Coronavirus, premières espérances de traitement par des médicaments

Santé

«Tout est prêt, nous n'attendons plus que les médicaments», expliquait il y a quelques jours le Pr Yazdan Yazdanpanah chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat (AP-HP). | Fusion Medical Animation via Unsplash

Un vaste essai clinique va être lancé en Europe à partir de plusieurs spécialités pharmaceutiques. De nombreux autres sont conduits en Asie. Entre espoirs thérapeutiques et interrogations éthiques.

Trois mois après son émergence en Chine, l'Union européenne est aujourd'hui devenue l'épicentre de la pandémie de Covid-19. Et c'est dans cet épicentre que va être lancé un essai clinique sans précédent contre une affection virale pour laquelle on ne dispose d'aucun traitement ayant fait la preuve de son efficacité –et contre laquelle on ne disposera pas avant longtemps d'un vaccin préventif.

«Tout est prêt, nous n'attendons plus que les médicaments», expliquait il y a quelques jours le Pr Yazdan Yazdanpanah chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat (AP-HP), qui coordonne cet essai. Dénommé Discovery il vise à évaluer l'efficacité de plusieurs traitements de la maladie. Il est conduit sous l'égide de REACTing, un consortium multidisciplinaire original qui réunit plusieurs groupes de recherche français d'excellence.

Ce consortium peut intervenir sur toutes les émergences infectieuses et s'autorise un large domaine d'action, allant de la recherche fondamentale aux sciences humaines et sociales. Piloté par l'Institut thématique Immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie, il vise à préparer «en temps de paix» le volet recherche de la réponse aux crises sanitaires. Créé au lendemain de la pandémie de grippe A(H1N1) de 2009, il dispose désormais d'un fonds d'amorçage d'un million d'euros pour couvrir les premiers frais des programmes de recherche lancés en urgence, en attendant des sources de financement classiques.

Essai évolutif

En pratique Discovery est une étude multicentrique prévue pour inclure 3.200 patient·es hospitalisé·es pour des formes graves de la maladie en Europe –dont 800 en France. Elle est constituée de quatre bras dans lesquels les malades seront inclus via un tirage au sort (randomisation). Un quart des malades bénéficieront de la prise en charge actuellement dispensée dans les établissements hospitaliers: des traitements non spécifiques et symptomatiques (oxygénation, hydratation, etc.)

Un autre quart recevra le remdesivir, un médicament antiviral de la firme américaine Gilead Sciences qui fait déjà l'objet de plusieurs essais cliniques contre le virus de la fièvre Ebola ainsi que contre le SARS-CoV-2. Le troisième quart des malades sera traité par un autre antiviral, le Kaletra (association ritonavir/lopinavir) de la multinationale AbbVie, une spécialité pharmaceutique indiquée dans le traitement de l'infection par le VIH. Le dernier quart des malades, sera traité par une association de Kaletra et d'interféron bêta. Les malades de ces trois derniers groupes bénéficieront également, comme ceux du premier, des traitements non spécifiques et symptomatiques.

En France cet essai clinique est porté par deux structures: le Centre international de recherche en infectiologie de Lyon et le centre méthodologique du consortium REACTing coordonné par l'Inserm. Il est dit «évolutif»: si une molécule apparaît comme inefficace, elle sera abandonnée. À l'inverse, si un autre candidat thérapeutique semble présenter un intérêt, il pourra être testé dans le cadre de l'essai. Le choix des molécules employées dans l'étude «est motivé par l'avis de l'OMS», précise le Pr Yazdanpanah. «Nous n'excluons pas la possibilité de recours à l'usage compassionnel de ces traitements», explique le Pr Florence Ader, l'une des responsables de cet essai.

La chloroquine controversée

L'annonce du lancement de cet essai fait suite, en France, à un début de controverse concernant l'efficacité et l'usage qui pourrait être fait de la chloroquine, un médicament contre le paludisme dont les vertus contre le nouveau coronavirus ont été publiquement vantées par le Pr Didier Raoult (Institut hospitalo-universitaire de Marseille 1. Ce spécialiste réputé d'infectiologie n'a pas craint d'user d'une mise en scène quelque peu provocatrice via une vidéo largement médiatisée dans lequel il fait état d'une «excellente nouvelle» sur le front de la lutte contre le coronavirus SARS-CoV-2: la chloroquine, un antipaludéen ancien et peu onéreux, aurait apporté des «améliorations spectaculaires» chez des patient·es infecté·es. Le Covid-19 «est probablement l'infection respiratoire la plus facile à traiter», avance-t-il.

Les propos du Pr Raoult ont aussitôt été sévèrement commentés au sein du milieu scientifique spécialisé. Comment tirer de telles conclusions définitives d'une micro-publication scientifique chinoise manquant totalement de recul? Comment, plus encore, donner espoir dans un tel contexte pandémique? Et comment laisser croire que cette spécialité pharmaceutique (la chloroquine) est un médicament dénué de tout danger?

Les critiques portaient notamment sur le fait que les déclarations du Pr Raoult trouvaient pour l'essentiel leur origine sur la base de données très préliminaires obtenues par une équipe de recherche chinoise de la Qingdao University –ce que le Pr Raoult conteste. Il s'est aussi longuement expliqué sur le sujet, le 26 février, dans les colonnes du quotidien économique français Les Échos, expliquant notamment avoir évoqué le sujet avec Olivier Véran qui venait d'être nommé nouveau ministre de la Santé. «Il a réagi de façon très positive, car c'est un homme intelligent, expliquait-il. Je pense qu'il a pris les mesures nécessaires pour faire descendre l'information à la direction générale de la Santé afin que celle-ci se penche enfin sur la question. Cependant, le ministre m'a dit que personne avant moi ne lui avait encore parlé de la chloroquine, ce qui montre qu'il y a un problème, en France –en tout cas à Paris–, sur la façon dont sont abordées les maladies infectieuses…»..

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