Cinq romans de la rentrée littéraire 2021 pour bien commencer l'année

France

Alexandra Matine, Nesrine Slaoui, Virginie Noar, Gabrielle FIlteau-Chiba, Martin Dumont. | Montage Slate.fr 

Quatre autrices et un auteur réfléchissent à la façon dont la vie les confronte, ou confronte leurs personnages, à la solitude.

En ce début d'année civile, une nouvelle fournée d'ouvrages de grande qualité débarque sur les étalages des librairies. Ces cinq artistes dont c'est le premier ou le deuxième livre tirent incontestablement leur épingle du jeu.

«Les Grandes Occasions», sourire pour la photo


Alexandra Matine. | Chloé Vollmer-Lo

Est-ce que nous aussi, quand nous aurons atteint un âge avancé, nous n'aurons d'autre obsession que celle de réunir à la même table tous nos enfants, quoi qu'il en coûte? Plus franchement dans la fleur de l'âge, Esther ne semble poursuivre que cet unique rêve. Le récit des préparatifs du déjeuner alterne avec les retours en arrière. Une existence entière dédiée à Reza, son médecin de mari, ainsi qu'à leurs deux filles et leurs deux fils.

C'est autour de ce repas idéal, qui n'aura pas lieu, qu'Alexandra Matine signe un premier roman aussi amer qu'enveloppant, qui montre que tous les sacrifices du monde ne suffisent pas à transformer une somme d'individualités en une famille soudée. L'écriture est vive, énergique, d'une admirable précision, faisant de ce non-déjeuner estival un moment mémorable.

Tout comme Tant qu'il reste des îles de Martin Dumont, dont on reparlera plus bas, Les Grandes Occasions marque le lancement des Avrils, collection de littérature française contemporaine chapeautée par le groupe Delcourt. Les éditrices Lola Nicolle et Sandrine Thévenet nous promettent de très belles rencontres avec des auteurs et autrices de grande classe.

Extrait

«Les autres voient ça et déclarent “c'est une femme faible”. D'autres murmurent qu'elle veut maintenir les apparences. Les enfants aussi, leurs enfants. Leurs enfants ne comprennent pas. Ils aimeraient lui en parler. Ils n'osent pas. Ils essaient de lui faire comprendre. Pas avec des mots. De lui montrer ce qui ne va pas. Avec des haussements de sourcils, et des soupirs, des yeux qui roulent, des mains qui s'impatientent. Comme lui. Et elle qui s'entête quand même. Ils ne sauraient pas quoi dire s'il fallait des mots. Entre eux, parfois, c'est arrivé, ils se le sont dit. “Maman pourrait se remarier. On est grands maintenant. Pourquoi est-ce qu'elle reste?” Et Esther restait.»

«Illégitimes», une reconnaissance impossible


Nesrine Slaoui. | Richard Dumas

Briser le plafond de verre ne suffit pas à se sentir soudain légitime: c'est l'un des messages véhiculés par Nesrine Slaoui, diplômée de Sciences Po Paris et journaliste chez Loopsider. Profitant du premier confinement pour effectuer un retour au bercail vital (à Apt, sous-préfecture du Vaucluse), elle décrit la façon dont la France s'arrange en permanence pour que les immigré·es et leurs enfants ne se sentent jamais à leur place.

Le succès éclatant de l'autrice est loin d'avoir tout résolu. On n'efface pas aussi facilement les nombreuses remarques dégradantes venues de profs ou de camarades qui, après avoir affirmé bruyamment qu'elle n'avait pas les moyens d'être ambitieuse, ont ensuite tenté d'expliquer que sa réussite ne lui appartenait pas.

Efficace et plein de cœur, ce récit cite La Discrétion, roman de Faïza Guène avec lequel il a effectivement plus d'un point commun. Et en premier lieu cette description d'une France qui se gargarise de sa politique d'intégration, là où il n'y a au mieux qu'une tolérance pleine de dédain, et au pire une véritable violence de classe, encore plus forte quand elle touche les personnes immigrées.

Extrait

«Quand j'ai essayé de comprendre mon parcours de “transfuge de classe”, surtout ses névroses et ses blessures, j'ai refusé de me voir comme une traîtresse à mon milieu ouvrier d'origine. Je comprends pleinement que l'ascension sociale exige un abandon d'une partie de soi-même mais moi je ne peux pas renoncer à la fois à ma classe et à mon appartenance ethnique, la violence serait trop grande, j'ai besoin de ceux qui partagent mon histoire, et mon histoire est celle d'une femme issue de l'immigration qui a grandi en milieu semi-rural et en milieu populaire.»...

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