Comment Trump et Berlusconi ont changé notre vie politique

Politique

Donald Trump et Silvio Berlusconi, en plein discours. | Saul Loeb / AFP | Andreas Solaro / AFP | Montage Slate.fr 

Les deux milliardaires n'ont pas uniquement marqué leur pays. Ils ont aussi influencé la politique française et transformé tous ses codes.

Silvio Berlusconi comme Donald J. Trump n'ont pas fait qu'influencer leur pays respectif. Ils ont aussi influencé le nôtre, frappé d'une crise politique profonde depuis plus d'une décennie. Ces deux figures internationales, l'une européenne et l'autre américaine, ont marqué notre propre vie politique par un phénomène de fascination-répulsion, qui a fini par transformer ses codes.

Les deux milliardaires, incarnations du capitalisme triomphant des années 1980, ne sont pas non plus partis totalement de rien. Tous deux ont fait fortune dans le bâtiment. Tous deux, avant de se lancer en politique, ont cultivé des amitiés, parfois des accointances protectrices dans le camp opposé. Silvio Berlusconi a été longtemps le protégé de Bettino Craxi, qui a fait passer les lois nécessaires à l'expansion de son empire médiatique. La fédération de Milan du Parti socialiste italien (PSI) a aussi grandement œuvré à la constitution et au renforcement de la fortune de Berlusconi et de ses entreprises, la Fininvest ou Mediaset. «Milano II», cité idéale de la banlieue milanaise, est emblématique de ces relations complexes. Quant à Donald J. Trump, milliardaire emblématique de Manhattan, on le voit poser en photo avec Hillary et Bill Clinton, pour son mariage avec Melania. 

Les slogans d'entrée en scène de chacun tranchent avec le pessimisme qui frappe l'Italie de 1994 comme les États-Unis de 2016: Berlusconi parle «d'un nouveau miracle italien» («un nuovo miracolo italiano»), Trump clame «Make America great again» («Rendez sa grandeur à l'Amérique»). Ces slogans ne doivent rien au hasard et ne sont pas totalement hors système: ils puisent dans l'histoire contemporaine des pays concernés des codes bénéfiques à leur entreprise. Berlusconi fait référence à la reconstruction de l'Italie. Trump renvoie à l'ère Reagan.

Berlusconi le mélomane, Trump le catcheur

Dans Loro, Paolo Sorrentino décrit un Berlusconi pathétique et vieillissant, qui se rassure en se prouvant qu'il est encore capable de vendre un appartement à une parfaite inconnue choisie au hasard dans l'annuaire. Cette quête éperdue de fuir son passé, de fuir son image est presque allégorique de nos sociétés dans leur ensemble, où l'homme vend un produit à son électeur. Ses innombrables come-backs, comme le nombre d'affaires judiciaires le concernant, ne sont pas sans rappeler Nicolas Sarkozy.

Il Cavaliere n'a jamais refusé d'user de son talent pour le spectacle, ni de celui, non moins éprouvé, de vendeur (il a commencé en vendant des aspirateurs avant de basculer dans l'immobilier). Chanteur sur des croisières au début de sa carrière, il a joué de son don pour la musique en allant jusqu'à affirmer avoir écrit les hymnes successifs des partis politiques qu'il a présidés. Berlusconi a aussi été patron du Milan AC, et de facto à la tête de clubs de supporters fort utiles ensuite. 

Donald J. Trump s'est lui-même investi dans la télé-réalité et les réseaux sociaux. Héritier d'une entreprise familiale immobilière, il acquit davantage de notoriété dans la presse people après son mariage avec Ivana, sa première épouse, en 1977. Par la suite, il s'est révélé animateur d'émissions de divertissement, ou capable de monter sur le ring pour un match de catch en 2007.

Créer l'événement à partir de rien

Pierre Musso analyse, dès 1997, le «moment Berlusconi» comme un passage de la construction d'un groupe de communication (Fininvest, Mediaset) à la construction d'une hégémonie politique. En 1994, lors de la victoire de sa coalition, Silvio Berlusconi a sacré deux formations de droite radicale –la Lega Nord d'Umberto Bossi et le MSI-DN devenu Alleanza Nazionale de Gianfranco Fini– formations de gouvernement, ce qui passe relativement inaperçu face aux interrogations quant au «télépopulisme» ou à la «télécratie». Dès 1974 en effet, Silvio Berlusconi s'est employé, à Milan, à accompagner son ascension d'homme d'affaires d'un investissement constant dans les médias. On oublie aussi que l'Italien a contribué aux évolutions du paysage audiovisuel français. En 1985-1986, Berlusconi avait pu faire partie de l'alliance capitalistique créant La 5, grâce au vote des seuls élus du Parti socialiste à l'Assemblée nationale....

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