Ci-gît le Parti socialiste

Politique

ENQUÊTE | PS, sept ans de trahisons (6/6). Depuis 2012, le Parti socialiste ne cesse de se désintégrer, miné par les haines internes. Dans ce dernier volet, nos journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme reviennent sur la façon dont Emmanuel Macron a marginalisé cette formation politique.

Ce mardi 12 juillet 2016, dans la salle parisienne de La Mutualité, devant une foule en pâmoison, Emmanuel Macron danse déjà sur les cendres du Parti socialiste. Et pas seulement au sens figuré. Au premier rang, une femme discrète se tient aux côtés de son épouse Brigitte : Sylvie Rocard, la veuve de l’ancien premier ministre socialiste. « Elle avait les cendres de Michel Rocard dans sa voiture ! », révèle le sénateur François Patriat, ex-PS, rallié à Macron dès 2016. « Il avait été incinéré l’avant-veille et elle voulait les amener en Corse. » Macron s’est tant appuyé, y compris financièrement, sur Michel Rocard et son vieux complice millionnaire Henry Hermand… Il a été demandé à Sylvie Rocard de venir au soutien du jeune ambitieux. Elle a accepté. Aujourd’hui, elle a coupé les ponts. A l’image des hiérarques du PS, qui avaient cru voir en Macron la relève du parti.

Patriat observe la salle. Renifle, en vieil animal politique. Il se passe quelque chose, c’est sûr. Macron a su le séduire, lui aussi. A coups de « Comment tu sens les choses, mon Fanfan ? » A la tribune, le jeune ministre de l’économie du gouvernement Valls est extatique, vibrant. « Et ce jour-là,Macron dit : “On ira jusqu’au bout.”Si Hollande n’a pas compris le message… », soupire Patriat.

« On veut l’entendre, la télé ne fonctionne pas ! On voit Macron dans toutes les couleurs, les huissiers qui s’énervent, Hollande qui s’énerve… On était spectateurs d’un truc qui se passait », rapporte Cambadélis

Les socialistes, eux, l’ont reçu cinq sur cinq. Car au même moment, à l’Elysée, la fébrilité est à son comble : les patrons du PS, réunis devant la télévision dans le bureau du chef de l’Etat, veulent voir en direct le meeting de Macron. Jean-Christophe Cambadélis, alors premier secrétaire du PS : « On veut l’entendre, la télé ne fonctionne pas ! On voit Macron dans toutes les couleurs, les huissiers qui s’énervent, Hollande qui s’énerve… On était spectateurs d’un truc qui se passait. »

Séduction, disruption, destruction

Entre Macron et les socialistes, la communication est brouillée depuis un moment, en fait. Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, est là, lui aussi. Il prend Hollande à part : « Tu fais ce que tu veux, mais qu’un ministre fasse un grand meeting pour laisser entendre qu’il va être candidat à la présidentielle, l’avant-veille du 14-Juillet, si tu ne lui dis pas qu’il s’en va… » Sinon, avertit Le Foll, « cela aura un avantage pour Macron, c’est qu’il va pouvoir partir, parce que c’est lui qui décidera, pas toi qui auras décidé. Après, tu fais ce que tu veux… » Las, une nouvelle fois, Hollande, convaincu jusqu’au bout de la loyauté de son ancien collaborateur, va subir les événements. Et c’est bien Macron qui va lui claquer la porte au nez, pour atteindre son objectif présidentiel. Achevant ainsi Hollande et, dans la foulée, le Parti socialiste.


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