Cinq livres à retenir de 2020

Loisirs

Tour d'horizon d'une année littéraire hors norme. | Lilly Rum via Unsplash

Néo-Marseille, mythologies urbaines, ensauvagement de nos sociétés... Palmarès des cinq livres qu'il ne fallait pas rater cette année.

Je dois être un des seuls abonnés au réseau Twitter à ne pas m'être lamenté de la fermeture des librairies pendant le deuxième confinement de l'année. Outre l'agacement vis-à-vis d'une posture de signalement de vertu parfois un peu agaçante, j'ai été égoïstement satisfait de ce tarissement éditorial, qui seul me laissait une chance de lire les trop nombreux ouvrages fraîchement reçus ou à peine entamés.

Dans notre podcast consacré à l'actualité des idées et des essais, Poire et Cahuètes, nous avons déjà dressé un bilan éditorial de l'année 2020, dans lequel nous avons inséré plusieurs recommandations. Cet article est donc un prolongement et une suite de l'épisode du podcast que je vous invite à écouter pour compléter ce panorama d'une année hors norme, qui a vu certains courants de pensée s'installer dans le paysage littéraire et intellectuel.

Au programme de ce palmarès forcément très sélectif: Marseille et la gentrification, les nouvelles mythologies urbaines, les États-Unis au prisme de Los Angeles et de la guerre culturelle, et pour finir un peu d'ensauvagement.

La critique

Voici le seul roman de la rentrée littéraire 2020 qui figure dans ce classement, faute d'avoir eu le temps de lire les 510 autres. Après les romans périurbains et de lotissements pavillonnaires, le temps des fictions de gentrification est-il venu? «Sur ces hauteurs de Marseille, les bars branchés et les boulangeries bio sont apparus aussi subitement qu'une poussée d'herpès.»

Avec Cinq dans tes yeux d'Hadrien Bels, la question de la gentrification apparaît dès l'incipit. Et le «B word» fait irruption dès la page 5: «Aujourd'hui, tout le monde dit “les Bobos” mais nous, quand on était ados, on les appelait “les Venants”.» Les «Venants» désignent, dans le roman, la population toujours plus nombreuse des néo-Marseillais.

Marseille. | Alex Baumel via Unsplash

Hadrien Bels est marseillais d'abord par le style, toujours inventif et imagé et par le regard, volontiers sarcastique qu'il porte sur la ville. Son Marseille est au croisement des archétypes des années 1990 immortalisés par les groupes de rap et les auteurs de polars marseillais –les cakes habillés en Adidas, les voitures tunées, les soirées reggae et raï, la cagolitude décomplexée– et de la réalité des années 2010 –le tourisme Instagram, la culture subventionnée, les apéros-tapas en bord de mer, les bons plans immobiliers dans le VIIe arrondissement.

La jonction entre ces deux imaginaires marseillais parallèles et antinomiques se fait grâce au narrateur surnommé Stress qui, en raison de ses origines (une famille pied-noir installée dans le Panier) et de ses ambitions (accéder à la reconnaissance culturelle) fait l'aller-retour entre le Marseille des clandos et le Marseille des bobos. Sa copine est une «venante» qui vient d'acheter «un 110 mètres carrés traversant, hauts plafonds et poutres apparentes» et fréquente le Marseille underground «des coupes déstructurées, des hauts de survêtements fluorescents, des pantalons retroussés et des Bleus de Chine» dans des friches reconverties en lieux festifs.

Alors qu'il était hégémonique dans la culture des années 1990-2000, le Marseille du passé du narrateur est marginalisé par ceux-là même qui réclament haut et fort leur amour du Marseille authentique. Car les «Venants» redéfinissent et reformatent la ville à leur image, à commencer par le régime alimentaire qu'ils ont importé de Paris ou de Bordeaux: «Tu m'étonnes, même le pain, les Marseillais, y savent pas faire. Il a fallu que les Venants débarquent pour qu'on découvre le petit épeautre», s'amuse le narrateur. Les «Venantes» ont également une manière de parler fort éloignée du flow de Jul«Elle avait plein de potes qui habitaient déjà ici. Elle avait des expressions comme “genre”, “grave” ou “trop pas”.» Marginalisation dont témoigne encore ce passage dans lequel l'anti-héros marseillais comprend que ses points de repères sont concurrencés par une nouvelle carte de Marseille...

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