Culotte menstruelle: laisse couler ton sang

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Adieu phtalates, dioxynes, pesticides des tampons et serviettes hygiéniques. | Patrick Kool via Unsplash

Elle est confortable, écologique et inoffensive. Dernière arrivée sur le marché, la culotte menstruelle s'impose comme alternative aux protections périodiques jetables en brisant le tabou des règles.

«C'est pas trop tôt! On manquait singulièrement d'innovation dans le domaine des protections périodiques!, lance Élise Thiébaut, autrice du livre Ceci est mon sang. La culotte menstruelle permet de dédramatiser les règles et apporte enfin une réponse à cette question peu prise en compte mais qui prend la tête: est-ce que j'ai une tache?» La question de la tache n'empoisonne pas uniquement le cycle des adolescentes. «Ce n'est pas normal à 30 ans de se demander encore si on a une tache!», s'écrie Claudette Lovencin, cofondatrice de Fempo.

Outre cette considération, la composition des serviettes et tampons jetables est dénoncée depuis plusieurs années maintenant. Phtalates, dioxynes, pesticides... En 2019 encore, 60 Millions de consommateurs épinglait de nombreuses marques, y compris certaines estampillées bio, révélant la présence de ces produits potentiellement toxiques pour la santé. Et pour l'environnement. Selon le site de statistiques Planetoscope, une personne menstruée a besoin 520 fois dans sa vie d'une serviette ou d'un tampon. «À l'échelle mondiale, cela représente une consommation de 1.447 serviettes hygiéniques chaque seconde, soit 45 milliards par an.»

Après les serviettes lavables et les coupes menstruelles, les culottes menstruelles ont conquis de nombreuses adeptes en un temps record. Pionnière en la matière, la marque new-yorkaise Thinx commercialise ses culottes hyper absorbantes, lavables et réutilisables depuis 2014. En France, c'est la marque Fempo qui a dégaîné en premier, en 2017, suivi par Réjeanne en 2018. Depuis, elles se sont multipliées. Moodz, Louloucup, Elia Lingerie, Sisters Republic, Blooming, Aglaé, Plim, So cup...

«Tant mieux, parce qu'il y a plus de choix pour les femmes», commente Elsa Mechulan, fondatrice de Loulou Cup, qui, après les coupes menstruelles, s'est lancée sur le marché désormais très concurrentiel des culottes en janvier 2020. «On passe 25% de notre temps à avoir nos règles. Il ne faut pas voir sa culotte comme un tampon ou une serviette mais comme une culotte de lingerie. Pour la lingerie, on n'achète pas toujours la même marque. Là, c'est pareil. Les culottes présentent par ailleurs plusieurs niveaux d'absorption et peuvent être utilisées durant le cycle mais aussi à la place d'un protège-slip», poursuit l'entrepreneuse.

Un besoin de transparence

Les promesses de ces marques? Jusqu'à douze heures d'absorption, en fonction de la culotte choisie et de son flux, pas d'odeur et pas de sensation d'humidité. En plus de l'esthétisme. La culotte menstruelle est composée de trois couches. Prenons l'exemple de Fempo, composée d'une doublure 100% coton en contact avec le sexe, une couche absorbante en bambou, une troisième couche imperméable en polyester et PUL, un tissu imperméable. L'extérieur est lui en Lycra. L'ensemble des textiles utilisés par Fempo est certifié OEKO-TEX® | STANDARD 100. «Cette certification assure la conformité légale des produits textiles contrôlés. Elle certifie en outre qu'un produit distingué avec le STANDARD 100 a été contrôlé de manière fiable quant aux substances nocives», peut-on lire sur le site du label.

Les marques réputées possèdent toutes ce label ou, mieux, proposent une gamme en coton bio. «Le made in France et les marques qui détaillent en toute transparence la conception et la composition de leurs culottes sont de bons critères pour choisir sa culotte. Nul besoin de contenir des nanoparticules d'argent. L'eucalyptus ou le bambou sont naturellement antibactériens, donc pas cette oxydation, cette odeur qu'on retrouve avec les protections jetables. Seulement l'odeur du sang», argumente Anaelle Sorignet, coach et testeuse de nombreuses marques de culottes pour son blog écologiste et féministe, La révolution des tortues. Les nanoparticules d'argent, qu'elle dénonce, sont des substances utilisées pour leurs caractéristiques antibactériennes et antifongiques, mais régulièrement mises en cause pour leurs impacts sanitaires et environnementaux. Elles se trouveraient dans la composition des culottes de Thinx, selon un article de Cheek magazine publié en 2017.

On utilise la culotte menstruelle durant son cycle, bien sûr, mais aussi en cas de spotting, de pertes blanches, de fuites urinaires ou en suites de couches. Désormais, la majorité des marques a développé sa gamme pour adolescentes. Donc, dès 12 ou 13 ans, on peut utiliser ces culottes pour le reste de sa vie.

Sur fond de féminisme, de body positivité, de messages inclusifs, les marques, souvent emmenées par de jeunes entrepreneuses optimistes et volontaristes, veulent proposer aux femmes des produits adaptés à leurs besoins et à leurs exigences sanitaires et environnementales. «Les seules solutions qu'on avait quand nous étions adolescentes, c'était ces protections hygiéniques jetables, bourrées de produits chimiques à l'origine de nombreuses allergies, de mycoses et même parfois responsable du syndrome du choc toxique», explique Wye Morter, cofondatrice de Réjeanne. Pas satisfaites des protections hygiéniques disponibles sur le marché, Wye Morter et Alexandra Rychner ont lancé cette marque de culottes. «La coupe menstruelle a enfoncé les premières portes. On n'était plus obligé d'acheter des protections chimiques et jetables, c'était un bon début pour les femmes et les règles.» C'est sur Ulule que l'aventure a commencé, un crowdfunding qui a permis d'écouler plus de 7.000 culottes sur un objectif initial de 100.

La coupe menstruelle remise en cause

La marque Fempo, lancée par Claudette Lovencin et Fanny Abes, a été initiée avec un questionnaire sur les réseaux sociaux. «Plus de 3.000 personnes ont répondu en trois jours. Et dans les réponses, y avait un malaise. En gros, 70% des femmes étaient insatisfaites de leurs protections pour des raisons de confort, d'autres s'inquiétaient pour leur santé, se posaient des questions quant à la composition des produits, souffraient de mycoses, d'irritations. La troisième préoccupation était liée aux questions écologiques», se souvient Claudette Lovencin. Les fondatrices de Fempo ou Réjeanne se sont très vite rendues compte qu'elles n'étaient pas seules à avoir besoin d'une nouvelle génération de protections hygiéniques. La coupe menstruelle avait déjà bousculé la donne mais n'était pas toujours satisfaisante. Certaines femmes ne sont pas à l'aise avec les protections intravaginales ni la manipulation de la cup. «La cup est faussement pratique, il faut des toilettes avec un robinet sous la main et ce n'est pas le cas partout», commente Anaelle Sorignet.

En outre, la coupe a eu mauvaise presse. En mai, la DGCCRF a émis de nouvelles recommandations, basées sur un avis rendu par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, sur l'utilisation de la coupe menstruelle. Sa composition n'est toutefois pas remise en cause mais uniquement sa mauvaise utilisation, pouvant être à l'origine du syndrome du choc toxique. L'ANSES s'est prononcée pour que soient inscrits sur les emballages des coupes, «le temps de port maximal de la coupe (6 à 8 heures) et le fait que la coupe doit être portée uniquement pendant les règles et vidée régulièrement (toutes les 4 à 6 heures), un avertissement sur le fait que les femmes ayant déjà eu un syndrome de choc toxique ne doivent pas utiliser de protection intime interne, une recommandation d'utiliser la nuit une protection externe, afin de diminuer le risque de développer un syndrome de choc toxique»....

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