Crise économique post Covid-19: qui gagne, qui perd?

Economie

Les différences sont considérables entre pays développés et pays en développement. | Bruno Kelzer via Unsplash

Étonnamment la Chine semble tirer son épingle du jeu, les États-Unis ne s'en sortent pas si mal tandis que l'Europe avance (ou recule) à son rythme.

C'est du jamais-vu, même au moment de la crise financière de 2008 qui avait été pourtant d'une rare brutalité. La chute du PIB enregistrée par les différents pays à travers le monde au deuxième trimestre est sans équivalent. Il n'y a pas lieu de s'en étonner: quand on demande aux gens de rester confinés chez eux pendant de longues semaines, il est évident qu'ils ne produisent plus, même si pour certaines activités le télétravail permet d'assurer une relative continuité.

Dans ce contexte, les économistes avaient fait des comptes rapides: dans des pays comme le nôtre, le recul de la production aurait pu s'établir entre 15% et 20%. Finalement, grâce à une reprise un peu plus vigoureuse que cela n'avait été anticipé, les premières estimations publiées fin juillet font état de chiffres légèrement moins élevés. Mais les dégâts sont tout de même impressionnants.

Qu'on en juge. En France, selon l'Insee, le PIB aurait chuté de 13,8% au deuxième trimestre par rapport au premier. Tout est en recul: la consommation, l'investissement, les exportations. Cette dégringolade est un peu plus rapide que celle de la moyenne de l'Union européenne des Vingt-sept (11,9%) ou de la zone euro (12,1%). Les différences résultent essentiellement de la sévérité et de la durée des mesures de confinement ainsi que de l'exposition des différents pays aux activités les plus sévèrement pénalisées tel que le tourisme. Il n'est donc pas très étonnant que le PIB allemand ait reculé de seulement 10,1%, mais il est plus surprenant que l'Italie ait fait mieux que la France avec un recul de 12,4%. D'autres pays ont davantage souffert: le PIB du Portugal a cédé 14,1% et celui de l'Espagne 18,5%.

Non la France ne s'en sort pas mieux que les États-Unis

Le jour de la publication de tous ces chiffres, on a pu entendre de bien curieux commentaires, notamment en ce qui concerne la situation des États-Unis. Par exemple, sur une grande radio nationale, il a été dit le matin que la France, malgré sa mauvaise performance, s'en sortait mieux que les États-Unis, dont le PIB avait lourdement chuté de 32,9% au deuxième trimestre. Même commentaire le soir sur une chaîne d'information, avec une explication en prime: ce chiffre désastreux s'expliquerait par le caractère «libéral» de la gestion de l'économie américaine. Sous-entendu: quand ça va mal, aux États-Unis, on laisse faire, en attendant que les mécanismes qui poussent l'activité à la baisse cessent d'opérer.

Bien évidemment, tout cela est faux. Certes, les États-Unis ont publié le 30 juillet un communiqué annonçant un recul du PIB de 32,9% au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent, mais en rythme annualisé. La précision est importante, les États-Unis ayant une façon très particulière de communiquer sur leur taux de croissance: ils l'expriment en rythme annualisé pour montrer ce que serait la croissance sur une année complète si elle s'effectuait au rythme observé au cours du trimestre considéré. Dans ce cas, le rapport PIB du trimestre considéré sur PIB du trimestre précédent est élevé à la puissance quatre! En réalité, si on fait le calcul de façon usuelle, le PIB américain a reculé de «seulement» 9,5% au deuxième trimestre, c'est-à-dire moins fortement qu'en France et même mois fortement qu'en Allemagne.

Désaccord pour mille milliards de dollars

Quant à la gestion «libérale» de l'économie américaine, il faut rappeler que toutes les dispositions budgétaires déjà votées par le Congrès en faveur des ménages et des entreprises pour faire face à la crise du «virus chinois», comme dirait Donald Trump, s'élèvent à 3.600 milliards de dollars, soit 16% du PIB. Pour des libéraux censés refuser d'intervenir dans la vie économique, ce n'est pas mal!

Un budget de relance est en cours de discussion, mais Démocrates et Républicains n'arrivent pas à se mettre d'accord: pour résumer la situation, disons que les Démocrates voudraient un plan à 2.000 milliards de dollars et que les Républicains ne veulent pas, pour le moment, aller au-delà de 1.000 milliards.

Prenant acte de ce blocage, Donald Trump a annoncé le 8 août, depuis l'un de ses terrains de golf, la signature de quatre décrets: report du paiement des cotisations sociales à la charge des salariés pour ceux qui gagnent moins de 100.000 dollars par an, instructions données aux diverses administrations concernées pour que les personnes locataires et propriétaires puissent rester chez eux, prolongation de l'aide fédérale à la population au chômage à hauteur de 400 dollars par mois et prolongation de la suspension du remboursement des prêts étudiants ainsi que du taux zéro pour ces prêts....

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