Ce n'est pas parce que l'économie va mieux qu'il faut se croire tiré d'affaire

Economie

Le nouveau Premier ministre et le ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, vont devoir faire face à une situation économique post-confinement inédite, notamment en matière d'emploi. | Eric Piermont  / AFP.     

Le très net regain d'activité économique constaté actuellement dans l'Hexagone ne doit pas conduire à se réjouir trop vite: la crise est loin d'être terminée et ses effets seront durables.

Certaines informations publiées au cours des derniers jours laissent pantois. Si elles n'émanaient pas de sources privées, on pourrait croire qu'il s'agit de propagande gouvernementale: non seulement la situation s'améliore en Europe, mais la France se distingue par la rapidité avec laquelle elle opère son redressement! Le 1er juillet, IHS Markit publie son estimation mensuelle de la situation dans l'industrie manufacturière (soit la majeure partie de l'industrie, sans l'industrie minière et l'énergie) dans la zone euro et constate un net redressement en juin sur la base des indications fournies par les directeurs des achats des entreprises, indications qui conduisent à l'établissement d'un indice PMI (Purchasing Managers Index).

La France se distingue par ses performances

En regardant l'évolution pays par pays, que constate IHS Markit? «S'inscrivant en tête du classement des pays par niveau d'indice PMI, la France et l'Irlande ont renoué avec la croissance en juin, l'indice affichant en outre son plus haut niveau depuis vingt et un mois en France.» Notre pays figurant en tête d'un classement par niveau d'activité, cela méritait d'être relevé.

Deux jours plus tard, IHS Markit publie son indice global d'activité, qui inclut cette fois les services. Dans tous les pays, l'indice est en forte hausse et retrouve son plus haut niveau depuis février. Et que constate-t-on là encore? «La France, qui a enregistré les meilleures performances en juin, a même renoué avec la croissance.» Trop beau pour être vrai? Il semble que ce constat doive être relativisé. Incontestablement, l'activité a redémarré ici à un rythme rapide et peut-être même plus rapide qu'ailleurs. Il faut s'en réjouir, mais il faut aussi essayer de comprendre pourquoi.

Si la France remonte plus vite que d'autres pays, c'est essentiellement parce qu'elle est descendue plus bas que les autres en mars et avril. À cela trois raisons. La première est que son confinement a été très strict et général, à la différence de l'Allemagne, par exemple, où, fédéralisme oblige, il a été laissé à l'appréciation des autorités régionales. Deuxièmement, le régime du chômage partiel a été très généreux, ce qui a eu l'effet escompté sur le revenu des ménages et la situation financière des entreprises, mais a incité ces dernières à ralentir fortement leur activité. Enfin, la France fait partie des pays où le tourisme joue un rôle particulièrement important en temps normal et où l'arrêt des voyages a été le plus vivement ressenti.

Une reprise en «profil d'aile d'oiseau»

Quoi qu'il en soit, ce fort regain d'activité est le bienvenu et il permet pour le moment (sous réserve d'un regain de Covid-19) d'écarter les scénarios les plus sombres, ainsi que le note l'Insee dans sa dernière note de conjoncture: «Presque deux mois après la sortie progressive du confinement, les pertes d'activité économique seraient quasiment trois fois moindres que celles estimées au début du confinement.»

Que va-t-il se passer maintenant? Les économistes de la Banque de France, dont on avait sans doute sous-estimé le sens de la formule poétique, parlent d'une reprise «en profil d'aile d'oiseau». C'est le terme employé par le gouverneur de la Banque de France dans la lettre qu'il envoie traditionnellement chaque année aux présidents de la République, du Sénat et de l'Assemblée nationale. Après un redémarrage très rapide, la reprise se ferait plus lentement, suivant une pente douce: le niveau d'activité d'avant crise serait rattrapé dans le courant de l'année 2022, voir un peu avant dans le scénario le plus favorable.

Ce retour à une situation proche de la normale, en attendant une normalisation complète dans un an et demi ou deux ans, pourrait inciter à une douce euphorie: somme toute, la situation n'est pas si grave qu'on aurait pu le craindre et il n'y a pas lieu de s'inquiéter. La crise n'a été qu'une parenthèse et la vie reprend son cours. Ce discours, que l'on commence à entendre, s'accompagne parfois de remarques perfidement soupçonneuses: ne nous aurait-on pas sciemment fait des descriptions apocalyptiques de ce qui risquait d'arriver pour ensuite nous faire admirer le talent avec lequel le gouvernement a su gérer cette situation dramatique et, accessoirement, faire taire les revendications sociales?...

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