Comment la Chine gère la crise sanitaire liée au coronavirus

Santé

Li Keqiang, Premier ministre chinois, visite la construction d'un hôpital destiné à accueillir les malades du coronavirus, le 27 janvier 2020 à Wuhan. | STR / AFP  

Le premier réflexe des autorités a été de cacher l'apparition de ce mal qui ne portait pas encore le nom de coronavirus. Le pouvoir est désormais mobilisé au maximum et veut le faire savoir.

De futures analyses détermineront comment le coronavirus 2019-nCoV s'est propagé. L'hypothèse la plus probable est que l'épidémie est partie du marché de Huanan à Wuhan où se trouvaient toutes sortes de serpents vivants ou morts. Ils étaient achetés par des consommateurs qui apprécient leur chair et sirotent leur sang mêlé à de l'alcool. Des salamandres géantes ou des rats sont présents sur ce genre de marché où l'on trouve aussi des pangolins en principe interdits à la vente car en voie de disparition. En tout cas, les étals de Huanan sont désormais fermés.

L'ensemble de Wuhan a été mis en quarantaine: les 11 millions d'habitant·es doivent rester à leur domicile et sortir le moins possible, les commerces sont pour la plupart fermés et les rues désertes. Le même confinement est imposé à près de 45 millions de personnes résidant dans une douzaine de villes voisines, toutes dans la province du Hubei.

Wuhan, capitale moderne

Au centre de la Chine, Wuhan se trouve à peu près à mi-chemin entre Pékin et Hong Kong. La population y est normalement dense et active. Wuhan a été formée il y a une soixantaine d'années par la réunion de trois villes: Hankou, Wuchang et Hanyang. L'une d'elle, Hankou, apparaît dans Le Lotus bleu: c'est là que Tintin échappe aux Dupont déguisés en mandarins et qui sont chargés de l'arrêter.

Dans la réalité, Wuhan, devenue un vaste centre industriel dans les débuts du communisme chinois, a été choisie par Mao Zedong en 1966 pour lancer la Révolution culturelle. Le Grand Timonier avait nagé à contre-courant dans les eaux du Yangzi Jiang pour montrer sa détermination à s'opposer à l'évolution politique chinoise qui le mettait à l'écart du pouvoir. Aujourd'hui encore, sur une rive du fleuve, non loin du centre de Wuhan, une plaque délaissée immortalise l'endroit où Mao a plongé dans le fleuve.

La modernité de Wuhan est largement due à son industrie. Plusieurs centaines de kilomètres carrés sont occupés par des usines sidérurgiques qui fabriquent notamment les rails des TGV chinois. Les nouvelles technologies sont présentes aussi avec des entreprises fabriquant des microprocesseurs et d'autres consacrées à la biomédecine. Enfin, de nombreuses firmes automobiles chinoises, japonaises ou occidentales ont installé des usines à Wuhan.

Côté français, associé au constructeur chinois Dongfeng, Peugeot-Citroën s'est implanté en 1992 et possède actuellement deux usines dans la banlieue de la ville. Renault, également lié à Dongfeng, s'y est installé en 2016. Carlos Ghosn était alors venu inaugurer une usine qui produit des véhicules de type Kadjar et une berline électrique. Dans ce secteur automobile, des filiales de plusieurs entreprises françaises de sous-traitance travaillent à Wuhan. Non loin, des usines installées par Alstom ou SEB. Par ailleurs, depuis 1999, Bordeaux est jumelée avec Wuhan. Lorsqu'il était maire, Alain Juppé y a fait plusieurs séjours. Des foires aux vins de Bordeaux s'y tiennent d'ailleurs chaque année.

Réaction tardive des autorités

Au total, un peu plus de 1.000 expatrié·es français·es vivent à Wuhan. Un consulat de France accompagne leur présence et une école française a été mise en place. Trois fois par semaine, des vols Air France relient Wuhan et Paris. Les autorités chinoises viennent de décider de fermer l'aéroport de la ville –qui devrait cependant autoriser quelques vols pour les étrangers qui demandent à rentrer chez eux. Des avions américains, japonais et français sont prévus, ainsi qu'un appareil affrété par l'Union européenne.

En ce début de XXIe siècle, c'est la deuxième fois que la Chine est confrontée à une pandémie. Entre 2002 et 2003, le virus du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) avait causé la mort de 774 personnes à travers le monde. Le 2019-nCoV, forme jusqu'ici inconnue de coronavirus, semble aujourd'hui tout aussi grave sinon plus. Fin janvier, cette maladie a déjà provoqué en Chine plus de 130 décès et contaminé plus de 6.000 personnes...

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