalisé sur les acteurs et actrices, on oublie souvent que des réalisateurs, des chefs opérateurs ou des monteurs sont nécessaires à la production de vidéos X. Eux aussi pâtissent du modèle économique imposé par les tubes gratuits.

À l’occasion du PornFilmFestival de Berlin, le site Le Tag Parfait a tourné une vidéo-reportage dans laquelle différents performeurs et réalisateurs rappellent la nécessité d’acheter du porno plutôt que d’abuser des tubes gratuits.

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Sujet délicat en cette époque où un certain puritanisme ambiant côtoie une traçabilité généralisée du moindre paiement, il n'en est pas moins essentiel pour la survie d’une pornographie plurielle, comprenant des productions indépendantes telles que celles mises en avant au PornFilmFestival. 

Une industrie comme une autre

La problématique financière concerne d’ailleurs la pornographie dans sa totalité. Les productions plus imposantes, à l’instar du cinéma traditionnel, regroupent toute une chaîne de travail dans laquelle, au-delà des actrices et des acteurs qui captent certes toute l’attention, un ensemble de petites mains sont à l’œuvre. Des intermittent du X qui doivent donc vivre et travailler dans un contexte de profond bouleversement de modèle économique.

David, monteur, est arrivé dans le milieu après des études et une formation professionnelle: «Je pensais faire ça pas longtemps, pour l'alimentaire, et ça fait finalement 6 ans que je suis dedans.» Les locaux de post-production où il travaille se situant loin des tournages, les conditions de travail de David, aujourd’hui freelance, sont on ne peut plus normales. Seul le contenu change. Pas de quoi le déstabiliser, ni lui ni sa famille, au courant du type de scènes qu’il monte et découpe au fil des journées. 

De même pour Ludovic Dekan, réalisateur et chef opérateur qui «revendique» d’osciller entre tournages de documentaires pour la télévision «classique» et réalisation de films porno produits par Marc Dorcel. Deux «mêmes métiers» pour Ludovic: «Je gère mon cadre, ma mise au point… Les contraintes techniques sont identiques.» Il précise même avoir été «plus souvent mal à l'aise en reportage devant l'impudeur, le voyeurisme, la quête de sensationnalisme de [ses] “collègues journalistes” que face à la nudité des actrices X». 

Dist de Kaerth, qui a réalisé plusieurs films –dont un nominé aux Hot d’or 2008 et produit par V Communications avant que la boîte ne soit mise en liquidation–, relativise un brin et note que les conditions de travail sont «toujours un peu dures», certaines scènes «demandant des efforts physiques assez intenses». Il se souvient notamment de ce tournage en extérieur au milieu de l’hiver, où son assistant pensait que l’image était trop bleue quand il s’agissait en fait de la peau de l’actrice, évidemment nue, et frigorifiée. 

 

Les spécificités du genre se feront certes toujours ressentir, mais l’industrie pornographique reste une industrie comme une autre dans laquelle les professionnels font leur travail du mieux qu’ils peuvent, et dans des conditions normales. Une normalité qui semble aussi concerner les salaires, à quelques nuances près.

Cure d'austérité

David, notre monteur, est arrivé dans le milieu alors que celui-ci était déjà «en chute» du fait de l’émergence des tubes. Il a commencé en CDI, avec un salaire équivalant au SMIC: «Pas la folie mais pas la misère non plus», résume t-il. Il exerce désormais en tant qu’auto-entrepreneur, statut qui lui permet de «gagner plus pour moins d'heures de boulot et de façon plus utile que dans un open-space». Un parcours qui pourrait être le même dans n’importe quel autre secteur. 

Ludovic Dekan est quant à lui rémunéré en tant qu'intermittent du spectacle, à des tarifs identiques que ce soit pour réaliser des reportages ou des films X. Il voit ses journées parfois dépasser (voire doubler) les huit heures réglementaires sans que son salaire ne change, mais ce genre de situation est assez commun dans le cinéma en général.

Dist de Kaerth note que dans le porno, il vaut mieux être derrière que face à la caméra au niveau du salaire. «Le porn tire les prix des comédiens vers le bas. J'ai commencé vers la fin des années 2000 et déjà à l'époque, les actrices se plaignaient, à juste titre, des baisses de salaires.» En cause encore une fois: le porno gratuit.

Ludovic Dekan, qui dit ne pas avoir connu «les époques fastes dont parlent les uns les autres» mais seulement «l'austérité actuelle», constate également que «les budgets se tendent, ne serait-ce qu'en nombre de jours de tournage»...

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