Chloroquine et Covid-19 : tout ce qu'il faut savoir

Santé

La chloroquine, ce traitement antipaludique, suscite moult débats sur les réseaux sociaux même parmi les scientifiques. Que faut-il penser de cette substance dans la lutte contre le Covid-19 ?

Pandémie de SARS-COV-2 : faut-il s’inquiéter ?  Des mesures sanitaires sont prises par tous les gouvernements européens pour limiter la propagation du virus. Faut-il s’inquiéter de la pandémie en cours ?

L'article qui suit ne juge pas la pratique médicale sur le terrain en temps de crise sanitaire. Il faut être conscient de la difficulté et de la nécessité de faire preuve de pragmatisme contre cette épidémie. De même, lorsqu'on navigue dans l'inconnu au sein d'une situation inédite, les mesures prises sont forcément inédites. MAIS. Parce que oui, il y a un « mais ».

Pour introduire l'objectif de cet article, citons Gandhi : « L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit. » Si cette célèbre et élégante allocution peut être utilisée pour justifier tout et son contraire, nous allons tenter de lui faire honneur ici. 

Le but sera alors d'identifier et d'évaluer le faisceau de preuves dont nous disposons à l'heure où l'article est rédigé afin de savoir si la chloroquine est (ou n'est pas, il faut savoir mettre son espoir de côté) un traitement adéquat (c'est-à-dire possédant un effet propre supérieur à un placebo et une balance bénéfices-risques positive) contre la nouvelle maladie Covid-19 induite par l'infection au SARS-CoV-2.

Bref retour sur la chloroquine

La chloroquine est un antipaludique préventif et curatif. Elle est aussi utilisée contre des maladies auto-immunes telles que le lupus. La plupart du temps, c'est son dérivé chimique qui est prescrit : l'hydroxychloroquine (c'est-à-dire, avec un groupement alcool OH en plus sur la molécule). Quant au médicament, il porte le nom commercial de Plaquenil pour l'hydroxychloroquine et de Nivaquine pour la chloroquine.

Suite à l'emballement médiatique concernant cette molécule dont nous allons parler ci-dessous, un commentaire a été publié dans la littérature scientifique par deux chercheurs (Franck Touret et Xavier de Lamballerie) de l'Unité des Virus Émergents de l'université d'Aix-Marseille. Voici ce qu'on peut y apprendre au sujet de la chloroquine et de son historique dans le traitement des maladies virales respiratoires : 

  • Des expériences in vitro (sur des cellules, donc) suggèrent que la chloroquine inhibe la réplication du SARS-CoV-2.
  • Par le passé, la chloroquine a montré son potentiel in vitro contre beaucoup de virus différents mais a toujours échoué lors des tests in vivo (sur des organismes vivants, donc) sur des modèles animaux.
  • Souvent, la chloroquine a été proposée dans la prise en charge de maladie virale respiratoire humaine. Sans succès.
  • Le consensus chinois, qui atteste de son efficacité ne mentionne aucune données brutes. Or, le processus de relecture par les pairs, des évaluations indépendantes sur la méthode et les résultats, ainsi que des réplications d'études sont indispensables pour juger des bénéfices potentiels (mais aussi des risques) pour les patients. 

Voilà un commentaire mesuré, nuancé, à jour des données connues actuellement. Malheureusement, tous les chercheurs ne font pas preuve d'autant de prudence.

Les études in vitro sont des pistes. Elles ne nous informent pas sur le potentiel thérapeutique d'une molécule. © Kzenon, Adobe Stock

De l'emballement médiatique

Avec de telles affaires, les médias s'en donnent à cœur joie. Dans ces moments, on ne peut que regretter la méconnaissance générale de ce qu'est la méthode scientifique. Néanmoins, ils ne sont pas les seuls. En effet, Didier Raoult, infectiologue et professeur de microbiologie à l'Institut-hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée de l'hôpital de la Timone à Marseille fait beaucoup parler de lui en ce moment. Ce grand professeur (dont nous ne faisons pas le procès dans cet article, nous ne jugeons ni l'Homme ni sa grande carrière mais bien des données) semble à l'origine de cet emballement, avec une vidéo publiée le 25 février 2020, intitulée initialement « Coronavirus : fin de partie ! » (sur la base du consensus d'experts chinois déjà cité) puis renommée quelque temps plus tard « Coronavirus : vers une sortie de crise ? ». Depuis, il intervient beaucoup dans les médias, avec peu de précaution, pour parler de la chloroquine. Il est particulièrement actif sur la plateforme de vidéos YouTube également, ce qui est assez curieux pour un scientifique, surtout lorsque c'est pour faire la présentation de travaux non relus par ses pairs. 

S'il n'est pas question de juger un médecin sur le terrain, surtout en temps de crise, on peut se demander où est passée la prudence dans la communication des résultats, qualité essentielle du scientifique ? Avant qu'un traitement soit accepté et homologué cela prend normalement beaucoup de temps. Un temps que nous n'avons pas forcément à l'heure actuelle, dans la pratique médicale. Soit. Cela se comprend aisément. En revanche, cela demande aussi de la rigueur. Cette rigueur est essentielle si nous voulons apprendre quelque chose. Sans quoi, nous n'apprenons, stricto sensu, rien.

Par ailleurs, le rôle du journaliste scientifique n'a, lui, pas changé. Pour reprendre les mots d'un confrère, Florian Gouthière - qui vient d'écrire un article très éclairant sur le sujet - sur son blog curiologie.fr, le rôle d'un journaliste scientifique serait plutôt « d'informer sur l'incertain, dans un monde incertain. Pour ce faire, il nous faut faire comprendre au grand public que l'incertitude est consubstantielle de la progression des savoirs scientifiques, et qu'une annonce publique - aussi enthousiasmante soit-elle - doit tout de même passer l'épreuve du temps. »

Dès lors, on comprend que l'emballement médiatique peut être néfaste. Attention, si vous êtes hospitalisé, faites confiance à votre médecin.

Simplement, à l'instar de la science dont le journaliste scientifique rend compte, il informe sur le descriptif. Le normatif appartient ensuite à chacun. Informer sur le descriptif revient alors, comme précisé initialement, à s'emparer du large faisceau de preuves disponibles et de juger plus ou moins vraisemblable une hypothèse ou une affirmation donnée. Celui-ci peut évoluer avec le temps et nous donner raison - ou tort. Quoi qu'il arrive, un journaliste scientifique intègre se rangera du côté des données rigoureuses. Mais avant que le temps passe et que des essais cliniques de qualité soient effectués, impossible de savoir. Ni nous, ni d'éminents professeurs, ne possédons la capacité de prédire l'avenir...

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