Comment les familles interviennent dans le choix amoureux, hier et aujourd'hui

Sociétés

Deux mariés français posent en studio avec leurs familles, autour de 1925. | Gilles Péris y Saborit via Flickr

La famille nous influence toujours, mais son rôle à l'heure du choix d'un conjoint ou d'une conjointe ne cesse de décliner. Plongée dans l'histoire de cent ans de mariages, qui raconte une société française transformée.

On ne choisit plus son conjoint de la même manière qu'il y a un siècle. L'intervention des parents, jugée illégitime aujourd'hui, était déterminante au moins jusqu'au milieu du XX? siècle. Depuis, la famille donne de plus en plus de place à l'expression des individus qui la composent, et ce mouvement s'est accéléré à partir des années 1960. Comment a évolué le rôle des parents dans la formation du couple de leurs enfants?

Analysant trois enquêtes sur la formation du couple menées en France au cours des soixante dernières années, nous retraçons la place croissante du mariage d'amour depuis le début du XXe siècle et l'élargissement des lieux de rencontre, au détriment du contrôle familial. Si les parents sont plus ouverts qu'il y a cinquante ans au choix du conjoint fait par leurs enfants, cette évolution n'a eu lieu qu'après une augmentation des désaccords dans ce domaine qui a culminé autour de 1968.

Les trois enquêtes que nous avons utilisées ont toutes été menées par l'Institut national d'études démographiques et ont eu lieu en 1959, 1983 et 2013. Concernant l'appréciation des parents de la personne enquêtée sur le couple qu'elle a formé, ces enquêtes ont posé une série de questions comparables. Nous disposons ainsi d'informations sur l'avis de la famille et indirectement sur son influence durant un siècle. Les enquêtes interrogent également les enquêtés sur les critères de choix du conjoint, et précisent leur date de mise en couple.

L'avis des parents: une évolution en deux temps

La proportion d'unions bénéficiant d'un avis favorable des parents et des beaux-parents suit une courbe en U: partant du niveau élevé de 81% en 1919, elle diminue de 12 points jusqu'en 1970, puis augmente d'autant jusqu'en 2014 (figure 1 ci-dessous). Le tournant des années 1960 y apparaît clairement et semble cohérent avec l'ensemble des mutations qu'a connues la famille au cours du siècle. Précisons que nous considérons que l'avis familial est défavorable si au moins un des quatre parents ou beaux-parents était réservé ou défavorable.

Proportion d'avis favorables des deux familles selon la cohorte de mise en couple (1919-2014). | Milan Bouchet-Valat et Sébastien Grobon

Cette évolution en deux temps pourrait s'expliquer par un changement générationnel. De façon schématique, les jeunes adultes qui ont fait l'expérience du mariage d'amour contre l'avis de leurs parents en première période (1919-1970) auraient fait preuve de plus de tolérance à l'égard de leurs propres enfants en deuxième période (1970-2014).

La persistance du modèle d'avant-guerre a valu aux parents des générations nées à la fin de la Seconde Guerre mondiale l'accusation d'incohérence voire d'hypocrisie de la part de leurs enfants. Les parents auraient demandé une évolution des normes quand ils étaient enfants et soumis à l'influence des parents sur leur choix de conjoint, mais auraient ensuite fait subir à leurs enfants ces mêmes normes rigides une fois devenus parents. Ces tensions ont culminé avec la crise de mai 1968 et les transformations rapides qui en ont découlé.

Des parents de plus en plus ouverts aux relations hétérogames

Comme l'avait déjà relevé Alain Girard, dans les années 1920, l'approbation des familles était moins forte lorsque les conjoints étaient socialement éloignés (on parle d'hétérogamie) que lorsqu'ils étaient proches (homogamie) (figure 2). L'attitude des parents était la moins favorable quand les conjoints étaient de religions ou de pays de naissance différents (30 points de pourcentage d'écart avec les couples homogames dans les deux cas). La réduction est spectaculaire sur la période, puisque dans les deux cas l'écart est d'environ 15 points pour les couples formés en 1960 et n'est plus significatif en 2014....

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