Dans les couples formés sur des applis, le malaise de l'anti-romantisme

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Aujourd'hui, s'en remettre aux algorithmes est «le deuxième moyen le plus courant pour les couples hétérosexuels de se rencontrer». | Alexander Sinn via Unsplash

Si de plus en plus d'histoires d'amour commencent par un swipe à droite, les algorithmes ne matchent pas vraiment avec l'idéal fantasmé de la première rencontre.

«Et vous, vous êtes rencontrés comment?» Sourire gêné, regard fuyant et hésitation: faut-il être franc, maquiller la réalité ou changer de sujet? La vérité, c'est qu'il n'y a pas eu de bousculade au détour d'une rue, d'affaires éparpillées au sol à ramasser à deux, ni de café renversé sur une chemise blanche. Dans les couples Tinder, Meetic ou Adopteunmec, l'histoire a d'abord commencé par une notification sur un téléphone.

Alors quand il faut raconter les balbutiements de son couple à une personne avide de détails gorgés de romantisme, certain·es bottent en touche. «J'ai un peu honte parce que c'est la loose, c'est la simplicité», lâche Marie R., avec Camille depuis près de deux ans après avoir matché sur Tinder. Dans ces moments-là, elle préfère désacraliser le récit à suivre: «J'aime bien faire des blagues en disant qu'on s'est rencontrées dans un lieu insolite, ça détend l'atmosphère.» La Strasbourgeoise a beau avoir grandi avec les Skyblog, la Nintendo DS et MSN, l'amour à portée de swipe la fait moins rêver qu'une rencontre dans la «vraie vie».

Le fantasme du coup de foudre

Pourtant, aujourd'hui, Tinder c'est 57 millions d'utilisateurs et d'utilisatrices dans le monde qui se connectent en moyenne quatre fois par jour, pour un million de dates par semaine. Selon une étude du MIT réalisée en 2017 aux États-Unis, ces sites en ligne ou applis sont désormais «le deuxième moyen le plus courant pour les couples hétérosexuels de se rencontrer» après le réseau d'ami·es, et le premier pour les couples homosexuels.

Malgré ces chiffres implacables, confesser s'en être remis aux algorithmes plutôt qu'au naturel d'une rencontre IRL reste source de malaise. Marie A., 24 ans, ne cache pas sa gêne lorsqu'on lui demande comment elle a rencontré Hugo. «C'est comme si c'était naze et qu'il fallait un truc plus romantique alors qu'au final on s'en fout un peu, mais c'est l'effet que ça me fait.»

La création du profil, les swipes à gauche et à droite, les calculs des algorithmes, les échanges avec un·e parfait·e inconnu·e… Sans compter que certaines applis, plus connotées plan cul que plan couple, pourraient décrédibiliser le sérieux d'une relation amoureuse. Dans le temple du dating, on échange, on se rencontre autour d'un verre, ça marche ou pas, puis on recommence avec un·e autre.

La rationalisation de la rencontre amoureuse

Consciente de l'image de certains sites, Marie R. appréhende les réactions: «J'ai trop peur qu'on dise “elle l'a rencontrée sur Tinder, ça ne va pas tenir”.» Parce que, dans l'imaginaire collectif, l'amour nous tombe dessus sans crier gare. Et avec les applis... ce n'est pas tout à fait ça.

«On est vraiment marqué par l'idéal du coup de foudre qui doit nous emporter en dehors de toute raison. Alors que sur les applis comme dans la vraie vie, on fait des choix raisonnés», pose Cécile Guéret, psychothérapeute à distance et autrice de Aimer, c'est prendre le risque de la surprise. Sur les réseaux, cette rationalité dans la recherche amoureuse est directement matérialisée par les filtres de sélection cochés, les photos choisies pour agrémenter son profil ou les quelques mots censés résumer sa personnalité.

Au quotidien aussi nous avons des critères de sélection, marqués par des codes sociaux, culturels et générationnels. «J'entends souvent des gens dire “lui je ne le rencontre pas il fait trop de fautes d'orthographe”, mais IRL ça va être “ah il est en jogging, moi je veux un homme qui porte une chemise”», caricature la thérapeute...

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