Ces jeux vidéo dont les racistes sont les héros

Sociétés

Dans «Jesus Strikes Back», les joueurs peuvent notamment incarner Donald Trump et tirer sur la population. | Capture d'écran via YouTube

Des groupes d'extrême droite radicale développent leurs propres jeux vidéo, avec pour objectif d'inverser les valeurs et recruter.

Sauter, courir ou ramper pour franchir les obstacles, tirer sur des adversaires pour les détruire, affronter des «boss» à la fin des niveaux… Un classique jeu vidéo gratuit en ligne calqué sur le principe de Mario, dont il existe tant d'exemples? Oui, à cela près qu'ici le joueur incarne des figures de l'extrême droite pour tuer mondialistes, féministes, pro-migrants et autres antifas.

Un jeu de plateforme (interdit notamment par Steam en raison de son extrémisme) où les racistes sont les héros, étape ultime de la gamification (ou ludification, en français) de la propagande d'extrême droite. Si cette version développée par les identitaires autrichiens est sans doute l'une des plus aboutie du genre, elle n'est toutefois pas la première.

Il était ainsi déjà possible d'incarner Hitler, Trump, Poutine ou Brenton Tarrant (le terroriste d'extrême droite qui a assassiné cinquante-et-un fidèles musulmans à Christchurch, en 2019) pour tuer des migrants, des SJW (Social Justice Warriors, des combattants pour la justice sociale), des Juifs ou autres docteurs pratiquant l'avortement dans Jesus Strikes Back–Judgment Day; de se glisser dans la peau de Jair Bolsonaro pour tabasser des féministes, des sans-abri ou des militants LGBT+ et «éradiquer les dommages du communisme» dans Bolsomito 2k18; de massacrer des Juifs, des journalistes ou le public d'une boîte de nuit gay (scénario similaire à l'attentat à Orlando, ayant fait quarante neuf morts en 2016, revendiqué par l'organisation État islamique) pour libérer un président Trump «pris en otage par des terroristes d'extrême gauche» dans Angry goy 1 et 2.

Bref, incarner une figure de l'extrême droite pour tabasser, mutiler, tuer tout ce qui se rapproche de près ou de loin à un militant de gauche dans l'imaginaire de la fachosphère.

Appropriation des codes propres aux jeux

Loin d'être anecdotiques, ces jeux sont le résultat de l'appropriation par l'extrême droite des codes du jeu vidéo, et de la gamification de sa propagande. Entendu le 12 novembre dernier au Sénat, Gilles de Kerchove, le coordonnateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, a ainsi alerté sur «la montée en puissance de la rhétorique d'extrême droite violente» sur internet et notamment son expression via les jeux vidéo en ligne, rapporte Public Sénat.

Ajoutant: «Il y a des groupes d'extrême droite violents qui ont mis sur pied des jeux où le but est de tuer. C'est aussi intéressant de voir que la propagande de Daesh était très inspirée par les jeux vidéo

Qu'est-ce que cette ludification? Il s'agit de l'application des mécaniques propres aux jeux, notamment aux jeux vidéo, à diverses disciplines telles la publicité, la commercialisation ou l'éducation, pour inciter de façon ludique les utilisateurs à adopter un comportement souhaité, selon le grand dictionnaire terminologique canadien. Plus simplement: rendre la réalité plus fun en la rendant ludique, ou maximiser l'engagement d'un client sans qu'il s'en aperçoive en le faisant jouer.

Et la gamification est désormais partout. Dans le commerce ou les formations, du mini-jeu de Google quand le réseau internet est interrompu (pour que les internautes ne s'impatientent pas trop) jusqu'aux vidéos de propagande des armées de grands États montrant des attaques de drones. Partout.

Images détournées

Au point que cela occasionne parfois des ratés retentissants. En février 2018, la chaîne de télévision russe Channel One Tv avait diffusé des images du jeu vidéo Arma III lors d'une émission en hommage aux forces armées de la fédération. Les images étaient présentées comme ayant été tournées par des militaires russes en Syrie, mais la chaîne avait dû présenter des excuses après que la supercherie ait été débunkée par des internautes....

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