C’est pas facile de dire à son enfant «attention aux adultes qui s’intéressent à ta culotte»

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Comment expliquer à des enfants que ce ne sont pas forcément des inconnus qui font du mal? | Markus Spiske via Unsplash License by

Quand on est parent ou qu’on a simplement des enfants dans son entourage, on passe très vite une partie de ses interactions avec les petits à les mettre en garde. «Attention» devient un mot pivot de notre vocabulaire. Attention à la marche, attention en traversant, attention avec ton verre, ta fourchette, ton couteau, attention aux prises, aux doigts qui peuvent se coincer dans les portes, au carrelage mouillé qui glisse, attention attention attention.

Mais combien de fois leur dit-on «attention aux adultes qui veulent avoir un secret avec toi»? «Attention à celui qui te dit que c’est pour jouer mais qu’il ne faut pas le dire»?

Pourtant, ce n’est pas faute d’y penser. D’après un sondage totalement subjectif mené autour de moi, tous les parents qui confient leur enfant à d’autres adultes sont traversés par cette pensée parasitaire, celle qu’on essaie de chasser vite de son esprit: et si… Et si cet animateur du centre de loisirs, et si cette baby-sitter, si ce prof de musique, si cet entraîneur de foot, si ce directeur d’école…

Mais c’est plus facile de dire «attention à ne pas renverser ton verre» que «attention aux adultes qui s’intéressent à ta culotte».

On ne veut pas leur apprendre à se méfier de tout

En tant que parents, on est pris dans une tension qu’on a du mal à gérer. D’abord, on a peur d'être paranoïaque. Est-ce normal de se demander si des pédocriminels traînent dans l’entourage de nos enfants? Il faut dire que sur le sujet, on nage dans le brouillard le plus complet. On commence seulement à pressentir que les chiffres sont vertigineusement plus élevés que ce qu’on pouvait imaginer. Les enfants, filles et garçons cumulés, seraient la catégorie de la population la plus exposée aux violences sexuelles. Marie Mercier, sénatrice Les Républicains chargée d’un rapport sur le sujet, avance l’estimation de 20% d’une classe d’âge victimes d’agressions sexuelles avant 18 ans. Et, puisqu’il faut encore le répéter, cela concerne toutes les catégories sociales.

Quand on se demande si on est parano, c’est aussi parce qu'on craint de pourrir le cerveau de nos enfants avec nos trouilles. Comme si on avait peur de les contaminer. Comme si nous, on allait les traumatiser. Évidemment qu’on n’a pas envie de leur raconter la noirceur du monde. On ne veut pas leur apprendre à se méfier de tout –et encore moins leur décrire ce que des adultes peuvent faire à des enfants. Ce qu’on veut, c’est les émerveiller avec le système solaire ou la transformation de la chenille en papillon. À quel moment on se dit «tiens, et si on avait une petite discussion avant de dormir sur les violences sexuelles faites aux enfants»?

Alors, en général, on évoque vite fait le sujet à l’occasion du bain, d’une question sur les zizis et les zézettes, on assène des «et tu sais que personne n’a le droit de te toucher là hein?». On reste un peu vague, maladroit, et puis on se dit c’est bon, on a eu la discussion. (Personnellement, après avoir expliqué «ton corps est à toi, personne n’a le droit de le toucher si tu n’as pas envie», je me suis retrouvée avec un gamin de 4 ans hurlant qu’on ne lui laverait plus jamais les cheveux parce que c’était son corps et qu’il décidait. J’avais foiré un truc dans mes explications.)

En bref, on est un peu nuls....

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