Comment expliquer le statut de déesse de Beyoncé

Musique

Les 14 et 21 avril 2018 à Coachella, la carrière de la chanteuse a atteint son zénith. | Kevin Winter / Getty Images pour Coachella / AFP  

Il faut regarder les prestations scéniques de la chanteuse pour comprendre la ferveur quasi religieuse qui anime ses fans.

La drag queen est en nage. Pas parce qu'il fait 33°C dehors et que la chaleur de la nuit est étouffante dans cette rue animée de Bangkok, mais parce que, à l'intérieur du bar, elle travaille. Elle chante en play-back, mais pas seulement: elle saute, claque des doigts, s'accroupit et secoue sa perruque blonde, sale, durant les douze premières minutes de l'album live de Beyoncé, Homecoming, dans une chorégraphie d'une précision impressionnante.

La danse s'achève et le public (des Thaïlandais, des Américains, des Singapouriens, des Australiens, des Allemands…) se précipite vers la scène pour la congratuler. Ils proposent de la remercier avec des verres de vodka, de whisky, tout ce qu'elle veut. Mais elle a besoin d'une minute. Appuyée contre le bar dans son justaucorps blanc à franges et ses cuissardes à lacet, elle lève la main. Elle a le souffle coupé.

Trois ans plus tôt, à 1.300 km de là, c'est la grand-messe dans les environs de New York. Le MetLife Stadium est en pleine effervescence. La foule des 50.000 spectateurs –davantage noire et basanée que blanche, plus gay qu'hétéro– est en transe. Et studieuse. Oh, il y a bien quelques spectateurs qui discutent entre eux pendant que Beyoncé passe de «Mine», à «Baby Boy», «Hold Up» et «Countdown», dans l'un des medleys de mi-concert les plus exaltants de l'histoire de la pop moderne…

Mais ce n'est pas un spectacle destiné à des spectateurs lambda et il ne s'agit pas, de toute façon, de jouer les spectateurs lambda. Il s'agit de mémoriser et de reproduire sa chorégraphie dans les allées étroites du stade. Il s'agit d'obéir à ses ordres, lorsque, six fois par chanson, elle lance un «Sing!» pour demander à tout le monde de chanter, prouvant au passage que ses vocalises impeccables sont bien chantées en direct et non préenregistrées. Il s'agit d'extase, de larmes et de souffle coupé. Ce soir, il semble que la seule personne dans le stade à ne pas avoir le souffle coupé soit Beyoncé.

Hétéronormative, mainstream et capitaliste

Dans un papier féroce et subversif sur Prince, Hilton Als avance que le jour où Prince a décidé «d'être un garçon et de jouer dans le monde de la politique d'entreprise», car c'est ce que c'était à l'époque, d'après Als, il a perdu le «black-queen vote», les voix des homos noirs. Beyoncé est née dans ce monde de la politique d'entreprise. Elle a été hétéronormative, mainstream et capitaliste dès le départ. Mais ça ne compte pas. Ni ses prises de positions politiques, ni ses hypocrisies, sa vie privée, ses tendances oligopolistiques, ses paroles, sa richesse, ses apparitions au cinéma ou sa marque de sportswear ne semblent pouvoir jouer sur son statut de plus grande pop star du monde.

Alors que Beyoncé vient de fêter ses 40 ans, sa carrière pourrait déjà sembler gravée dans le marbre. Pourtant, elle ne cesse d'évoluer. Il serait donc peut-être opportun de souligner en quoi précisément elle se distingue du cadre scintillant des autres princesses pop de l'époque (Rihanna, Lady Gaga, Britney Spears, Ariana Grande, Katy Perry, Pink, sans parler de, oui, Mariah Carey, Jennifer Lopez ou Madonna) et qui fait d'elle «le résultat, le point final de plus d'un siècle de pop», comme l'a écrit Jody Rosen en 2013. La réponse tient dans ses performances live.

Queen of live

Les concerts dans les stades sont ce que nous avons qui se rapproche le plus du rituel artistique de masse. Cependant, la charge que représente le fait d'avoir une centaine de milliers d'oreilles et d'yeux fixés sur vous est si pesante que les superstars qui s'y essaient finissent souvent par craquer, s'essouffler ou revoir leurs prétentions à la baisse. Mais puisque Beyoncé approche ses prestations avec une discipline féroce comparable à celle que l'on retrouve habituellement chez les athlètes plutôt que chez les pop stars (elle s'entraîne jusqu'à ce que ses pieds saignent), elle est l'artiste vivante la plus physiquement capable d'être une superstar....

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